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(Photo d'illustration) (Photo d'illustration)  (AFP or licensors)

Mutilations génitales féminines, une pratique encore très répandue

En 2012, l'Assemblée générale des Nations unies instituait le 6 février comme Journée internationale contre les mutilations génitales féminines (MGF) afin d'intensifier l'action mondiale contre cette violation des droits des femmes et des filles.

Elvira Ragosta, Marine Henriot - Cité du Vatican

On estime à l’heure actuelle que 200 millions de femmes et de jeunes filles dans le monde ont subi des mutilations génitales féminines (MGF); et chaque année, quatre millions de personnes risquent de les subir. Considérées au niveau international comme une violation des droits humains, ces violences font partie des nombreuses formes de mauvais traitements subis par les femmes.

Il est en outre établi que les mutilations de ce type n'apportent aucun avantage médical, au contraire, elles ont de lourdes conséquences sur la vie des femmes qui y ont été soumises: elles peuvent être immédiates (hémorragies pouvant conduire à un décès), ou s’étaler dans le temps (infections multiples, infertilité, complications durant l’accouchement, etc.), sans parler du traumatisme psychologique subi.

Bien que pratiquées principalement dans 30 pays d'Afrique et du Moyen-Orient, les mutilations génitales féminines constituent un problème pour le monde entier, car elles persistent également dans certains pays d'Asie et d'Amérique latine, ainsi que parmi les populations immigrées vivant en Europe occidentale, en Amérique du Nord, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Leur abolition est l'un des objectifs de développement durable des Nations unies pour 2030.

Un arsenal juridique qui avance lentement 

Des progrès ont été réalisés au niveau juridique dans certains pays. «Le processus est très long car il est essentiel que la communauté elle-même décide d'abandonner la pratique, selon Paola Magni, responsable de ce dossier au sein de l’Amref, association de santé présente dans 35 pays, récemment, certaines communautés kenyanes ont pris la décision d'abandonner les mutilations. Il reste ce moment de passage à l'âge adulte avec un rituel, qui maintient toujours cette identité culturelle, mais pendant la cérémonie, au lieu de ce terrible geste, il y a une bénédiction des filles et la remise de livres, et cela montre comment la communauté se rend compte de la valeur d'une fille».  

Le 2 février au Sierra Leone, un décès tragique due à une excision a relancé le débat sur cette pratique létale. Des organisations de défense des droits des femmes du pays et du monde entier se sont réunies dans une lettre ouverte appelant le gouvernement sierra-léonais à criminaliser ce geste, dont plus de 80% des femmes des femmes du pays sont victimes. Ces dernières années au Sierra Leone, plusieurs femmes et filles sont ainsi mortes mutilées. La Sierra Leone, comme le Mali, demeure l’un des rares États sans texte de loi contre les MGF.

A la mi-janvier au Bénin, trois lois ont été promulguées pour renforcer l’arsenal juridique pour la promotion et protection de la femme, des textes permettant à l’Institut National de la Femme (INF) d’accomplir la mission qui lui est confiée par le gouvernement : protéger les filles et femmes béninoises, notamment contre les MGF.

L'an dernier, le Soudan avait adopté une loi qui punit cette pratique de trois ans d'emprisonnement. Le paradoxe, selon Paola Magni, est que la plupart des pays disposent d'une législation, même très solide, mais le problème réside dans son application: «il s'agit de lois promulguées au niveau central, alors que dans de nombreux pays, les mutilations génitales féminines se produisent dans les zones les plus reculées et il est donc essentiel qu'à côté du processus législatif, il y ait des processus de sensibilisation et d'autonomisation, pour que la communauté et les autorités locales aient une stratégie».

Mutilations accrues pendant le confinement

La pandémie a entraîné un recul des résultats importants obtenus au niveau mondial dans la lutte contre les mutilations. En 2020, le confinement à domicile, en tant que mesure visant à contrer la propagation de la Covid-19, avait entraîné une augmentation de 1,4 million de filles victimes. L'ONG belge Gams (Groupe pour l'abolition des mutilations sexuelles) soulignait en 2021 que la crise sanitaire mondiale a anéanti les progrès réalisés ces dernières années, alors que le nombre d'enfants victimes n'avait cessé de diminuer. La pandémie a entraîné la fermeture d'écoles, l'isolement des foyers, ainsi qu'une augmentation des mariages forcés chez les moins de 16 ans.

De plus, face à la crise économique provoquée par la pandémie, «les hommes et les femmes qui pratiquaient l'excision ont vu l'opportunité de revenir à cette activité pour gagner de l'argent et nourrir leur famille», dénonçait l'année dernière Isabelle Gillette-Faye, directrice de Gams. «La Covid a forcé les gens à rester chez eux et a donc facilité la poursuite de cette pratique; on estime que deux millions de mutilations supplémentaires se produiront dans les années à venir en raison du blocage des programmes de prévention», détaillait pour sa part, Paola Magni, de l’Amref. «Ce qu'il faut dans la lutte contre les mutilations génitales féminines, c'est du financement, de la sensibilisation, de la prise de conscience que le phénomène existe et que nous devons en parler, mais surtout travailler avec les communautés», expliquait-elle.

06 février 2021, 15:52