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Vatican News
2020.08.01 RD C Jeunes avenir De gauche à droite : Tracey Nyemba et Marlène Kamufuekete  

Afrique : jeunes engagé(e)s pour un meilleur avenir

La jeunesse africaine porte le germe d’espérance. Nous vous proposons deux exemples, deux réalités pour relever le défi : Marlène Kamufuekete et Tracey Nyemba, engagées pour un meilleur avenir du continent.

Camille Mukoso, SJ – Cité du Vatican

Nous sommes allés à la rencontre de deux jeunes femmes africaines engagées à réinventer une Afrique fière d’elle-même. La première, Marlène Kamufuekete, 26 ans, est une jeune entrepreneure de la République démocratique du Congo. Diplômée en hôtellerie, la jeune kinoise (habitante de Kinshasa) est également ingénieure en architecture intérieure. Face au chômage auquel la majorité de ses concitoyens font face à la fin de leur cursus universitaire, Marlène Kamufuekete s’est réorientée vers l’art culinaire congolais et le maquillage. Chrétienne catholique et engagée dans les activités de sa paroisse, elle aide également les populations vulnérables de Kinshasa.

Refus de se déraciner

La deuxième, Tracey Nyemba, 25 ans, est une congolaise qui est née et a grandi à Londres, au Royaume-Uni. Passionnée de l’enseignement, elle crée du contenu sur YouTube sur l’apprentissage du Lingala, la langue de ses parents. Alors que la tendance pour certains est de se détacher de leurs cultures, Tracey Nyemba refuse de se déraciner.

Entretien avec Marlène Kamufuekete

A 25 ans, vous avez monté une entreprise à Kinshasa, utilisant votre talent en maquillage et dans l’art culinaire congolais. Vous aidez également les familles vulnérables de Kinshasa. Est-ce que vous vous considérez comme un modèle pour la jeunesse africaine en général, et congolaise en particulier ?

Bien que je ne me considère vraiment pas comme modèle, si mon exemple peut aider d’autres jeunes africains pour le bien commun, c’est-à-dire le bien de notre continent, je serai contente d’être citée parmi celles qui influent sur les comportements des autres.

Alors que la tendance générale des jeunes de votre âge est de quitter l’Afrique pour chercher l’eldorado ailleurs, vous, par contre, croyez aux diverses potentialités dont regorge l’Afrique. Auriez-vous un mot à adresser à la jeunesse africaine qui meurt en traversant l’Atlantique ?

Le continent africain est aujourd’hui décrit par beaucoup d’analystes comme une terre d’opportunités. Mais, il est étonnant de remarquer que la jeunesse africaine, censée construire cette terre d’espoir, préfère mourir en traversant l’Atlantique. Pour ne citer qu’un exemple, la crise de la Covid-19 a été un révélateur de la sous-industrialisation de l’Afrique et de sa dépendance économique, financière et logistique vis-à-vis de l’Occident et de la Chine. C’est ici que j’appelle tous les jeunes à croire que nous pouvons transformer notre continent en oasis de paix en créant, en inventant et en innovant. C’est également ici le lieu de lancer un appel à nos dirigeants pour créer en Afrique un climat de sécurité et de stabilité, gage d’un développement holistique et intégral.

Revenons un peu sur votre travail. Vous êtes diplômée en architecture intérieure, mais vous travaillez dans le maquillage et dans le domaine culinaire. Pourquoi ce changement de perspectives ?

Nous vivons dans un pays où il est difficile de trouver un travail décent à la fin de ses études. Plutôt que de céder au découragement, j’ai choisi d’utiliser les possibilités que m’offre la situation socioéconomique de mon pays. C’est vrai qu’il y a une différence nette entre architecture intérieure, maquillage et cuisine. Mais, il y a également un lien commun : le beau, la beauté ou tout simplement l’art. Dans ces trois métiers, je peux exprimer la beauté que je vois dans les choses ou dans les êtres. En ce sens, il n’y a pas changement de perspectives. Je dirai plutôt que je me suis sans cesse réorientée.

