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Funérailles des agriculteurs tués par Boko Haram, le 28 novembre 2020. Funérailles des agriculteurs tués par Boko Haram, le 28 novembre 2020.  (AFP or licensors)

Massacre d'agriculteurs par Boko Haram au Nigeria: que fait l’État?

Le groupe Boko Haram a assassiné 76 personnes, samedi 28 novembre 2020, à quelques kilomètres de Maiduguri, la capitale de l'Etat du Borno. Les victimes sont des agriculteurs qui travaillaient dans une rizière.

Entretien réalisé par Hélène Destombes - Cité du Vatican

Le président Muhammadu Buhari a condamné «des assassinats insensés» qui blessent l’ensemble du pays. L'attaque a eu lieu le jour des élections locales, «les premières organisées depuis le début de l'insurrection de Boko Haram en 2009 dans l’Etat du Borno», rappelle Marc-Antoine Pérouse de Montclos, directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement.

Les travailleurs agricoles mais aussi les pêcheurs et les bûcherons sont régulièrement pris pour cible par Boko Haram dans cette région du nord-est du pays où sévit également une faction dissidente, le groupe Etat islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap). Les jihadistes accusent ces populations de transmettre des informations à l'armée ou de ne pas leur payer les taxes imposées pour exercer une activité économique et agricole.

 

Il s’agit donc aussi d’«une vengeance» relève Marc-Antoine Pérouse de Montclos, puisque, «par la menace, les différentes factions de Boko Haram terrorisent les paysans en leur interdisant de collaborer avec les forces de sécurité». Ces dernières, poursuit-il, avaient été prévenues de l’imminence d’une attaque mais elles ne sont pas intervenues «la stratégie du gouvernement étant de contrôler les villes plutôt que les campagnes».

Les promesses non tenues du président Buhari

Plus de 36.000 personnes ont été tuées dans des violences depuis le début de l'insurrection de Boko Haram, il y a 11 ans, dans le nord-est du Nigeria, où quelque deux millions de personnes ne peuvent toujours pas regagner leur foyer. Le conflit a provoqué une crise humanitaire, récemment aggravée par de mauvaises récoltes et les restrictions liées au coronavirus. Les niveaux d'insécurité alimentaire sont similaires à ceux de 2016-2017, au pic de la crise, selon l’ONU.

Ce dernier massacre met une nouvelle fois en exergue les défaillances des autorités incapables de protéger les populations rurales alors que «Boko Haram est toujours actif et toxique», souligne Marc-Antoine Pérouse de Montclos. Le président Buhari s’était engagé en 2015, lors de la campagne présidentielle, à faire de la question sécuritaire une priorité. «C’est pour lui un constat d’échec sur le plan sécuritaire mais aussi économique». Le Nigéria «s’enfonce dans une récession abominable».

Cette incapacité à endiguer la menace djihadiste et à protéger les civils est liée, observe Marc-Antoine Pérouse de Montclos à «la corruption qui gangrène les forces de sécurité à un niveau inimaginable». Ce problème structurel s’accompagne d’«une totale impunité lorsque les forces de sécurité tuent des civils».

Appel du Pape François

Le Pape François a fait part de sa prière et de sa compassion pour le Nigéria ce mercredi 2 décembre, au terme de l’audience générale hebdomadaire. «Je tiens à vous assurer de mes prières pour le Nigeria, qui est malheureusement encore ensanglanté par un massacre terroriste», a déclaré le Saint-Père.

Le Pape a souhaité que Dieu accueille dans sa paix les agriculteurs «sauvagement assassinés», qu’il «réconforte leurs familles; et qu'il convertisse les cœurs de ceux qui commettent de telles horreurs, qui offensent gravement son nom».

Entretien avec Marc-Antoine Pérouse de Montclos, directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement
03 décembre 2020, 11:33