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Le Pape et la communauté du Collège pontifical Népomucène, le 10 novembre 2022 Le Pape et la communauté du Collège pontifical Népomucène, le 10 novembre 2022 

François invite à bâtir des ponts à l’exemple du Christ

Le Saint-Père a reçu en audience ce jeudi 10 novembre au matin la communauté du Collège pontifical Népomucène, qui accueille principalement des étudiants tchèques. Il s’est appuyé sur la vie de leur saint patron, saint Jean Népomucène, pour les exhorter à la fidélité à l’Évangile et aux gestes de fraternité.

Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

C’est un lieu méconnu de la Ville éternelle, qui offre pourtant un message d’actualité à l’Église universelle: le Collège pontifical Népomucène, issu en 1929 du Collège de Bohème – fondé en 1884 -, afin d’accueillir à l’époque les candidats à la prêtrise de tous les diocèses de Tchécoslovaquie, de Bohème, de Moravie, de Silésie et de Slovaquie. Il accueille aujourd’hui des étudiants de République Tchèque, et s’est ouvert à d’autres pays du monde.

Il tire son nom de saint Jean Népomucène, prêtre et martyr de Bohème ayant vécu au 14e siècle, vicaire général de l’archevêché de Prague et chapelain de la reine, persécuté par le roi Wenceslas IV en raison de sa défense des droits de l’Église, et qui fut torturé avant d’être jeté d’un pont dans la Vltava (ou Moldau, affluent de l’Elbe).

«Il voulut rester fidèle au secret de la confession», a précisé le Pape ce jeudi matin lors de l’audience, avant de rendre hommage à tous les prêtres, évêques, religieux et laïcs qui, malgré les sévices de régimes autoritaires ou totalitaires, sont restés «fidèles à leur vocation et mission», en particulier ceux ayant vécu sous le joug communiste. «Cette multitude de martyrs cachés, que nous ignorons».


Rester à l’écoute de sa conscience

Le Pape a demandé à ce que cette «racine de courage et de fidélité évangélique» ne devienne pas un «objet de musée», mais demeure une «racine vivante», car le monde en a besoin.

«Aujourd'hui encore, en Europe et dans toutes les parties du monde, être chrétien, et en particulier être ministre de l'Église, consacrées ou consacrés, exige de dire "non" aux pouvoirs de ce monde pour confirmer le "oui" à l'Évangile», a insisté le Souverain Pontife. «Il s'agit parfois de pouvoirs politiques, parfois de pouvoirs idéologiques et culturels, et leur conditionnement est plus subtil (…)». Vivre dans la «mondanité spirituelle» est le «pire qui puisse arriver» à l’Église, et en particulier aux personnes consacrées, a-t-il averti.

Saint Jean Népomucène vient donc rappeler «le primat de la conscience» sur n’importe quel «pouvoir mondain», «la primauté de la personne humaine, sa dignité inaliénable, qui a son centre même dans la conscience, comprise non pas dans un sens purement psychologique, mais dans sa plénitude, comme ouverture au transcendant».

Cette primauté se manifeste dans la «liberté intérieure, fondée sur la relation avec le Christ et l’Esprit Saint», qui peut trouver son expression dans «le sens de l’humour», a fait remarquer François, qui a aussi souhaité que ce collège reste une «maison et école de liberté».

Un pont et un centre: Jésus-Christ  

La fin tragique de saint Jean Népomucène est un appel à «jeter des ponts», à «être nous-mêmes des ponts», a poursuivi le Pape, «des instruments humbles et courageux de rencontre, de dialogue entre des personnes et des groupes divers et opposés». Autrement dit, des «opérateurs de paix et de réconciliation». Un rôle que savent très bien accomplir les femmes, a-t-il ajouté.

Il s’agit précisément, a déclaré le Souverain Pontife, de la fonction de la prière d’intercession. «Jour après jour, en frappant avec insistance au cœur du Christ, les bases sont posées pour que deux rives éloignées et hostiles puissent communiquer à nouveau». Un chemin spirituel particulièrement d’actualité à l’heure où «la guerre fait rage en Ukraine», et qui rappelle «le geste de Jésus-Christ sur la Croix», a précisé le Pape en citant le cardinal Martini.

«Et nous touchons ici le point central: Jésus-Christ est le pont et Il est le pontife. (…) Et c'est vers Lui que nous devons toujours orienter et attirer les personnes, les familles, les communautés», a indiqué le Pape. C'est ce qu’il se passe «lorsque nous célébrons la messe. Ce ne peut et ne doit pas être nous au centre, mais Lui ! Fuyons la tentation du protagonisme mondain (…)» a-t-il demandé, évoquant celles et ceux qui deviennent non plus «serviteurs» mais «personnages principaux», et parfois «d’histoires tristes et d’histoires médiocres». Le Seigneur nous veut au contraire «combattants» face à la tentation, notamment lorsqu’elle se revêt «de nobles causes».


La richesse de la rencontre

Le Saint-Père a conclu son discours en évoquant la dimension désormais internationale de ce collège pontifical, par la diversité des nationalités de ses résidents. «C'est un signe des temps dans les différents collèges romains (…). Et cette réalité, qui dépend de la diminution de la présence européenne, peut devenir, si elle est bien gérée, une richesse humaine et formatrice», a-t-il assuré. Il s’agit aussi d’une invitation à accueillir: «dans cette diversité, vous pouvez mieux vous exercer à être des "ponts", des serviteurs de la culture de la rencontre, capables de saisir dans l'autre l'originalité particulière et en même temps l’humanité commune», a conclu François.

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10 novembre 2022, 12:50