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Place Saint-Pierre Place Saint-Pierre   (@VaticanMedia) Éditorial

"Fratelli tutti", pour que l'Évangile prenne vie

Signée à Assise il y a tout juste un an, le 3 octobre 2020, la dernière encyclique du Pape François sur la fraternité et l’amitié sociale n’est pas un simple document répondant à des questions d’actualité. Elle s’inscrit dans le temps long, proposant un véritable chemin pour sortir l’humanité de l’abîme de la haine.

ANDREA TORNIELLI

Un an après sa publication, il est encore trop tôt pour vérifier si l'effet de l'encyclique Fratelli tutti sera similaire à celui de Laudato si', l'autre document majeur du Pape François, promulgué en 2015, qui – jamais comme auparavant – a retenu l'intérêt de personnes éloignées de l'Église, générant des initiatives et un engagement concret partant de la base.

Fratelli tutti ainsi que Laudato si' appartiennent au magistère social de l'Église, et nous devons éviter le risque de «réductionnisme», comme s'il s'agissait de documents qui traitent d'urgences et de problèmes contingents, proposant des voies tout aussi contingentes. La défense de la vie, la sauvegarde de la Création qui nous est confiée, l'écologie humaine et intégrale ne sont pas des suggestions discutables et accessoires pour le temps présent, mais trouvent leur origine et leur fondement dans la Parole de Dieu. De même, l'invitation à la fraternité, à considérer autrui - quel qu'il soit et d'où qu'il vienne - non pas comme «l'autre» mais comme un frère dans la mesure où il est enfant de Dieu, n'est pas une simple contingence ou l'intérêt particulier d'une saison de la vie de l'Église, mais une perspective profondément évangélique.


Continuité avec Laudato si’

Il y a six ans, avec Laudato si', François nous a fait comprendre les liens entre crise environnementale, crise sociale, guerres, migrations, pauvreté. Il a appelé à la construction d'un système économique et social plus juste et respectueux de la création, avec l'homme en son centre et non l'idolâtrie de l'argent. Il y a un an, avec Fratelli tutti, le Pape a indiqué le chemin à suivre pour atteindre ce but: nous reconnaître comme frères et sœurs, gardiens les uns des autres. Ce n'est rien d'autre que l'Évangile, comme nous l'enseigne la parabole du bon Samaritain, si dérangeant et non conventionnel, et en même temps encore si peu compris et vécu. Le chrétien reconnaît le visage de Jésus «dans chaque être humain, pour le voir crucifié dans l'angoisse des abandonnés et des oubliés de ce monde, et ressuscité dans chaque frère qui se relève». Mais même ceux qui n'ont pas reçu le don de la foi chrétienne comprennent le message de fraternité, seul antidote à la course autodestructrice vers l'abîme de la haine, de la guerre, de l'égoïsme et du fanatisme.

Un soutien pour ceux qui cherchent le réconfort

S'il est encore trop tôt pour vérifier les fruits de l'encyclique publiée il y a un an, les signes et les semences d’espérance ne manquent pas. Ces derniers jours, j'ai eu la grâce de passer quelques heures avec Dale Recinella, un ancien avocat américain du secteur financier de Wall Street qui, depuis de nombreuses années, avec sa femme Susan, consacre sa vie à accompagner les prisonniers en attente d'exécution dans le couloir de la mort de Floride. Beaucoup d'entre eux, grâce à son amitié, ont affronté le bourreau en se réconciliant avec Dieu. Dale a reconnu Jésus dans ces frères et sœurs et pour cette raison, malgré les difficultés et les incompréhensions dont il est entouré, a besoin d'eux autant qu'eux ont besoin de lui. Les yeux mouillés de larmes, il m’a expliqué que le message de l'encyclique Fratelli tutti, ainsi que chaque mot et chaque geste du Pape François, sont pour lui comme «une transfusion sanguine, qui aide à vivre et à aller de l'avant». Beaucoup de personnes dans le monde, loin des projecteurs des médias et des célébrations commémoratives, donnent vie à l'Évangile lorsqu’elles reçoivent de cette manière le témoignage du successeur de Pierre.


 

03 octobre 2021, 10:21