En tant que jeune congolaise, originaire de l’un des pays les plus riches du monde, mais malheureusement pauvre, comment vous sentez-vous face à ce paradoxe ? Avez-vous l’impression qu’il n’y a pas d’issue pour la jeunesse africaine ?

Personnellement, je suis de ceux qui croient que l’Afrique ne mourra pas. Elle vivra. Il est parfois répugnant de voir l’attitude hypocrite des puissances étrangères qui participent énormément à la déstabilisation de nos pays, de notre continent par la mise sur pied et le financement des rébellions et des guerres pour piller nos ressources. Et après, ils accourent avec des miettes pour jouer au bon samaritain en vue d’avoir la conscience tranquille. Quoi qu’il en soit, nous, jeunes africains, avons compris ce petit jeu. Et nous sommes engagés à faire briller notre continent.

Vous êtes également chrétienne catholique et très engagée dans la vie de l’Eglise. Quelle est la part de votre foi qui vous aide comme jeune ?

J’ai tantôt parlé de l’espérance en disant que l’Afrique ne mourra pas. Comme chrétienne, ma foi catholique, reçue des Apôtres, m’aide à toujours garder la tête haute devant les difficultés. Comme disait le Pape François à la Journée Mondiale de la Jeunesse 2020, c’est le contact de Jésus, le Vivant, qui communique la vie. Parce que nous jeunes sommes l’avenir de notre continent, j’essaie donc de rester en contact avec le Seigneur, à travers diverses activités de ma paroisse (chorale, célébrations eucharistiques, et autres activités), pour communiquer la vie aux autres ; la vraie vie qu’est Jésus.

Un mot de la fin ?

La jeunesse africaine, ambitieuse et décidée de changer le cours de l’histoire, se bat jour et nuit pour sortir notre beau et cher continent du bourbier dans lequel il s’est enlisé depuis des décennies. Dans cette bataille, la créativité se révèle comme un critère de démarcation. J’invite donc tous les jeunes à être créatifs. Observons et analysons nos milieux de vie pour apporter des solutions susceptibles de soulager notre population.

Entretien avec Tracey Nyemba

Pouvez-vous nous expliquer les raisons de votre intérêt pour votre culture d'origine, c'est-à-dire la culture congolaise ? Qu'est-ce qui vous passionne le plus et pourquoi ce retour aux sources, alors que vous êtes née et avez grandi en Europe ?

Pourquoi ne serais-je pas intéressée par ma culture d'origine ? Après tout, même si je suis née en Angleterre, je ne suis pas anglaise ou britannique par le sang. Ce qui me passionne le plus, c'est ma langue maternelle et les traditions congolaises. Je pose toujours des questions à mes parents sur les pratiques et le mode de vie de mes ancêtres. Je trouve cela fascinant. Le fait de naître et d'être élevée en Europe ne change rien. Pour moi, en tout cas. Apprendre à connaître son passé et ses origines sont une partie importante de la découverte de soi, quel que soit le lieu où l'on est né et où l'on a grandi.

Cela peut sembler contradictoire : vous enseignez le lingala en ligne quand vous êtes née en Angleterre, où l'avez-vous appris et comment ?

J'enseigne le lingala en ligne, car j'ai la chance d'avoir des parents qui m'ont appris le lingala. Je leur en serai toujours reconnaissante parce que certains parents congolais préfèrent enseigner à leurs enfants le français, ou une autre langue à la place.

Quel appel lancez-vous à ceux qui, comme vous, sont nés à l'étranger mais ne connaissent malheureusement pas leur culture ?

Beaucoup de gens se sentent déconnectés de leur culture. Je les encourage à poser des questions, à rechercher activement des informations et à utiliser des outils tels que mon livre « Apprendre le lingala, et rentrez chez vous » ! J'encourage tout le monde à visiter le Congo quand c'est possible.

 

01 août 2020, 16:14