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Image d'illustration. Le président burundais, Évariste Ndayishimiye, en mai 2020. Image d'illustration. Le président burundais, Évariste Ndayishimiye, en mai 2020.   Les dossiers de Radio Vatican

Burundi – Rwanda, deux voisins aux relations tumultueuses

Depuis le 11 janvier de cette année, les tensions entre le Burundi et le Rwanda sont montées d’un cran: après avoir accusé le Rwanda de soutenir un groupe rebelle qui a mené des attaques sur son sol, le Burundi a annoncé la fermeture de la frontière avec son voisin. Analyse avec Onesphore Sematumba, chercheur à l’International Crisis Group, en charge de la région des Grands lacs.

Entretien réalisé par Marine Henriot – Cité du Vatican

Selon le Burundi, le groupe RED-Tabara (Résistance pour un État de Droit au Burundi) a lancé une attaque le 22 décembre 2023, près de la frontière avec la République démocratique du Congo, en tuant 20 personnes, dont des femmes et des enfants. Le président burundais Évariste Ndayishimiye avait accusé le 30 décembre le Rwanda de soutenir les rebelles. Des accusations démenties par Kigali qui dit «regretter» une décision «unilatérale», rapporte l’AFP.

Depuis plus d’un mois, la frontière est fermée, et la population en paie le prix fort, comme l’explique Onesphore Sematumba, spécialiste de la région Grands Lacs à l’International Crisis Group. «Nous sommes en face de deux pays dont l'économie est interdépendante. Il fallait voir le désarroi des personnes qui étaient juste de l'autre côté de la frontière.» Ainsi, les populations vivant de petits commerces de part et d’autre de la frontière se retrouvent sans moyen de subsistance.

Des conséquences également pour les Congolais frontaliers, qui avaient l’habitude de passer par les routes rwandaises pour arriver au Burundi, à causes des mauvaises infrastructures coté congolais.

Tensions depuis 2015

Les divergences entre Gitega et Kigali sont bien antérieures à la résurgence du groupe RED-Tabara en décembre dernier, éclaire Onesphore Sematumba. Il faut remonter en 2015, lors de la tentative de putsch contre l’ancien président Pierre Nkurunziza. Après cet échec pour s’emparer du pouvoir les putschistes ont fui au Rwanda.

Quelques mois plus tard, le groupe RED-Tabara était fondé, «mais à part cette connexion un peu logique, qui est un raccourci, nous n’avons pas de preuves que le Rwanda soutient le RED-Tabara», commente l’expert des Grands lacs.

Un triangle régional

Ces derniers mois, Gitega a progressivement adopté les mêmes langages que Kinshasa pour critiquer le voisin rwandais. Alors que les relations entre le Burundi et la RDC sont au beau fixe, celle entre les deux alliés et leur voisin ont rarement été aussi tendues. Lors d’un discours à l’investiture du président congolais, Felix Tshisekedi, à laquelle le Rwanda n’était pas convié, le président burundais a notamment appelé les jeunes Rwandais à se soulever contre Kigali.

Si le soutien de Kigali au RED-Tabara n’est pas prouvé, celui au groupe M23 qui fait des ravages dans le Nord-Kivu en RDC est maintenant étayé par différents rapports des Nations unies.

Entretien avec Onesphore Sematumba, de l'International Crisis Group


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14 février 2024, 12:37