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Mère de famille dans la favela de Paraisopolis à Sao Paulo, avec un panier repas Mère de famille dans la favela de Paraisopolis à Sao Paulo, avec un panier repas   (AFP or licensors)

La Covid accentue la pauvreté au Brésil

La pandémie de Covid-19 a aggravé la pauvreté des couches les plus fragiles de la population brésilienne. La lenteur de la reprise économique ne permet pas aux plus pauvres de sortir d’une précarité qui particulièrement répandue dans les favelas du Brésil. Témoignage du père Guist’Hau, prêtre de l’Emmanuel dans une paroisse de Salvador de Bahia.

Entretien réalisé par Xavier Sartre – Cité du Vatican

Certaines photos ont pu choquer au Brésil : celles du photographe Domingos Peixoto, montrant des groupes à l’arrière d’un camion transportant des abats destinés à une usine de fabrication d’aliments pour animaux, tentant de s’emparer de la cargaison. Depuis plusieurs mois, la pauvreté a augmenté dans le plus grand pays d’Amérique latine. Selon certaines estimations, 19 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire, soit 9 % de la population.

Dans les favelas, ces quartiers pauvres qui ceinturent les villes, les habitants doivent se débrouiller encore plus pour trouver à manger et maintenir leur famille. C’est le cas dans celle d’Alagados, à Salvador de Bahai, la troisième agglomération du pays, que visita Jean-Paul II en 1980. Là se trouve la paroisse Jean-Paul II, créée un mois avant la venue du Saint-Père, et nommée en son nom en 2014, le jour de sa canonisation.


Le père Thomas Guist’Hau, prêtre français de la communauté de l’Emmanuel, présent sur place depuis 2017, gère plusieurs programmes paroissiaux dont un en faveur d’une soixante d’enfants à qui est fourni un soutien scolaire et bénéficiant de deux repas quotidiens. La pandémie a rompu le fragile équilibre qui prévalait auparavant. «On a vu des enfants commencer à travailler dans la rue au moment où l’école s’est arrêtée pour essayer de gagner quelques sous pour se nourrir et nourrir leur famille» témoigne-t-il. Malgré la reprise des cours, certains n’ont pas regagné le chemin de l’école, étant une source de revenus non négligeable pour leurs parents.

Avec la pandémie, «ceux qui avaient un emploi stable l’ont perdu pour une bonne partie» constate le père Guist’Hau. «On avait déjà un taux de chômage de 90 %, avec beaucoup de travail informel» précise-t-il, et «cela a bien du mal à repartir». Avec la hausse des prix de certaines denrées alimentaires, comme la viande, les habitants mangent moins ou moins bien, remarque-t-il aussi.

Malgré une dégradation de leurs conditions de vie, les habitants d’Alagados sont assez résignés, confie le père Guist’Hau. Mais il y a aussi «une grande foi de tout le peuple brésilien. Dieu s’occupe de tout. Ils font l’expérience de la Providence». Ils peuvent aussi compter sur la solidarité familiale. La famille «est le point d’appui majeur qui structure la vie de la société dans un quartier comme le nôtre». Il y a cependant un paradoxe : la cellule familiale de base est très fragile, comme les couples. En revanche, explique le missionnaire, la famille au sens large est solide. Cela permet de compenser des aides publiques qui, si elles ont été mises en place au début de la pandémie, ont fini par se réduire, voire disparaitre. Quant à sa paroisse, elle poursuit son œuvre, et organisera notamment le 14 novembre, journée mondiale des pauvres, un grand repas pour les plus défavorisés.

Entretien avec le père Guist'Hau de la communauté de l'Emmanuel


05 novembre 2021, 08:45