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Des volontaires lors d'une distribution de vivres à Beyrouth (Liban), en août 2020 Des volontaires lors d'une distribution de vivres à Beyrouth (Liban), en août 2020  

L'appel du Pape à la mondialisation de la solidarité face aux défis actuels

Dans un message à l'Académie pontificale des sciences sociales, le Pape François indique que l'esprit de pauvreté est le moyen d'assurer le bonheur des individus et des peuples, contrairement à la recherche illimitée du profit et de la richesse. Il recommande de sensibiliser les jeunes à l’esprit de solidarité.

Adriana Masotti - Cité du Vatican

Les membres de l’Académie pontificale des Sciences Sociales se réunissent au Vatican ces 3 et 4 octobre autour du thème: «Charité, amitié sociale et fin de la pauvreté. Science et éthique du bonheur». La première béatitude «Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux» (Mt 5, 3) inspirera leurs travaux.

Sur cette notion de bonheur, le Saint-Père s’exprime dans un message publié ce dimanche à l’attention des académiciens.

Un paradigme dominant «cupide et égoïste»

«Nous sommes aujourd'hui confrontés à un paradigme dominant, largement diffusé par la "pensée unique", qui confond l'utilité avec le bonheur, le plaisir avec le bien vivre, et prétend être le seul critère de discernement valable», écrit François. «Il s'agit d'une forme subtile de colonialisme idéologique. Il s'agit d'imposer l'idéologie selon laquelle le bonheur consiste uniquement dans l'utile, dans les choses et les possessions, dans l'abondance des choses, de la gloire et de l'argent», dénonce-t-il.

Cette recherche de la satisfaction égoïste conduit à l'avidité et à la convoitise chez les individus et les pays, riches et pauvres, ainsi qu'à «un matérialisme étouffant et un état général de conflit», remarque le Pape. La dignité des personnes et de la planète elle-même est atteinte, tandis que la pauvreté et les inégalités augmentent. Le Souverain Pontife décrit comme «crime contre l’humanité» le fait qu’«en raison de ce paradigme dominant, cupide et égoïste, nos jeunes soient exploités par le nouvel esclavage croissant de la traite des êtres humains, notamment dans le cadre du travail forcé, de la prostitution et de la vente d'organes».

Choisir la pauvreté en combattant la misère

Pour sortir de cette situation, il est nécessaire de «mettre en œuvre le paradigme toujours nouveau et révolutionnaire des béatitudes de Jésus, en commençant par la première». L’esprit de pauvreté est «ce tournant qui ouvre la voie au bonheur par un changement complet de paradigme». C'est «un moyen sûr d'atteindre la plénitude à laquelle nous sommes tous appelés», assure le Pape.

Mais attention, la pauvreté qu’indique Jésus n’est pas la misère.

«La pauvreté en tant que privation du nécessaire - c'est-à-dire la misère - est socialement, comme l'ont bien vu L. Bloy et Péguy, une sorte d'enfer, car elle affaiblit la liberté humaine et met ceux qui en souffrent en situation de devenir les victimes des nouvelles formes d'esclavage (travail forcé, prostitution, trafic d'organes, etc.) pour survivre. Ce sont des conditions criminelles qui, en toute justice, doivent être dénoncées et combattues sans relâche», explique le Souverain Pontife. «Chacun, selon sa responsabilité, et en particulier les gouvernements, les entreprises multinationales et nationales, la société civile et les communautés religieuses, doivent le faire. Ce sont les pires dégradations de la dignité humaine et, pour un chrétien, les plaies ouvertes du corps du Christ qui crie depuis sa croix : j'ai soif».

Favoriser la solidarité mondiale

Le Pape approfondit ensuite cet appel à la lutte contre la misère et les inégalités en invitant à se demander: «Suis-je le gardien de mon frère ?».

Toutefois, François note également que «tout au long de ce temps de pandémie, nous avons vu comment la mondialisation de la solidarité a su s'imposer avec sa discrétion caractéristique dans les différents coins de nos villes». Le Saint-Père souhaite qu’elle gagne du terrain, surtout dans la vie des jeunes, et propose de se pencher sur la première lettre de saint Paul à Timothée qui constitue un véritable guide en la matière.

L'esprit de pauvreté envisagé comme limite imposée au profit est la seule voie qui puisse garantir «le bien-être même de l'individu, de l'économie et de la société locale et mondiale», résume le Pape. D'où cet engagement auquel nous sommes tous appelés aujourd'hui: instaurer «un mouvement mondial contre l'indifférence qui crée ou recrée des institutions sociales inspirées des Béatitudes et nous pousse à rechercher la civilisation de l'amour».


03 octobre 2021, 11:30