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Vatican News
Vue sur le port de Beyrouth après l'explosion Vue sur le port de Beyrouth après l'explosion  (AFP or licensors)

Explosion de Beyrouth: “les gens veulent que justice soit faite”

Il y a six mois, une terrible explosion ravageait le port de Beyrouth, causant la mort de 200 personnes, blessant 6 500 autres. Aujourd’hui, de nombreux quartiers de la capitale libanaise sont encore sinistrés et l’enquête piétine, au désespoir des familles des victimes. La France reproche au gouvernement son inaction ainsi que le non-respect de ses engagements.

Les images avaient fait le tour du monde en à peine quelques minutes: une explosion suivie d’une terrible déflagration, puis des scènes de panique de Beyrouthins courant hagards dans les rues jonchées de décombres et de bris de verre. De ce jour sinistre, le père Gabriel Khairallah garde un traumatisme certain: «quand je suis descendu dans les rues, j’ai eu l’impression de revivre la guerre civile de 1975-1990 et je me suis rendu compte à quel point ma mémoire avait gardé un traumatisme de cette période», raconte-il.

Les Libanais attendent des réponses

Quelques jours plus tard, on apprend que l’explosion a été provoquée par une énorme quantité de nitrate d’ammonium entreposée depuis des années sans mesures de précaution particulières, de l’aveu même des autorités. Une enquête est lancée dans la foulée mais, six mois après, force est de constater que les progrès sont inexistants, malgré une vingtaine d’interpellations. Le père Khairallah, qui accompagne plusieurs familles de victimes témoigne de leur frustration: «on a l’impression que personne ne veut que cette enquête aboutisse, les responsables courent toujours. La priorité, c’est que justice soit faite».

La France, très concernée par l’évolution du pays du Cèdre, admoneste aujourd’hui ses élites pour leur inaction et le non-respect de leurs engagements: «six mois après l’explosion, il est inacceptable que le peuple libanais attende toujours des réponses de la part de ses dirigeants, (…) il est inacceptable que le Liban n’ait toujours pas de gouvernement pour répondre à la crise sanitaire et sociale, et engager les réformes structurelles indispensables au redressement et à la stabilité du pays», déplore l’ambassadrice française à Beyrouth dans un communiqué.

De fait, le pays se débat depuis plus d’un an avec une interminable crise politique et institutionnelle. Le Premier ministre désigné Saad Hariri n’a toujours pas formé son équipe, les tractations entre partis achoppant immanquablement sur l’attribution des portefeuilles ministériels. À maintes reprises, le cardinal Béchara Raï, Patriarche maronite, a interpellé directement les politiques libanais, leur reprochant de faire prévaloir leurs intérêts au détriment de ceux de la nation. Récemment encore, les chefs religieux chrétiens et musulmans ont appelé à la formation rapide d’un gouvernement de salut national pour relever le pays.

Aide psychologique nécessaire

Car l’effondrement du Liban est patent depuis plusieurs mois; à ces convulsions politiques, s’est greffée une crise économique et financière brutale pour la population. Dans un contexte de chômage massif et de pauvreté accrue, l’explosion de Beyrouth a exacerbé la lassitude des Libanais, de plus en plus tentés par l’émigration.

À Beyrouth, certains quartiers défigurés par la catastrophe du 4 août 2020 attendent toujours d’être reconstruits. «L’État est aux abonnés absents», constate le père Khairallah. Ce sont les ONG qui ont pris en charge les travaux, relevant et repeignant les maisons ; il n’en demeure pas moins que les habitants sont «fatigués» de se considérer comme des «assistés» et de n’avoir pas «voix au chapitre». Le jésuite note un vrai besoin de parler, de partager ses souffrances et ses peurs ; la visite fréquente de plusieurs religieux auprès des sinistrés s’avère en cela salutaire, précise-t-il, espérant qu’une aide psychologique soit apportée aux Libanais traumatisés. «Nos maisons sont en train d’être réparées, mais nos cœurs attendent toujours de l’être», confient-ils au père Khairallah.

05 février 2021, 13:03