Cerca

Vatican News
Marche de l'opposition ce mercredi 23 janvier 2019 à Caracas Marche de l'opposition ce mercredi 23 janvier 2019 à Caracas  (AFP or licensors)

Venezuela: le cardinal Porras invite les prêtres à manifester

Des troubles ont fait au moins quatre morts mardi 22 janvier au Venezuela, où des manifestations pour et contre le gouvernement rassemblent ce mercredi des dizaines de milliers de personnes. Hier, le cardinal Porras, administrateur apostolique de Caracas et archevêque de Mérida, a invité les prêtres à prendre part aux manifestations contre le président Maduro. La Conférence épiscopale exhorte de son côté les forces de l’ordre à protéger la population.

Alina Tufani- Cité du Vatican

Sur le profil Twitter de l’archevêché de Caracas, le cardinal Baltazar Porras Cardozo a invité hier les prêtres à prendre part aux marches pacifiques pour en «revenir à la démocratie», qui sont convoquées ce mercredi par l’Assemblée nationale, seule instance jugée légitime par l’épiscopat vénézuélien.

Manifester est un droit

Depuis le Panama où il participe avec 480 évêques au JMJ, l’administrateur apostolique de Caracas et archevêque de Mérida a ainsi consenti aux prêtres d’exprimer leur volonté de changement en prenant part aux manifestations car, écrit-il, «c’est un droit». «Sortir (dans la rue) est un droit, si on le fait sans être protagonistes et sans slogans, dans une attitude fraternelle », écrivait le prélat, avant de poursuivre : «laissez-les sortir simplement pour accompagner et protéger les personnes (en particulier les plus vulnérables), pour leur transmettre de l’espoir, de la joie et la paix ».

 

Le cardinal a également appelé les forces de sécurité loyales à l’État, à respecter le droit de chacun à manifester : «Les manifestations pacifiques ne peuvent être réprimées, car elles sont le seul moyen pour les personnes d’exprimer leur malaise et de se faire entendre afin de sortir, par la compréhension, de cette grave crise».

Deux marches, des dizaines de milliers de personnes

L’Assemblée nationale, élue en 2015 avant d’être remise en cause par la création d’une Assemblée constituante toute à la cause du président Maduro, a convoqué ces manifestions pour protester contre la réélection pour six ans, lors d’un scrutin contesté, de l’ancien syndicaliste héritier du chavisme. Il l’accuse d’avoir «usurpé le pouvoir».

Ce mercredi, les partisans du président Nicolas Maduro sont également dans la rue pour exprimer leur soutien aux autorités.

Les militaires appelés à protéger la population

A quelques heures du début de ces marches, la Conférence épiscopale a publié un communiqué dans lequel elle demande aux militaires et aux différents corps chargés de la sécurité de l’État de protéger la population, de l’accompagner et de la respecter. Les évêques les mettent en garde contre l’action de groupes anarchistes qui génèrent de la violence. «Ces groupes sont ceux que doivent arrêter les forces de l’ordre de l’État pour défendre la population civile qui marche pacifiquement». 

Le message évoque la date historique du 23 janvier 1958, «une étape historique pour la démocratie vénézuélienne» qui marqua la chute de la dictature militaire du général Marcos Pérez Jiménez. Cet événement signa «le triomphe de la rationalité sociale face à l’abus de pouvoir, de l’unité du peuple contre un régime d’abus, de corruption et de répression qui cachait en lui tous les maux qu’un gouvernement autoritaire peut avoir». Les évêques affirment qu’aujourd’hui, comme il y a 69 ans, le peuple vénézuélien se retrouve à devoir «lutter pour la civilisation face à la barbarie».

Un régime illégitime

La situation dramatique des droits humains et la qualité de vie des Vénézuéliens sont pour les évêques la conséquence des actions d’un «régime de gouvernement dans lequel de nombreuses personnes avaient placé leurs espoirs mais qui au final s’est montré contraire aux principes de l’éthique sociale et au respect de la dignité humaine». Face à cette «tragédie nationale», ils constatent que de nombreuses personnes demandent un changement de direction, à travers une période de transition pour élire de nouvelles autorités nationales. Ils répètent que, pour eux, la présidence de Nicolas Maduro est «illégitime».

Enfin, ils invitent les Vénézuéliens à ne pas être «de simples spectateurs » de ce qui se passe dans le pays, mais des protagonistes pour «amorcer les changements nécessaires», toujours dans un cadre démocratique et conformément à la Constitution du pays.

23 janvier 2019, 18:43