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Pour le Pape, «penser seulement à soi est le père de tous les maux»

Le Pape François a participé à la 34e rencontre internationale de prière pour la paix ce mardi après-midi sur la colline du Capitole à Rome. Au cours de la prière œcuménique, il est revenu sur la tentation de se sauver soi-même et a rappelé que seul l'amour faisait place à l'autre, seul moyen de sauver l'ensemble de l'humanité.

Xavier Sartre – Cité du Vatican

C'est au sommet de la colline romaine du Capitole, au sein de la basilique de Sainte-Marie-in-Aracoeli que les représentants des cultes chrétiens se sont retrouvés ce mardi après-midi pour une prière œcuménique avant de rejoindre les représentants des autres religions conviés à cette rencontre organisée par la communauté de Sant'Egidio. Depuis trente-quatre ans, depuis la première rencontre d'Assise en 1986, promue par saint Jean-Paul II, des dirigeants de toutes les religions se rassemblent pour prier pour la paix. Cette année, le thème de cette rencontre écourtée en raison de la pandémie de covid-19, est “personne ne se sauve seul – paix et fraternité”.

 

Les chrétiens ont choisi un passage de la Passion de Jésus, juste avant sa mort sur la croix, dans lequel la foule lui crie: «Sauve-toi toi-même» (Mc 15,30). Aux côtés notamment du patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomée Ier, et de l'évêque Heinrich Bedford-Strohm président du Conseil de l'Église évangélique en Allemagne, le Pape François a livré une homélie centrée autour de cette sentence adressée à Jésus sur la croix.

Sauve-toi toi-même, la fausse solution

Ce «sauve-toi toi-même» est «une tentation cruciale, qui nous guette tous, même nous les chrétiens: c’est la tentation de penser seulement à se protéger soi-même ou son propre groupe, d’avoir en tête seulement ses propres problèmes et ses propres intérêts, tandis que tout le reste ne compte pas. C’est un instinct très humain, mais mauvais, et il est l’ultime défi au Dieu crucifié,» a reconnu le Saint-Père.

Les premiers à le dire furent les passants qui s'attendaient à ce que Dieu sauve Jésus et accomplisse un nouveau miracle en s'imposant par la force. Mais cela ne reflète que notre désir d'avoir «un dieu à notre mesure, plutôt que de devenir nous à la mesure de Dieu; un dieu comme nous, plutôt que de devenir nous comme lui» s'est exclamé le Pape. Mais ce n'est en fait que la préférence pour un culte du moi qui s'exprime là et qui «s’alimente de l’indifférence envers l’autre.»

Le vrai Évangile se charge des croix des autres

Les seconds à lancer cette exhorte au Christ, ce sont les scribes et les prêtres. «Nous sommes tous des spécialistes pour mettre les autres en croix afin de nous sauver nous-même», a regretté François. Leur attaque est sournoise, évoquant le salut. Mais «"l’évangile" du sauve-toi toi-même n’est pas l’Évangile du salut. C’est l’évangile apocryphe le plus faux, qui met les croix sur les autres. Le vrai Évangile, par contre, se charge des croix des autres,» a-t-il expliqué.

Le troisième groupe qui accable Jésus, c'est ceux qui sont crucifiés avec lui. «Comme il est facile de critiquer, de parler contre, de voir le mal dans les autres et non pas en soi-même, jusqu’à décharger les fautes sur les plus faibles et les marginalisés !» a commenté le Pape. Ces larrons «cherchent Jésus seulement pour résoudre leurs problèmes. Mais Dieu ne vient pas tant pour nous libérer des problèmes, qui se présentent toujours de nouveau, mais pour nous sauver du vrai problème, qui est le manque d’amour. C’est cela la cause profonde de nos maux personnels, sociaux, internationaux, environnementaux. Penser seulement à soi est le père de tous les maux».

Seul l'amour nous ouvre aux autres

Jésus change ainsi notre point de vue : «les bras de Jésus, ouverts sur la croix, marquent le tournant, parce que Dieu ne pointe le doigt contre personne, mais il embrasse chacun. Parce que seul l’amour éteint la haine, seul l’amour vainc jusqu’au bout l’injustice. Seul l’amour fait place à l’autre. Seul l’amour est la voie de la pleine communion entre nous», a affirmé le Pape.

Jésus «nous invite nous aussi à nous "faire autres", à aller vers les autres. Plus nous serons attachés au Christ, plus nous serons ouverts et "universels", parce que nous nous sentirons responsables des autres. Et l’autre sera la voie pour se sauver soi-même: chacun, chaque être humain, quel que soit son histoire et son credo. À commencer par les pauvres, les plus semblables à Jésus», a conclu le Saint-Père.

20 octobre 2020, 16:35