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Le Pape aux évêques hongrois: soyez des pasteurs qui ont à cœur la fraternité

Premier rendez-vous à caractère religieux du 34e voyage apostolique en Hongrie et Slovaquie du Pape François, une rencontre avec les évêques hongrois a eu lieu dimanche matin au Musée des Beaux-Arts de Budapest. Le Saint-Père a montré à l'épiscopat trois attitudes à garder pour répondre aux défis sociaux et ecclésiaux actuels de la Hongrie. Il s'agit d'avoir à cœur l’annonce de l’Évangile, la construction de ponts pour surmonter les divisions, et une espérance contagieuse.

Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

Après avoir rencontré de manière privée le président de la république de Hongrie János Áder et son Premier ministre Viktor Orban, François s’est rendu dans une autre salle monumentale du Musée des Beaux-Arts afin de rencontrer les membres de la conférence épiscopale de Hongrie. Autrement dit, 17 prélats des circonscriptions ecclésiastiques de Hongrie –14 de rite latin et 3 de rite byzantin, ainsi que l’évêque aux armées, le père abbé de l’abbaye bénédictine territoriale de Pannonhalma, et le secrétaire général de la conférence épiscopale.

Ne pas oublier le passé pour s’aventurer vers l’avenir

«L’Église en Hongrie, a d’emblée rappelé le Pape, avec sa longue histoire –marquée par une foi inébranlable, par des persécutions et par le sang des martyrs– est associée de façon particulière au sacrifice du Christ».

«En regardant cette histoire, cette histoire passée, faite de martyre et de sang, nous pouvons marcher vers l’avenir avec le même désir des martyrs: vivre la charité et témoigner l’Évangile», a poursuivi François, soulignant qu’il fallait cependant se tourner aussi vers l’avenir. Le ministère épiscopal «ne sert donc pas répéter une nouvelle du passé, mais il est la voix prophétique de l’actualité perpétuelle de l’Evangile dans la vie du Peuple saint de Dieu et dans l’histoire d’aujourd’hui».

François a ensuite donné des indications aux prélats hongrois pour qu’ils mènent leur mission de manière prophétique, en suivant trois axes.


L’Évangile avant toute chose

D’abord, en étant «annonciateurs de l’Évangile». «Votre pays aujourd’hui est traversé par de grands changements qui touchent en général toute l’Europe». Et le Souverain pontife de mettre en garde contre la tentation de «s’enfermer dans la défense des institutions et des structures», dans un contexte de sécularisation grandissante et où «la soif de Dieu s’affaiblit». Il s’agit donc de rester moins centré sur les structures que sur le Christ et l’Évangile. «Être des témoins et des annonciateurs de la Bonne Nouvelle, diffuseurs de joie, proches des prêtres (…) et des religieux avec un cœur paternel, exerçant l’art de l’écoute».

Improvisant son discours, le Pape a alors rappelé quatre «proximités» auxquelles doivent être attentifs les évêques: proximité avec Dieu par la prière; proximité avec les autres évêques en faisant preuve de fraternité épiscopale et en cultivant l’unité au sein de la Conférence épiscopale, sans effacer les différences; proximité avec les prêtres, en faisant preuve d’une attention paternelle; proximité enfin avec le «saint peuple fidèle de Dieu», troupeau qui leur est confié. Pour être évêque aujourd’hui, «il faut exercer l’art de l’écoute», a résumé le Successeur de Pierre.

N’ayez pas peur de mettre à l’honneur la Parole de Dieu et d’impliquer les laïcs : ils seront des canaux par lesquels le fleuve de la foi irriguera de nouveau la Hongrie», a enfin indiqué le Pape.

Une Église au visage accueillant

Le Saint-Père a ensuite demandé aux évêques d’être «témoins de fraternité», dans un pays multiculturel où cohabitent «différentes ethnies, minorités, confessions religieuses et migrants». Cette diversité peut faire peur et pousser à «nous enfermer dans une défense radicale de notre soi-disant identité», ou bien «nous ouvrir à la rencontre avec l’autre et cultiver ensemble le rêve d’une société fraternelle». C’est cette deuxième possibilité qu’a défendue François ce matin, en expliquant que l’Église devait construire «de nouveaux ponts de dialogue» afin de diffuser l’Évangile et de faire germer «une société plus fraternelle et solidaire». Le Pape a invité les évêques a montrer le «vrai visage de l’Église», maternel, accueillant envers tous. «Soyez des pasteurs qui ont à cœur la fraternité», pour que celle-ci «devienne un signe lumineux pour la Hongrie», a recommandé le Successeur de Pierre.


Une lumière dans les difficultés

Enfin les membres de l’épiscopat hongrois devront veiller à être des «constructeurs d’espérance», en diffusant auprès des personnes «la certitude rassurante que Dieu est miséricorde, qu’il nous aime à chaque instant de la vie et est toujours prêt à nous pardonner et à nous relever». Derrière «la façade du bien-être, derrière un vêtement de traditions religieuses peuvent se cacher de nombreux côtés obscurs», a mis en garde le Pape. Et François d’évoquer les maux qui touchent la société hongroise, liés souvent, de manière paradoxale, au passage à la démocratie, mais aussi au besoin de consolidation de celle-ci: trafics en tous genres, pauvreté, dégradation des mœurs… «L’Église ne peut qu’être protagoniste de proximité, dispensatrice d’attention et de consolation pour les personnes, afin qu’elles ne se laissent jamais voler la lumière de l’espérance», a souligné le Souverain pontife.

Les évêques hongrois, pasteurs «à l’intérieur du troupeau», devront en particulier avoir des paroles d’encouragement, pour que les habitants deviennent «des protagonistes libres et responsables de la vie qui est un don de grâce à accueillir, non pas un casse-tête à résoudre». «Le cube de votre valeureux et célèbre architecte Rubik demeure un jeu génial, mais non un modèle pour la vie !», a glissé le Pape.

La Hongrie, pays visité pour la deuxième par un Souverain pontife après saint Jean-Paul II dans les années 1990, a donc besoin «d’une annonce renouvelée de l’Évangile, d’une nouvelle fraternité sociale et religieuse, d’une espérance à construire jour après jour pour regarder l’avenir avec joie». François a encouragé une ultime fois l’épiscopat du pays, pour qu’ils prennent part à ce «processus historique» et que Dieu les «confirme dans la joie de la mission».


 

12 septembre 2021, 11:40