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Le président camerounais Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. Le président camerounais Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. 

Au Cameroun, des élections régionales sous tension

Le 6 décembre auront lieu les premières élections régionales dans l'histoire du pays. Un scrutin qui se prépare dans un contexte délicat, entre séparatisme violent des provinces anglophones et musèlement de l'opposition par le parti au pouvoir.

Entretien réalisé par Olivier Bonnel- Cité du Vatican

C'est une première au Cameroun: le 6 décembre prochain, les premières élections régionales se tiendront dans le pays. Pour la première fois, 90 conseillers régionaux, parmi lesquels 20 issus de chefferies traditionnelles seront élus dans les dix régions que compte le pays. Ce scrutin, prévu par la constitution de 1996 n'avait jusqu'ici jamais été organisé. Ces élections ne portent néanmoins aucun suspens puisque le parti du président Paul Biya, le RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) devrait être plébiscité, étant d'ailleurs seul en lice dans certaines circonscriptions.

L'un des enjeux de ce scrutin est avant tout sécuritaire dans un pays miné par la violence et le séparatisme des deux régions anglophones. Ces dernières semaines en effet, les rebelles anglophones ont passé un pallier dans la violence, n'hésitant pas à viser des écoles, comme à Kumba le 24 octobre dernier où 7 élèves ont été tués. Ces actes de terrorisme ont choqué la communauté internationale; le Pape François a appelé à la paix dans le pays. 

Une décentralisation en trompe l'œil

Ce scrutin marque néanmoins un progrès dans la vie politique camerounaise, cadenassée depuis de longues années par le RDPC du président Biya. Il doit permettre la mise en place de conseils régionaux afin d'amorcer une décentralisation dans le pays. Les observateurs sur le terrain relèvent cependant que le scrutin aura peu de valeur dans la mesure où une partie de l'opposition en a annoncé le boycott.

Ces élections se déroulent par ailleurs dans un climat d'intimidation d'une partie de l'opposition et des membres de la société civile. La semaine passée, deux avocats membres du MRC, le parti de l'opposant Maurice Kamto ont été écroués à Douala, l'un étant connu pour son engagement en faveur des droits humains, notamment dans la crise anglophone. Le 23 novembre, c'est la cheffe de la section des femmes du MRC qui a été jetée en prison pour six mois, inculpée de "complicité de révolution" après une marche réclamant la libération de Kamto, retenu à domicile depuis deux mois.

Dans un pays où l'opposition est régulièrement muselée et où la menace de nouvelles violences est quotidienne, quel est donc l'état d'esprit des Camerounais à l'approche de ces élections? Nous avons posé la question à Ilaria Allegrozi, chercheuse senior pour l'Afrique centrale à l'ONG Human Rights Watch.

Entretien avec Ilaria Allegrozzi

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24 novembre 2020, 10:07