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Des Birmans attendent le remplissage de bouteilles d'oxygène dans une rue de Mandalay, le 13 juillet 2021 Des Birmans attendent le remplissage de bouteilles d'oxygène dans une rue de Mandalay, le 13 juillet 2021  (AFP or licensors)

La Birmanie prise en étau entre la lutte armée et la pandémie

Alors que la situation sociale et politique demeure explosive en Birmanie, le front sanitaire apporte lui aussi son lot d’inquiétudes et de souffrances, comme en témoigne un récent message du cardinal Bo. L’archevêque de Rangoun lance un appel à l’unité.

«Aujourd'hui, 19 juillet, est le jour des martyrs. Leur sang a été sacrifié pour faire de ce pays un grand pays. Alors que la Covid-19 devient incontrôlable, apportant la peur, l'anxiété et la mort, la seule façon de rendre hommage au sacrifice des martyrs est de se rassembler en une seule nation contre la pandémie. Ce n'est pas le moment d'infliger de nouvelles blessures». Tel est le message adressé hier par le Cardinal Charles Maug Bo aux citoyens birmans, alors que le pays commémorait les nombreuses générations tombées pour une juste cause, notamment dans la lutte pour l'indépendance.

«Arrêtez tous les conflits»

«La Birmanie a vu trop de larmes ces derniers temps. Je demande du fond du cœur: arrêtez tous les conflits. La seule guerre que nous devons mener est celle contre le virus invisible mortel, qui s'est avéré invincible même pour les superpuissances du monde. Pouvons-nous nous permettre des guerres, des conflits et des déplacements de population maintenant? Il est temps de former une armée de volontaires, armés de kits médicaux pour atteindre notre peuple qui souffre depuis longtemps», alerte l’archevêque de Rangoun et président de la conférence des évêques catholiques du Myanmar (CBCM). À bientôt six mois du coup d’État du 1er février, la Birmanie reste en effet à feu et à sang. La résistance civile se montre très déterminée, tandis que l’armée peine à contrôler le pays et à obtenir le soutien de la population. La junte dirigée par le général Min Aung Hlaing aurait fait plus de 6 000 prisonniers politiques, et l’usage de la torture se généralise, comme le rapporte un récent article du Courrier International.  


Rassembler les forces face au coronavirus


Et dans cette atmosphère de tourmente, «la Covid-19 mène une guerre contre notre peuple avec une férocité encore inconnue. Des milliers de personnes sont infectées, des centaines sont enterrées sans le réconfort des proches ou des rites religieux, enterrées à la hâte dans des cimetières bondés. Jour et nuit, notre peuple attend de l'oxygène dans les rues bondées. Il y a une profonde tristesse», continue le cardinal Bo. Venue de l'État Chin, à la frontière avec l'Inde, la troisième vague de Covid-19 s'est désormais propagée à l'ensemble du territoire. Selon les chiffres officiels, le pays de 54 millions d’habitants enregistre plus de 3 000 cas par jour en moyenne, contre quelques dizaines en mai dernier. Après être resté stable plusieurs mois, le bilan humain est reparti à la hausse, atteignant plus de 4 000 morts au 15 juillet. 

L’archevêque de Rangoun rappelle que la nation a fait face aux deux premières vagues dans un esprit de solidarité, avec des jeunes qui «ont généreusement offert leur service aux centres de secours» et des travailleurs sanitaires héroïques. Le cardinal Bo espère que cet exemple perdurera.  «J'appelle les autorités à faciliter la participation en toute sécurité de tous les travailleurs de la santé et des jeunes pour aider à mettre fin à la menace qui pèse sur la nation. Unis, nous sauvons des vies; divisés, nous en enterrons des milliers. L'histoire sera le juge le plus sévère si nous manquons de compassion», avertit le prélat.

«Nous relèverons ce défi ensemble», conclut le cardinal Bo, qui voit dans cette épreuve une occasion de «communion qui conduira à la paix et à la réconciliation ultimes. Prions pour que Dieu nous donne ce courage. Nous pouvons vaincre cet ennemi ensemble», assure-t-il.


20 juillet 2021, 12:25