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Un fidèle prie sur le parvis de la cathédrale St Matthew de Khatourm, le 25 décembre dernier, lors de la messe de Noël. Un fidèle prie sur le parvis de la cathédrale St Matthew de Khatourm, le 25 décembre dernier, lors de la messe de Noël.  (AFP or licensors)

Le Soudan à la croisée des chemins

Depuis la chute du dictateur Omar Al Béchir au printemps 2019, la vie politique soudanaise a connu de nombreuses mutations, entre gouvernement de transition, accords de paix avec des groupes armés et promesses d’investissements dans un pays autrefois indésirable. Les prochains mois pourraient être déterminants. Éclairage avec la chercheuse Raphaëlle Chevrillon-Guibert, spécialiste du pays.

Entretien réalisé par Olivier Bonnel-Cité du Vatican

Cette année 2020 a été riche en bouleversement pour le Soudan. Depuis le renversement du dictateur Omar Al Béchir en avril 2019 par la société civile, un conseil de transition a été nommé, au sein duquel les militaires tiennent encore une place prépondérante.

Si de nombreux défis sont encore à relever plusieurs événements marquants indiquent que le Soudan semble être un carrefour de son histoire : le 3 octobre, le gouvernement signait à Juba un accord de paix historique avec des groupes armés de plusieurs régions (Darfour, Nil Bleu, Sud Kordofan…) promettant de mettre fin à 17 ans de guerre civile.

Un retour dans le concert des nations

Le 14 décembre dernier, les Etats-Unis retiraient officiellement Khartoum de leur liste noire des pays soutenant le terrorisme, faisant revenir ainsi le Soudan dans le concert des nations et lui promettant une ouverture économique. Une des mesures les plus spectaculaire de ces dernières années. Le Soudan était en effet inscrit sur la liste noire américaine depuis 1993, le pays abritait alors Oussama Ben Laden, chef d’Al Qaïda.

Ces derniers mois, le réchauffement avec les États-Unis s’est fait par étapes. En avril dernier, Khartoum acceptait l’indemnisation des familles des victimes de l’attentat contre le navrire USS Cole dans le port d’Aden au Yémen en 2000.  La reconnaissance de l’État d’Israël en octobre dernier est un pas supplémentaire dans ce rapprochement.

Une économie à l’arrêt

Avec cette nouvelle étape, c’est une véritable bulle d’oxygène qui s’ouvre pour le Soudan, à commencer par la possibilité pour les entreprises américaines d’investir dans l’économie du pays. Le Soudan en a grandement besoin avec une inflation qui dépasse les 200 % du PIB et l’effondrement de sa monnaie. Le Soudan où par ailleurs 65% des 42 millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

Ces prochains mois, à la lumière des récents bouleversements pourraient être décisifs pour Khartoum. Entre crise économique et rapports de forces politiques internes, retour sur un pays qui est à la croisée des chemins avec Raphaëlle Chevrillon-Guibert, politologue à l’Institut de Recherche et de Développement (IRD), spécialiste du Soudan.

Entretien avec Raphaëlle Chevrillon-Guibert, politologue à l'IRD
28 décembre 2020, 12:27