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Le Pape exhorte à sauver les migrants en mer

Le Pape a rencontré ce jeudi midi au Vatican 33 réfugiés de Lesbos, réfugiés en Italie grâce à un couloir humanitaire organisé notamment par la communauté de Sant’Egidio. «Notre paresse est un péché» a-t-il dénoncé, exhortant chacun de nous à vider les camps de détention libyens et à dénoncer les trafiquants, sans avoir peur de mettre à jour les connivences et les complicités avec les autorités.

Xavier Sartre - Cité du Vatican

C’est un discours empli d’émotion et même de colère que le Pape François a prononcé à la mi-journée dans la cour du Belvédère, au cœur du Vatican. En s’adressant aux réfugiés arrivés récemment en Italie grâce à l’action notamment de la communauté de Sant’Egidio, très active en Grèce, sur l’île de Lesbos, le Saint-Père a eu des mots très durs traduisant sa préoccupation pour les personnes qui tentent désespérément de traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Europe.

Lors de cette rencontre, il a placé une croix portant un gilet de sauvetage en mémoire des migrants et des réfugiés dans un couloir reliant le palais apostolique à la cour du Belvédère.

Le Saint-Père avait reçu premier gilet qui appartenait à une petite fille qui s’était noyée en mer et qui lui fut offert par des secouristes. Ce second, maintenant exposé, fut lui aussi offert par des secouristes mais il appartenait à un inconnu dont le corps n’a pas été retrouvé. Dans les deux cas, il s’agit d’une «mort causée par l’injustice».

«L’injustice qui contraint de nombreux migrants à quitter leurs terres», qui «les oblige à traverser les déserts et à subir abus et torture dans des camps de détention» et qui «les repousse et les fait mourir en mer».

Une croix en résine portant un gilet de sauvetage

La croix que le Pape a installée est en résine colorée, ce qui exprime «l’expérience spirituelle» que le Saint-Père a recueillie des secouristes. Elle est aussi transparente, comme un «défi» qui nous pousse à «regarder avec une attention accrue et à toujours chercher la vérité», a-t-il expliqué. «La croix est luminescente puisqu’elle veut encourager notre foi dans la Résurrection, le triomphe du Christ sur la mort».

«Même le migrant inconnu, mort avec l’espoir d’une nouvelle vie, participe à cette victoire» a affirmé François, avant d’ajouter: «les secouristes m’ont raconté comment ils apprennent l’humanité des personnes qu’ils réussissent à sauver. Ils m’ont révélé comment, lors de chaque mission, ils redécouvrent la beauté d’être une unique grande famille humaine, unie dans la fraternité universelle.»

Ne pas bloquer les navires de secours en mer

La croix inaugurée sert ainsi à tenir les yeux et le cœur ouvert «pour rappeler à tous l’engagement incontournable à sauver chaque vie humaine, un devoir moral qui unit croyants et non-croyants» a précisé le Pape. «Comment ne pouvons-nous pas écouter le cri désespéré de tant de frères et sœurs qui préfèrent affronter une mer en tempête plutôt que mourir lentement dans les camps de détention libyens, lieux de torture et d’esclavage ignobles ?» a-t-il demandé.

«Comment pouvons-nous rester indifférents face aux abus et aux violences dont sont victimes des innocents, les laissant à la merci de trafiquants sans scrupules ?». «Notre paresse est un péché» s’est-il aussi exclamé.

François, saluant celles et ceux qui s’engagent à sauver les vies sans se poser de question, a dénoncé sans ambages le blocage en mer des navires ayant porté secours. Il a rappelé la nécessité de vider les camps de détention en Libye, de dénoncer et poursuivre les trafiquants, «sans craindre de révéler les connivences et les complicités avec les institutions».

«Il faut, a-t-il souligné avec force, mettre de côté les intérêts économiques pour mettre au centre la personne, chaque personne, dont la vie et la dignité sont précieuses aux yeux de Dieu. Il faut secourir et sauver parce que nous sommes tous responsables de la vie de notre prochain, et le Seigneur nous réclamera des comptes au moment du jugement»

19 décembre 2019, 13:49