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Des travailleurs réparent les vitres de l'hôpital Saint George qui ont volé en éclat le 4 août dernier. Des travailleurs réparent les vitres de l'hôpital Saint George qui ont volé en éclat le 4 août dernier.  (AFP or licensors)

Le Liban se déconfine partiellement, malgré des hôpitaux débordés

Les restaurants, les bars et administrations publiques rouvrent ce vendredi 28 août, une semaine avant la fin du confinement. Une décision prise par les autorités sous pression du secteur privé. Pourtant, les cas de contamination au Covid-19 sont en hausse, sans oublier qu’«avant la dernière tragédie, les hôpitaux agonisaient déjà», avance Sabine Karam médecin à l’hôpital Saint George, une structure très endommagée par l’explosion du 4 août à Beyrouth.

Entretien réalisé par Marie Duhamel – Cité du Vatican

Les Libanais sont appelés à respecter la distanciation sociale et à porter systématiquement leurs masques pendant les trois semaines à venir. Le reconfinement de la population annoncé le 21 août dernier n’aura duré qu’une semaine. Il devait durer jusqu’au 7 septembre prochain, mais sera finalement levé ce vendredi. Le couvre-feu a également été réduit de 22 heures à 6 heures du matin, informe l'Orient-le-Jour

Les administrations publiques, restaurants, centres commerciaux pourront fonctionner à 50% de leur capacité, tandis que les boites de nuit, piscines, terrains de sport, salles de jeux, de spectacles ou de cinéma restent fermés et les rassemblements interdits.

Les autorités ont pris cette décision hier, sous pression du secteur privé, notamment du tourisme et de la restauration.

Pourtant les contaminations au Covid-19 sont reparties en flèche après l'explosion au port de Beyrouth, quand des centaines de blessés se sont précipités dans des hôpitaux déjà bondés. Le soir du 4 août, les mesures de prévention habituelles n’ont pu être respectées dans le chaos qui s’est emparé des structures de santé de la capitale libanaise.

Trois semaines après les déflagrations, les craintes d’un regain de cas positifs de Covid se sont avérées. Ces dernières 24 heures, le Liban a enregistré 7 décès et 689 malades supplémentaires, soit quasi 15 000 personnes infectées dans le pays. Mardi soir, le ministère de la santé annonçait déjà la mort de 12 personnes en une journée, un record depuis l'apparition de la pandémie dans le pays fin février.

Les responsables sanitaires et notamment ceux de l’hôpital universitaire Rafic Hariri mettent en garde contre une possible perte de contrôle face à la pandémie, rapporte libananews.com

D’ailleurs, prévoyant ce scénario, le ministre démissionnaire de la Santé Hamad Hassan avait averti le 17 août dernier que les hôpitaux de Beyrouth, publics ou privés, étaient déjà débordés. Les unités en soins intensifs étaient pleines, a fortiori parce que plusieurs structures prenant en charge des malades de Covid-19 ont été endommagées par l’explosion.

L’hôpital privé Saint Georges à Achrafieh a été en partie détruit, des malades ont dû être évacués. Sabine Karam y est néphrologue. Elle revient sur les conditions dans lesquelles se trouvaient le système hospitalier libanais, avant même la pandémie et la catastrophe.

Entretien avec la néphrologue Sabine Karam de l'hôpital Saint Georges

On a un grave problème au niveau de la structure du système de santé au Liban. 85% des hôpitaux sont privés, 15% sont publics. La plupart des hôpitaux publics ne sont pas équipés pour prendre en charge des malades délicats, ils n’ont pas l’expertise adéquate. Aujourd’hui, les hôpitaux privés prennent en charge bien plus de 80% des cas délicats.

Or ces hôpitaux privés ont dû faire face depuis des années, et surtout depuis des mois en raison de la dégradation de livre libanaise, à un manque de moyens parce qu’ils importent leurs équipements de l’étranger qu’ils doivent payer en devise étrangère, tout en étant payés en livre libanaise par les tiers-payants. Donc ces hôpitaux agonisaient déjà avant la dernière tragédie.

Quel impact a eu la crise sanitaire sur les structure hospitalières ?

Les trois ou quatre premiers mois, le Liban a pu contenir le nombre de cas de manière remarquable, en instaurant un confinement très précoce après juste quelques cas. Mais, crise économique oblige, ils ont dû petit à petit lever ces mesures. Du coup, on a depuis début de juillet une hausse exponentielle du nombre de cas et de décès. À titres d’exemple, jusqu’en juillet, il n’y avait que trente décès et de juillet à aujourd’hui, on a dépassé les 100 décès.

Il y a beaucoup d’hôpitaux privés qui ont décidé de ne pas prendre de cas de Covid-19. Ces cas ont été référés à quelques hôpitaux privés et principalement à l’hôpital gouvernemental de Beyrouth et jusqu’à maintenant, ça a marché. Mais les quelques hôpitaux qui accueillaient les malades de Covid-19 ont commencé à être saturés. Pourquoi ? Parce que le nombre de malades a augmenté et à cause des blessés de la dernière catastrophe.

Plus de 6500 personnes ont été blessées, notamment dans des établissements qui accueillaient des malades…

Malheureusement, deux des hôpitaux privés qui accueillaient les malades du Covid, des centres très réputés dans la lutte contre le virus grâce à la présence de deux spécialistes des maladies infectieuses, ont été gravement touchés et endommagés. Leurs unités Covid ont été rendus inutilisables. Il y a également quatre hôpitaux qui ont été endommagés au point que Beyrouth a perdu 700 lits d’hospitalisation. Donc voilà où nous en sommes. La situation actuelle est la suivante : on a moins d’hôpitaux, moins de matériel, moins d’argent et plus de malades, entre blessés et la Covid. C’est vraiment un tragédie qui se profile à l’horizon.

Le Liban a été reconfiné le 21 août. Est-ce que c’est ce genre de mesure qui permettrait aux hôpitaux saturés de pouvoir respirer ?

Les structures hospitalières auraient besoin de plus qu’un confinement pour être soulagés parce que qui arrive c’est qu’il y a plus de malades, mais ces malades n’ont pas les moyens de se faire soigner.

Beaucoup d’hôpitaux ont commencé à limiter le nombre de leurs acceptations de malades du tiers-payant qui dépendent du ministère de la Santé ou de la sécurité sociale parce que ces deux instances de paiement n’ont pas payé leur dû aux hôpitaux privés depuis des années. Donc pour assurer leur survie, ces deux hôpitaux ont commencé à limiter leur nombre de malades.

Donc une réforme du système de santé est nécessaire ?

Il faudrait une réforme du système de santé, oui.

 

Pour apporter un soutien financier à l’’hôpital Saint Georges d’Achrafieh qui a été très endommagé lors de l’explosion du 4 aout dernier, vous pouvez cliquer ici.

28 août 2020, 12:24