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Le 8 juillet 2019, Kyriakos Mitsotakis, tout juste nommé Premier ministre, accompagné de son épouse Mareva, se rend au Palais présidentiel d'Athènes. Le 8 juillet 2019, Kyriakos Mitsotakis, tout juste nommé Premier ministre, accompagné de son épouse Mareva, se rend au Palais présidentiel d'Athènes.   (AFP or licensors)

Grèce: la ligne dure de Kyriakos Mitsotakis

Il y a un an, Kyriakos Mitsotakis, chef de la Nouvelle Démocratie, principal parti de droite de Grèce, devenait Premier ministre après sa victoire aux législatives. Le pays opérait un changement radical de politique, après la mandature d’Alexis Tsipras, leader de la gauche radicale. Douze mois plus tard, et une crise sanitaire aux conséquences sans égales, le chef du gouvernement grec poursuit-il sur la ligne tracée au début de son mandat? Analyse.

Entretien réalisé par Xavier Sartre – Cité du Vatican

Après plusieurs semaines de confinement et la fermeture des frontières, les premiers touristes sont revenus en Grèce. Une bouffée d’oxygène pour le pays au début de la saison estivale. Une nécessité pour l’économie convalescente après plusieurs années de rigueur budgétaire et une crise de la dette publique qui a failli pousser Athènes hors de la zone euro, au début des années 2010. Pour le gouvernement de droite de Kyriakos Mitsotakis, c’est le signal de la reprise et de la poursuite des réformes entreprises depuis un an, depuis le 8 juillet 2019, date à laquelle le chef de la Nouvelle Démocratie a pris les rênes du pouvoir.

Dossier prioritaire : la reprise économique pour éviter le spectre d’une nouvelle crise de la dette. «Kyriakos Mitsotakis avait de bonnes intentions dès le début» reconnait Filippa Chatzistavrou, chercheuse à l’université d’Athènes mais plusieurs décisions prises depuis un an «ne vont pas dans le sens des promesses préélectorales». Certes, il y a eu la pandémie de covid-19 qui a rebattu les cartes comme partout mais l’orientation est clairement libérale. Certains projets passent cependant mal et rencontrent «beaucoup de résistance», comme la privatisation de l’eau qui ne «devrait pas avoir lieu», selon la chercheuse. La route prise par le gouvernement mènerait ainsi vers «un affairiste qui peut poser problème» en matière sociale ou de protection de l’environnement, estime Filippa Chatzistavrou.

Sévérité contre les réfugiés

Un autre point fort du programme gouvernemental, c’est la sécurité. On constate «une multiplication des forces de police dans les villes» explique l’universitaire. À cela s’ajoute un projet de loi controversé sur le droit de réunion et de manifester qui créé la polémique dans le pays. La question migratoire et la crise des réfugiés n’a pas été oubliée. L’idée de départ était de créer «des camps fermés» et d’expulser les personnes déboutées de leur demande d’asile. Mais les mesures prises vont à l’encontre de la législation internationale en la matière, affirme Filippa Chatzistavrou. «On a eu des expulsions de réfugiés qui ont obtenu le droit d’asile».

Problème récurrent de la Grèce, la corruption et le népotisme. «On avait cru au début de la crise en 2010 que le pays allait faire des réformes de ce point de vue-là. Malheureusement le népotisme familial, les réseaux d’influence où les pouvoirs économique, politique et médiatique s’entremêlent, sont toujours là et se sont même renforcés» affirme la chercheuse. «La sphère publique des médias est en grande partie plutôt contrôlée ce qui fait qu’il était très difficile d’avoir des informations qui ne soient pas biaisées sur ce qu’il se passe», précise-t-elle.

Le jugement de Filippa Chatzistavrou est ainsi très sévère : «il y a un renforcement d’une forme d’autoritarisme dans le pays ; on passe à une phase de démocratie dure ou de libéralisme autoritaire. Des efforts sont entrepris pour restreindre la compétition des idées». À cela s’ajoutent, selon elle, une absence de lutte contre la corruption et contre le déclassement des «perdants de la libéralisation économique»

Entretien avec Filippa Chatzistavrou
07 juillet 2020, 10:26