Version Béta

Cerca

Vatican News
Hermine Speier, archéologue avertie, fut embauchée par le Vatican en 1934. Hermine Speier, archéologue avertie, fut embauchée par le Vatican en 1934. 

La juive Hermine Speier, première femme embauchée par les Musées du Vatican dans les années 1930

Le 2 mai, les descendants du professeur Bartolomeo Nogara ont remis aux autorités vaticanes les carnets de leur ancêtre, directeur des Musées du Vatican de 1920 à 1954. Véritables pans de l’histoire du Saint-Siège durant la Seconde guerre mondiale, ces 41 carnets mettent en lumière le remarquable itinéraire d’Hermine Speier, réfugiée juive allemande dans les Musées et première femme embauchée par l’institution muséale.

Delphine Allaire – Cité du Vatican

Pionnière en son domaine de spécialité -l’archive de photos archéologiques-, érudite au destin sinueux qui a subi de plein fouet la tragédie de l’Histoire, Hermine Speier est une archéologue méconnue. Et pourtant, en tant que première femme employée par l’institution culturelle du Saint-Siège, elle est une figure essentielle à l’histoire des douze musées du Vatican.

Ascension lumineuse, époque sombre

Issue d’une famille juive fortunée de Francfort-sur-le-Main, Hermine Speier fait ses humanités dans sa région de naissance, avant de poursuivre un doctorat à l’université d’Heidelberg en philologie et en archéologie classique, c’est-à-dire l’étude des vestiges antiques. Largement inspirée par le père de l’archéologie moderne, Johann Joachim Winckelmann, elle obtient son sésame en 1925. 

Elle travaille ensuite aux archives photographiques de l'Institut allemand d'archéologie (DAI) à Rome, où elle acquiert une large reconnaissance professionnelle. Une ascension rapidement freinée par l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933 qui la contraint à quitter ses fonctions, à la suite de la loi qui interdit aux Juifs tout travail dans la fonction publique.

Une nomination historique

Déjà dans la Ville éternelle, Hermine Speier se réfugie aux Musées du Vatican où elle gagne le soutien du directeur de l’époque, Bartolomeo Nogara. Il l’embauche aux archives photographiques du musée pontifical, le Pape Pie XI signe son contrat en 1934, et fait d’elle la première femme à occuper un poste au sein de l’institution, et l’une des premières à travailler au service du Saint-Siège. Par cette embauche, le plus petit État du monde envoie ainsi un double message: contre l’antisémitisme nazi et pour l’emploi des femmes.

Actrice de la vie culturelle vaticane

Au sein des Musées, alors en pleine expansion à la suite des accords de Latran, Hermine Speier initie la classification des archives photographiques en trois périodes : classique, médiévale et moderne. Elle se convertit librement au catholicisme sous le pontificat du Pape suivant, Pie XII, qui la prolonge naturellement dans sa mission. Responsable de nombreux événements culturels et instigatrice d’un salon littéraire, Hermine Speier se positionne comme une femme incontournable de la vie vaticane des décennies de l’après-guerre. Dans les années 1960, elle règne sur la collection d’antiquités des Musées. Elle ne prendra sa retraite qu’en 1967 avant de se retirer en Suisse, où elle décède en janvier 1989 à Montreux. A l’instar de son prédécesseur Pie XI, le Pape François a également procédé à une nomination féminine historique. Cette fois-ci au poste de directrice, l’historienne de l’art italienne, Barbara Jatta, est nommée en janvier 2017.

04 mai 2018, 17:28