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Le 28 août 1963,  la Marche sur Washington de Martin Luther King. Le 28 août 1963, la Marche sur Washington de Martin Luther King. 

Les Papes et le rêve de Martin Luther King

De Paul VI à François, le «rêve» d'une communauté afro-américaine jouissant de tous ses droits aux États-Unis a trouvé un vif soutien auprès des Souverains Pontifes, qui ont indiqué en Martin Luther King un exemple à suivre dans la bataille non violente pour l'égalité.

Alessandro Gisotti – Cité du Vatican

La mort tragique de George Floyd a montré de façon dramatique que le rêve de Martin Luther King est encore loin de se réaliser. Pourtant, le discours historique «I have a dream», prononcé il y a 57 ans par le chef du mouvement des droits civils le 28 août 1963, continue de résonner, même ces jours-ci, sur la bouche de ceux qui réclament justice et dignité pour la communauté afro-américaine et, avec elle, pour toutes les minorités de tous les temps. Ce «rêve», qui trouve ses racines dans l'Évangile et dans la puissance libératrice de l'amour de Dieu, a trouvé au Vatican, chez les Papes qui se sont succédé, de grands alliés à commencer par saint Paul VI qui a reçu le pasteur baptiste au Vatican le 18 septembre 1964 et l'a encouragé à poursuivre son engagement pacifique contre la discrimination raciale.

Que le meurtre de Martin Luther King prenne «la valeur du sacrifice»

Quatre ans plus tard, saint Paul VI apprend avec consternation le meurtre de Martin Luther King le 4 avril 1968 à Memphis, Tennessee. Trois jours plus tard, lors du dimanche des Rameaux, Paul VI évoque la figure du prix Nobel de la paix avec des mots d'une extraordinaire actualité. Le Pape prie alors pour que ce crime puisse «prendre la valeur du sacrifice». «Ce n'est pas la haine, ni la vengeance, ni un nouvel abysse entre les citoyens d'une même grande et noble terre qui devrait être creusé mais un nouvel objectif commun de pardon, de paix, de réconciliation dans l'égalité des droits libres et justes qui devrait être imposé aux discriminations et aux luttes injustes présentes - a-t-il averti. Notre douleur devient plus grande et plus craintive à cause des réactions violentes et désordonnées que ce triste fait a provoquées ; mais notre espoir grandit aussi lorsque nous voyons que de chaque côté responsable, croît dans le cœur des personnes en bonne santé, le désir et l'engagement de faire en sorte que la mort inique de Martin Luther King permette un dépassement effectif des luttes raciales et d'établir des lois et des méthodes de coexistence plus conformes à la civilisation moderne et à la fraternité chrétienne»

Le rôle providentiel du pasteur d'Atlanta

Vingt ans plus tard, le 12 septembre 1987, un autre Pape a rappelé le rêve du leader afro-américain. Saint Jean-Paul II est à la Nouvelle-Orléans où il rencontre la communauté noire catholique de la ville. Karol Wojtyla rappelle le long et difficile voyage de la communauté afro-américaine pour surmonter l'injustice et se libérer du poids de l'oppression. «Dans les heures les plus difficiles de votre lutte pour les droits civils au milieu de la discrimination et de l'oppression», a-t-il dit, «Dieu lui-même a guidé vos pas sur le chemin de la paix. Face à l'histoire, la réponse de la non-violence s'élève dans la mémoire de cette nation comme un monument qui honore la communauté noire des États-Unis». Saint Jean-Paul II parle du «rôle providentiel» joué par Martin Luther King «pour contribuer à la juste amélioration de la condition des Afro-Américains et, par conséquent, à l'amélioration de la société américaine elle-même». Comme Paul VI, il trouve une harmonie particulière avec la vision chrétienne de la fraternité humaine incarnée par le pasteur d'Atlanta qui a cru, même jusqu'au sacrifice extrême, à l'action libératrice de la foi en Christ.

Cette vision est également évoquée par Benoît XVI qui, lors de la cérémonie d'accueil à Washington le 16 avril 2008, a souligné que la foi en Dieu a été «une inspiration constante et une force directrice» dans la lutte menée par Martin Luther King «contre l'esclavage et dans le mouvement des droits civils». Des mots renforcés, deux jours plus tard, par la rencontre du Pape avec la fille du révérend King, Bernice Albertine, en marge d'une célébration œcuménique à New York.

Un rêve qui «continue de nous inspirer»

Le 24 septembre 2015, pour la première fois dans l'histoire, un Souverain pontife s'adresse au Congrès des États-Unis lors d'une session conjointe. Devant les élus du Capitole, le Pape François prononce un discours sur l'esprit des États-Unis, notant qu'«une nation peut être considérée comme grande quand (...) elle promeut une culture qui permet aux gens de rêver de droits complets pour tous leurs frères et sœurs, comme Martin Luther King a essayé de le faire». Pour le Pape, ce «rêve continue de nous inspirer» car il réveille «ce qui est le plus profond et le plus vrai dans la vie des gens». Et, comme en de nombreuses autres occasions, il tient à souligner que ce genre de rêves ne sont pas des fins en soi mais «conduisent à l'action, à la participation, à l'engagement».

Le Pape François, comme son prédécesseur, rencontrera également Bernice Albertine, la fille du révérend afro-américain, également militante des droits civils. L'audience privée a eu lieu au Vatican, le 12 mars 2018, trois semaines avant le 50e anniversaire de l'assassinat de Martin Luther King.

Dans son message pour la Journée mondiale de la paix 2017, le Pape affirme que Martin Luther King a obtenu des succès contre la discrimination raciale qui «ne seront jamais oubliés». Il met également en exergue la manière avec laquelle ces progrès ont été atteints, car elle ne compte pas moins que les résultats eux-mêmes. «La non-violence pratiquée avec détermination et constance a donné des résultats impressionnants» écrit François. La violence, au contraire, «n'apporte rien de bon, mais fait perdre beaucoup de choses», rappelait ce matin le Pape lors de l’audience générale alors qu’il mentionnait justement la situation outre-Atlantique.

03 juin 2020, 15:30