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Le Pape face aux délégués religieux présents au Congrès sur la protection des mineurs dans le monde numérique, le 14 novembre 2019. Le Pape face aux délégués religieux présents au Congrès sur la protection des mineurs dans le monde numérique, le 14 novembre 2019.  (Vatican Media)

Pape François: s'unir dans la bataille pour la protection des enfants sur internet

Le Pape François a développé ce jeudi matin, 14 novembre 2019, une longue et ferme réflexion sur la responsabilité des acteurs du numérique dans la lutte contre les abus sexuels sur mineurs, en recevant les participants à une rencontre organisée aujourd’hui et demain sur le thème: “Promouvoir la dignité numérique de l’enfant – Du concept à l’action”.

Cyprien Viet – Cité du Vatican

Cette rencontre est organisée par l’Académie pontificale des Sciences sociales, la “Child Dignity Alliance” et l’“Interfaith Alliance for Safer Communities”. Environ 80 personnalités y participent, parmi lesquelles des responsables politiques et religieux, des magistrats, et des représentants d’organisations internationales et d’ONG, mais aussi d’entreprises technologiques comme Microsoft, Apple, Amazon et Facebook. 

Dans son discours, le Pape François a insisté sur l’importance d’un engagement de tous les secteurs de la société, les scientifiques, les entrepreneurs et décideurs économiques, les législateurs, les responsables politiques, les éducateurs, les psychologues, et aussi les leaders religieux et moraux. Il s’est ainsi réjoui de voir l’engagement interreligieux pris il y a un an lors de la conférence organisée à Abou Dhabi se prolonger aujourd’hui.

La responsabilité spécifique de l’Église catholique

Le phénomène terrible des abus sexuels commis par des membres du clergé donne aussi au Pape une responsabilité particulière dans ce combat. «L’Église catholique, dans les dernières décennies, après les expériences dramatiques vécues dans son corps, a atteint une vive conscience de la gravité des abus sexuels sur mineurs et de leurs conséquences, de la souffrance qu’ils provoquent, de l’urgence d’en soigner les blessures, de contrer ces crimes avec une décision maximale et de développer une prévention efficace. Elle se sent donc obligée à regarder vers l’avenir avec une vision à long terme», a-t-il souligné.

Veiller à une utilisation saine et constructive des outils numériques

Le «développement vertigineux des technologies de l’information et de la communication» pose des «questions cruciales pour le futur de l’humanité.» François a reconnu que ce développement offre «de nouvelles opportunités pour les mineurs, pour leur éducation et leur formation personnelle», y compris dans le domaine de la santé. Mais il faut veiller à ce que leur croissance soit «saine et sereine», «sans qu’ils soient objets de violences criminelles inacceptables ou d’influences gravement nocives pour l’intégrité de leur corps ou de leur esprit».

Le Pape a donc dénoncé les réseaux d’abus sur mineurs qui diffusent images et vidéos à travers le monde, mais il a aussi alerté plus largement sur l’accès de nombreux mineurs à des produits pornographiques, qui provoquent des phénomènes graves de dépendance dont les effets catastrophiques sur le développement psychologique, émotif et sexuel sont reconnus par de nombreuses études. En soulignant que l’âge moyen du premier contact avec des images pornographiques est évalué à 11 ans, il a appelé à la mise en place de systèmes de filtrage plus efficaces. François a souligné la responsabilité morale des fournisseurs de contenus, qui ne peuvent pas se contenter de respecter les lois, mais doivent être proactifs, les législateurs étant toujours en retard par rapport à la rapidité du développement numérique.

Le développement technologique «nous prend par surprise, car souvent nous voyons d’abord les aspects les plus fascinants et positifs, qui heureusement ne manquent pas, mais ensuite nous nous rendons compte des conséquences négatives quand elles sont déjà diffusées et qu’il est très difficile d’y remédier», a alerté François. La gravité des enjeux est généralement sous-estimée, y compris par les médias, qui devraient se pencher sur ces thèmes d’une façon moins superficielle.

Concilier liberté et responsabilité

«Un nœud crucial du problème regarde la tension, qui devient une contradiction à la fin, entre l’idée du monde digital comme un espace de liberté illimitée pour l’expression et la communication, et celle de l’usage responsable des technologies et donc de leurs limites», a expliqué le Pape. L’argument de défense de la “privacy” ne doit pas empêcher les fournisseurs de contenu d’assumer leurs responsabilités face à des phénomènes gravissimes comme «le trafic des êtres humains, l’organisation du terrorisme, la diffusion de la haine et de l’extrémisme, la manipulation de l’information et les abus sur mineurs». Le Pape a donc lancé un «appel pressant» aux grandes compagnies du secteur pour qu’elles agissent avec clarté et dans la conscience de leur devoir d’orienter le développement technologique vers le bien de la société.

Le Pape a notamment donné l’exemple de l’intelligence artificielle, en expliquant que les ingénieurs qui développent les algorithmes ont une responsabilité éthique pour que les «images illégales et nocives» qui circulent sur les réseaux soient éliminées. Ils doivent s’engager «dans une noble compétition pour contrer l’usage pervers des nouveaux instruments à disposition». Les enjeux financiers sont énormes mais les nouvelles générations ne doivent pas être sacrifiées au profit de la croissance économique.

Un mouvement transversal impliquant

Au-delà des frontières étatiques, toutes les institutions et les personnes concernées doivent coopérer dans un «mouvement global» de protection de la dignité de la personne, et en particulier des mineurs. «La créativité et l’intelligence de l’homme sont merveilleuses, mais doivent être orientées dans la direction positive du bien intégral de la personne dans toute sa vie, à partir de l’enfance», a martelé François.

L’évêque de Rome a conclu en soulignant le rôle des responsables religieux dans cette «bataille», car l’inspiration religieuse «fonde le respect de la dignité humaine sur la grandeur et la sainteté de Dieu, son Créateur et Sauveur». En saluant tous les leaders religieux présents, François a estimé que «la cause de la protection des mineurs dans le monde numérique, c’est-à-dire dans notre monde d’aujourd’hui et demain, doit nous voir unis, comme témoins de l’amour de Dieu pour les plus petits et sans défense». «Regardons- les dans les yeux : ce sont vos filles et vos fils, nous devons les aimer comme des chefs d’œuvre et des enfants de Dieu», a conclu le Pape avec gravité.

14 novembre 2019, 12:01