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2020.10.13 Francine Mukwaya, l'attivista congolese per i diritti umani 2020.10.13 Francine Mukwaya, l'attivista congolese per i diritti umani 

Francine Mukwaya, la militante congolaise des droits de l’homme

De la République démocratique du Congo, sa terre natale, à l’institut royal des affaires internationales de Londres, Francine Mukwaya poursuit un seul objectif : être la voix des sans voix.

Camille Mukoso, SJ – Cité du Vatican

Comment est né votre désir si ardent de défendre les droits du peuple congolais ? Quel a été l’objet déclencheur de cette lutte ?

Le désir de défendre les droits du peuple congolais est né du regard profond que je porte chaque jour sur la situation du Congo, mon cher pays, depuis ma tendre enfance. Il me semble que le peuple congolais mérite mieux. Il est victime de mauvaise gouvernance à répétition. En étant à l’étranger, et précisément à Londres, je vois la réalité en grand comme à travers un zoom. Ça révolte.

Quel sens donnez-vous à votre combat en tant que militante de la diaspora ? Quel est l’impact de votre bataille sur la vie des 80 millions de Congolais qui vivent sur le sol national ?

“Plusieurs de mes compatriotes congolais sont humiliés sur leur propre sol, et beaucoup ont perdu la voix”

En tant qu’activiste des droits humains, je me définis comme la voix des sans voix. Plusieurs de mes compatriotes congolais sont humiliés sur leur propre sol, et beaucoup ont perdu la voix, mieux leur voix ne se fait plus entendre parce qu'elle est, d'ores et déjà, étouffée. Ainsi, l'impact de ma bataille est de faire en sorte que leur cri de détresse soit audible. Et je réalise qu'il se fait déjà entendre, de plus en plus, partout où je passe. Dans la première partie de la question, deux mots m’intéressent : combat et militante. Le sens de mon combat est d'être militant.  Je mène ce combat non pas à la manière des combattants fanatiques et complaisants, mais plutôt en militant pour une cause : un Congo plus beau qu'avant, respecté et respectueux dans le monde.

Vous êtes la fondatrice de « Kitunga Ya Mboka », une organisation communautaire de santé et d'éducation, basée en République démocratique du Congo. Voudriez-vous nous en parler davantage ? Que veut dire « Kitunga ya Mboka » ?

« Kitunga ya mboka » veut dire, tout simplement, « le panier du pays ». Mais, l’idée de « kitunga » ou « panier » représente l'unité du peuple. Elle a pour objectif la promotion de la santé publique et l'éducation comme base du développement du peuple congolais. Notre objectif est de travailler avec des hôpitaux, des centres de santé et des déplacés internes, les aidant pour leurs soins de santé et d'autres besoins de base.

La RD Congo dispose de l'une des plus importantes forces de maintien de la paix des Nations unies au monde. Mais, la paix au Congo est loin d’être effective.  Quel est votre avis sur cette triste réalité ?

C'est vraiment une triste réalité comme vous le dites vous-mêmes. La MONUSCO a pour mission le maintien de la paix. C’est sans doute ici le lieu de saluer les efforts des casques bleus dans un pays aussi complexe que la République démocratique du Congo. Cependant, il y a beaucoup de failles dans la coordination de certaines opérations avec l’armée nationale. Le résultat est qu’on ne sent pas l’impact de ces opérations , surtout dans les zones touchées par les conflits armées.

Vous avez pris la parole à l’institut royal des affaires internationales de Londres. Qu’est-ce que vous êtes allée faire dans cette prestigieuse institution ?

Au Chatham House, j’ai été invitée à parler du Congo et à représenter la voix des jeunes, des enfants, des femmes et des Congolais en général. C’était très important pour moi de dire la vérité sur le Congo. Je suis allée représenter la voix de ces femmes de l'est, de l'ouest, du nord, du sud et du centre du Congo. Je suis allée parler de la crise qui frappe le Congo depuis presque 25 ans. Je suis allée dire comment les Congolais veulent la paix et la justice. Je pense ici au Docteur Mukwege dans sa quête de la création d'un tribunal international pour le Congo.

