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Un supermarché à Tokyo au Japon, image d'illustration. Un supermarché à Tokyo au Japon, image d'illustration.  

La crise économique sera-t-elle inflationniste ?

Commerces fermés, usines et transport au ralenti, places boursières qui s’affolent… La crise sanitaire du coronavirus et le confinement pour lutter contre la propagation de la maladie ont frappé l’économie mondiale en plein cœur. Une crise qui pourrait entraîner de l’inflation, selon l’économiste Jean-Marc Siroën. Analyse.

Entretien réalisé par Marine Henriot - Cité du Vatican

Alors que certains pays font place au «déconfinement», les moyens de production ont été fortement touchés et de nombreuses usines et industries tournent toujours au ralenti. Les chaînes d’approvisionnement sont freinées, l’investissement et la consommation en chute, dans un climat d’incertitude générale. Le Fonds monétaire international (FMI) anticipe pour cette année une récession «au moins aussi grave» que celle de 2008, «si ce n’est pire». 

Les prévisions de l’Organisation international du travail (OIT) sont tout aussi inquiétantes : lors de la crise de 2008, 22 millions de personnes s’étaient retrouvées au chômage, un chiffre qui pourrait aujourd’hui s’élever entre 5,3 millions selon les prévisions les plus optimistes de l’OIT, et près de 25 millions selon les plus pessimistes. 

Une crise, et des incertitudes 

La crise économique que promet la pandémie ressemblera-t-elle aux crises économiques des dernières décennies ? Pour Jean-Marc Siroën, professeur émérite à l’université Paris Dauphine de Paris, la réponse est non, car il s'agit d'une crise différente. «Au départ ce n’est pas une crise économique classique, explique-t-il, mais une crise tombée du ciel, le virus n’est pas économique». Une crise particulière car elle atteint d’abord l’offre avant d’atteindre la demande : du fait du confinement, les moyens de production ont été ralentis, «un à moment ou à un autre, les stocks vont s’épuiser et l’offre ne va pas redémarrer tout de suite», explique l’économiste.

Si dans un premier temps, certains prix sont «cassés» pour inciter à la demande, l’inflation pourrait venir dans un second temps. Le confinement a forcé l’épargne, les ménages ont accumulé tandis «que la chute du pouvoir d’achat est compensée par les aides du gouvernement», une situation pouvant présager une demande supérieure à l’offre. 

L’imprévisibilité du comportement des consommateurs agrandit les incertitudes liées à cette crise. Côté logistique, l’épargne de chaque consommateur peut-être libérée immédiatement, mais reste une barrière psychologique, explique Jean-Marc Siroën, à savoir quand les consommateurs vont-ils vouloir reprendre leurs achats de manière classique. Le plus tôt possible, à l’arrivée d’un vaccin ou lorsque cette crise sera terminée ?

Entretien avec l'économiste Jean-Marc Siroën
21 mai 2020, 12:46