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À La Paz, des Boliviens fêtent le départ d'Evo Morales, le 10 novembre 2019 À La Paz, des Boliviens fêtent le départ d'Evo Morales, le 10 novembre 2019  (ANSA)

Evo Morales, le président bolivien, a démissionné

Un nouveau cap a été franchi dans la crise en Bolivie : le président Evo Morales a annoncé sa démission dimanche 11 novembre, lors d’une brève allocution télévisée. Une annonce qui a suscité la liesse mais aussi de la violence dans plusieurs villes du pays.

Adélaïde Patrignani (avec AFP) – Cité du Vatican

Le leader indigène au pouvoir depuis 2006 a donc cédé, après trois semaines de manifestations contre sa réélection, survenue le 20 octobre dernier, et qui aurait dû le maintenir au pouvoir jusqu’en 2025. Cette vague de contestation a fait trois morts et 383 blessés, d’après un dernier bilan.

Dimanche matin, Evo Morales avait pourtant annoncé un nouveau scrutin pour tenter de «pacifier» le pays. Mais cette option, qu’il avait jusqu’à présent écartée, n’a pas suffi à rétablir le calme. Elle a même accéléré le départ du président, provoquant d’abord une vague de démissions au sein du gouvernement: vice-président, ministres, députés, présidents du Sénat et du Parlement, jusqu’à provoquer une vacance du pouvoir. Puis l’armée et la police ont porté le coup fatal dans l’après-midi, appelant Evo Morales à démissionner «pour le bien de la Bolivie», d’après les mots du commandant en chef de l’armée, le général Williams Kaliman.

Joie et chaos

La démission du président socialiste a provoqué des scènes de liesse dans les villes du pays. Des milliers d’habitants ont déferlé dans les rues pour célébrer le départ tant attendu. Le principal dirigeant de l’opposition, Luis Fernando Camacho, a même affirmé: «Nous avons donné une leçon au monde, demain la Bolivie sera un nouveau pays».

Mais dans la nuit de dimanche à lundi, il y a eu aussi beaucoup de violences, notamment à La Paz, la capitale, et à El Alto: des maisons de personnalités et des autobus ont été incendiées, des manifestants cagoulés armés de dynamite sont entrés dans l’ambassade du Venezuela, des pillages ont été rapportés par les médias locaux. Au milieu de la nuit, des patrouilles de l'armée ont commencé à parcourir les rues de ces deux villes. En revanche, les policiers, dont de nombreuses unités s'étaient mutinées ces derniers jours contre le président, n'effectuaient pas de patrouilles, sans que leur absence actuelle ne soit expliquée par leur commandement.

Réaction des pays de la région

S’il est lâchée par une grande partie de son pays, Evo Morales peut en revanche encore compter sur le soutien des pays voisins. Le Venezuela et Cuba, fidèles alliés de la Bolivie, se sont exprimés en ce sens. Le président vénézuélien Nicolas Maduro a condamné «catégoriquement» le «coup d'État» en Bolivie, tout comme le président argentin récemment élu, Alberto Fernandez. Le Mexique a quant à lui proposé l’asile à Evo Morales.

Hier soir, ce dernier a déclaré faire l’objet d’un mandat d’arrêt illégal, ce qui a été démenti par un chef de la police du pays, mais confirmé par Luis Fernando Camacho. Evo Morales avait annoncé sa démission depuis son fief politique, la localité de Chimoré dans la région de Cochabamba, dans le centre de la Bolivie. Mais dans la soirée, on ignorait où il se trouvait précisément. Aujourd’hui, c’est donc bien la confusion qui règne dans le pays andin.

11 novembre 2019, 09:58