“Je suis allée représenter la voix de ces femmes de l'est, de l'ouest, du nord, du sud et du centre du Congo.”

Quelle est la place de la jeunesse congolaise dans la lutte pour un Congo meilleur ?

Actuellement, la jeunesse congolaise a compris et doit davantage comprendre que sa place n'est plus dans la rue pour vagabonder et être utilisée aux fins des politiciens sans foi ni loi. Mais plutôt pour porter haut l'étendard de notre pays et dresser son front longtemps courbé par une classe politique qui n’a que faire de la population.

Vous êtes également chrétienne catholique. Quelle est la part de votre foi qui vous aide comme jeune ?

Comme chrétienne catholique, je porte une foi pleine d'espérance pour un Congo meilleur. Et j’exprime cette foi à travers les bonnes actions à classer dans le cadre de la charité. Ma foi catholique qui est, avant tout, une foi en la résurrection, m'aide à ne pas sombrer dans le désespoir, mais à croire à la renaissance du Congo.

“Ma foi catholique qui est, avant tout, une foi en la résurrection, m'aide à ne pas sombrer dans le désespoir, mais à croire à la renaissance du Congo”

La conférence épiscopale de votre pays joue un rôle important dans la vie politique et sociale de la nation. Quelle est aujourd’hui votre appréciation de ce travail des évêques pour le bien-être de la population congolaise ?

 

Je jette des fleurs, avec beaucoup d’affections, à nos Pères évêques de la CENCO. Ils font un travail qui me rend fière d'être catholique. Ils sont des prophètes dont le Congo a besoin pour interpeller les consciences et dénoncer le mal, des sentinelles de l’émergence du Congo à laquelle tout Congolais aspire. Je prie que le Seigneur leur soit toujours favorable en leur accordant beaucoup d'énergies physique et spirituelle dans leur infatigable mission apostolique. 

Sans entrer dans les détails politiques et partisans, pensez-vous que le Congo peut décoller : transition politique pacifique, gratuité de l’enseignement, et autres projets promettants ?

Je pense et crois fermement que le Congo peut décoller. L'heure a déjà sonné pour nous mettre au travail, afin de faire briller le Congo. Que chacun dans son coin puisse faire ce qu'il est supposé faire, de bien et de beau. Nous avons besoin d'une justice forte et indépendante qui n’oublie pas les faits commis dans le passé. Nous pouvons évoquer les faits documentés dans le rapport « Mapping » qui demeure un document vivant sur lequel la justice peut se pencher.

“Je jette des fleurs, avec beaucoup d’affections, à nos Pères évêques de la CENCO. Ils font un travail qui me rend fière d'être catholique.”

Quel message lancez-vous aux jeunes Africains ?

Mon message aux jeunes Africains est simple : réveillons-nous. Ne nous laissons pas manipuler et armons-nous de la science jusqu'aux dents, comme disait Cheikh Anta Diop pour affronter nos défis. Boostons nos énergies pour la reconstruction de notre continent.

Mon mot de la fin est un mot d'espérance. Espérance pour une Afrique appelée à renaître, pour un Congo plus beau qu’avant. Et pour que cette espérance ne soit pas une utopie, il faut se mettre au travail. Je soutiens, de tout mon cœur, le courage du Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, dans son combat pour la prise en considération du rapport « Mapping » sur les crimes commis sur le sol congolais. Le tribunal international pour le Congo s'inscrit tout simplement dans le désir viscéral du peuple congolais pour la paix. Combattre pour que le projet de ce tribunal se réalise, c'est passer un message d'espérance pour un Congo debout au cœur de l'Afrique.

“Je soutiens, de tout mon cœur, le courage du Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, dans son combat pour la prise en considération du rapport « Mapping » sur les crimes commis sur le sol congolais.”

Francine Mukwaya au micro de Camille Mukoso, SJ

 

13 octobre 2020, 14:54