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L'école élémentaire de Burgos réouvre ses portes dans la province de Zambales, aux Philippines, le 15 novembre 2021. (Perez Gaspard/Reuters) L'école élémentaire de Burgos réouvre ses portes dans la province de Zambales, aux Philippines, le 15 novembre 2021. (Perez Gaspard/Reuters) 

Aux Philippines, l’école en ligne depuis 20 mois pour les enfants

Elise Cruse est missionnaire au sein de la fondation Anak TNK, à Manille (capitale), qui recueille des enfants des rues et des bidonvilles. Elle raconte les difficultés de 20 mois de cours à distance pour les élèves philippins, alors que le gouvernement vient d’annoncer un retour partiel à l’école.

Claire Riobé – Cité du Vatican

C’est une lueur d’espoir pour les familles philippines. Alors que tous les enfants du pays suivent leurs cours en ligne depuis le début de la pandémie, en mars 2020, le gouvernement philippin a autorisé, le 15 novembre, une centaine d’écoles à rouvrir leurs portes. Un projet expérimental d’une durée de deux mois, qui permettra à certains enfants les plus chanceux de retrouver l’apprentissage en présentiel, qui a tant fait défaut dans le pays ces derniers mois.

Les élèves d'écoles maternelles et des trois premiers niveaux de primaires, ainsi que les lycéens, peuvent participer à cet essai. Les autres étudiants poursuivront leur programme d' «apprentissage mixte», qui comprend des cours en ligne, des documents imprimés et des leçons diffusées à la télévision et sur les médias sociaux.

Une «génération sacrifiée»

Cette annonce du gouvernement philippin est reçue «comme une très belle nouvelle» par les habitants du pays, confie Élise Cruse, missionnaire au sein de la fondation Anak TNK, à Manille. La jeune femme déplore cependant les conditions de vie particulièrement difficiles dans lesquelles les enfants ont vécu ces derniers mois, durant le confinement. La pandémie a notamment accru le phénomène du décrochage scolaire, déjà important parmi les enfants et adolescents : «Ici, on a tendance à dire que c’est une génération sacrifiée. Car comme leur priorité est la survie, et le fait de se nourrir chaque jour, les enfants ont complètement laissé tomber tout ce qui était en ligne», explique Élise cruse.

Ces derniers mois, le Fonds des Nations unies pour l'enfance a lancé des appels de plus en plus pressants en faveur d'un retour à l'apprentissage en présentiel, craignant que la fermeture prolongée n'exacerbe la crise de l'éducation dans le pays.


Pour les familles philippines, un retour progressif à l’école signifie ainsi «que la situation va s’apaiser, que les enfants vont pouvoir retrouver un cadre, ce qui est très important, et que les parents pourront aller plus librement trouver du travail.», note la missionnaire. La reprise progressive de l’enseignement en présentiel dans le pays devrait aider à «casser ce cercle de la pauvreté dans lequel sont coincées beaucoup de familles aujourd’hui.»

Recrudescence de la prostitution infantile

L’annonce du gouvernement philippin met également en lumière une autre conséquence, moins connue, de l’apprentissage en distanciel. «L’école en distanciel affecte directement la sécurité des enfants», alerte Élise Cruse, et aurait provoqué une recrudescence de la prostitution en ligne chez les jeunes et adolescents. Le phénomène «existait déjà auparavant aux Philippines», rappelle la jeune femme, mais se serait «énormément multiplié en deux ans».

Selon une étude de la Fondation Scelles, publiée en 2012, le nombre d’enfants victimes de prostitution s’élève entre 60 000 à 75 000 aux Philippines. Des chiffres dramatiques, qui s'expliquent en partie par la pauvreté endémique liée à l'instabilité politique et la multiplication des catastrophes naturelles dans le pays. Durant la crise du Covid, le temps accru passé sur Internet a directement exposé les enfants et adolescents aux dangers de l'industrie du sexe en ligne. «En temps normal, les enfants n’ont pas accès facilement à Internet, ils sont surveillés et nous essayons de faire attention. Mais maintenant, le fait que les cours soient en ligne et les réseaux sociaux ont ouvert cette porte.»


La fondation Anak TNK a tenté, ces derniers mois, de protéger les enfants de la fondation par des mesures très concrètes. «Tous les ordinateurs ont été placés dans des salles ouvertes. Quand un enfant sera sur internet, n’importe qui sera autour, sachant qu’il y a toujours un adulte qui reste dans la pièce», explique Élise Cruse. «Ensuite, les enfants n’ont pas de téléphone portable (…), et cela aide aussi.»

Les Philippines ont enregistré plus de 2,8 millions de cas de Covid depuis le début de la pandémie. Le nombre de contaminations quotidiennes a chuté ces dernières semaines, indique sur son site l’Organisation Mondiale de la Santé, laissant espérer une potentielle réouverture des écoles en présentiel, début 2022. 

17 novembre 2021, 11:05