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Une femme catholique philippine pendant une messe à Pasay city, au Sud de Manille, le Mercredi des Cendres, 6 mars 2019. Une femme catholique philippine pendant une messe à Pasay city, au Sud de Manille, le Mercredi des Cendres, 6 mars 2019.   (ANSA)

Philippines: des chrétiens accusés de soutien aux rebelles communistes

Des chrétiens de différentes Églises présentes sur l’archipel philippin sont arrêtés en étant accusés à tort d’être membres ou soutiens de «groupes communistes ou de terroristes armés». Une pratique déjà répandue sous le président Duterte, et qui inquiète fortement les Églises locales.

Vatican News (avec Fides)

Aux Philippines, en particulier dans le centre et le sud de l’archipel, étiqueter une personne comme "communiste" ou "partisan de groupes communistes ou de terroristes armés" est une pratique qui affecte aussi les prêtres, les religieux, les missionnaires et les coopérateurs laïcs. Ces derniers jours, rapporte l’agence Fides, la police de la province de Sultan Kudarat (sur l'île de Mindanao) a ainsi arrêté, en l’accusant de financement du terrorisme, une employée d'une organisation affiliée aux Missionnaires ruraux des Philippines. Les Missionnaires ruraux des Philippines (RMP) sont une organisation catholique nationale, intercongrégationnelle et interdiocésaine, composée de religieux et de religieuses, de prêtres et de laïcs, qui vivent aux côtés des paysans, des agriculteurs, des pêcheurs et des populations indigènes. Créée en 1969, elle est partenaire de l'Association des Supérieurs Religieux Majeurs des Philippines, et dénonce cette pratique du "red tagging" («étiquetage rouge»).

Une pratique qui affecte les chrétiens

Depuis août 2022, le Département de la Justice philippin a inculpé 16 personnes liées aux RMP, dont cinq religieuses, pour financement présumé du terrorisme, sur la base d'accusations de transfert de fonds à la Nouvelle Armée du Peuple, un groupe armé d'inspiration communiste en conflit avec l'État. En novembre 2022, un prêtre de l'Église unie du Christ aux Philippines et son épouse ont été accusés de soutien au terrorisme, ainsi que 71 autres personnes, dont des syndicalistes et des coopérateurs, qui nient toutes ces accusations.

Comme l'indique le Conseil national des Églises des Philippines (NCCP), les «étiquettes rouges» sont apposées indépendamment des croyances ou des affiliations politiques et constituent «une incitation à la répression et à la persécution à l'encontre de ceux qui critiquent le gouvernement». Des organisations de la société civile, des missionnaires et des membres du personnel ecclésiastique ont ainsi été menacés et arrêtés, accusés de «couvrir des groupes terroristes communistes locaux». Des lois telles que la loi antiterroriste de 2020 et la loi sur la prévention et la suppression du financement du terrorisme de 2012 aggravent la menace d’"étiquetage rouge".

Plusieurs communautés chrétiennes, telles que l'Église catholique, l'Église unie du Christ aux Philippines, l'Iglesia Filipina Independiente et l'Église méthodiste unie aux Philippines ont été visées par de telles accusations. Les avoirs des Missionnaires ruraux des Philippines et de l'Église unie du Christ dans le sud et le centre des Philippines ont également été gelés en vertu de la loi sur la prévention du financement du terrorisme.


Appel lancé au gouvernement philippin

Ce système d'"étiquetage rouge" a déjà été utilisé sous le gouvernement de l'ancien président philippin Rodrigo Duterte, dans le cadre d'une campagne militarisée de contre-insurrection. Il se poursuit sous l'administration de l'actuel président philippin Ferdinand Marcos Jr. Il en résulte une intensification de la militarisation dans les zones rurales et des contraintes croissantes pour les citoyens, note le Conseil national des Églises des Philippines.

«Ceux qui défendent la terre, souvent propriété ancestrale des peuples indigènes, contre le développement de mines et de barrages, sont confrontés à l'armée philippine, qui utilise son pouvoir pour protéger les intérêts des sociétés multinationales, explique le NCCP. Les agriculteurs, qui cherchent des moyens de subsistance justes, décents et durables pour leurs familles et leurs communautés, sont souvent emprisonnés ou tués, tandis que les avocats qui tentent de les représenter sont agressés ou arrêtés», dénonce-t-il.

Le NCCP a fait part de ces préoccupations lors de la réunion du comité central du Conseil œcuménique des Églises (CEC) qui s'est tenue à Genève ces derniers jours. Le CEC a lui aussi condamné les graves violations des droits de l'homme commises aux Philippines, et appelé le gouvernement philippin à prendre des mesures pour mettre fin à ces violations.

Le Conseil national des Églises des Philippines, qui travaille avec et pour les pauvres, a invité le gouvernement et les groupes communistes à reprendre les négociations de paix et à s'attaquer aux causes profondes du conflit armé. L'organisme œcuménique a également encouragé les communautés chrétiennes, toutes confessions confondues, à prier pour ceux qui luttent et souffrent pour défendre la dignité de chaque personne, souvent au nom de l’Évangile.


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03 juillet 2023, 14:25