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Pièce de théâtre jouée par des enfants sans statut légal, au centre Notre-Dame, à Jérusalem, le 22 août 2022 (Cécile Leca, lpj.org). Pièce de théâtre jouée par des enfants sans statut légal, au centre Notre-Dame, à Jérusalem, le 22 août 2022 (Cécile Leca, lpj.org). 

En Israël, le vicariat Saint-Jacques alerte sur la précarité des enfants sans statut légal

Un groupe d'enfants sans statut légal a interprété, le lundi 22 août, une pièce de théâtre biblique à destination du grand public. Organisé par le vicariat pour les catholiques de langue hébraïque en Israël, l'événement veut mettre en lumière la dure réalité de ces jeunes israéliens. Non reconnus par la loi, ils risquent à tout moment d’être arrêtés et déportés en dehors du pays.

Eran Melamed, Claire Riobé – Jérusalem et Cité du Vatican 

Plusieurs dizaines de personnes sont réunies dans la salle de théâtre du Centre Notre-Dame, à Jérusalem. Au programme de la soirée, une pièce sur la vie de Ruth, interprétée par et dédiée aux enfants israéliens dont le statut légal est incertain dans le pays. L’événement, qui a bénéficié ces trois dernières années du soutien du programme européen Erasmus+, a été organisé à trois dates différentes au cours de l'été. Il a déjà réuni de nombreux curieux de toutes les couches de la société israélienne, de différentes religions et confessions, venus soutenir une cause invisibilisée.

1600 enfants sans statut légal

La pièce est introduite par le père Piotr Zelazko, vicaire patriarcal du vicariat Saint-Jacques pour les catholiques de langue hébraïque en Israël (qui fait partie du patriarcat latin de Jérusalem). Il raconte qu'en 2022, pas moins de 1600 enfants israéliens nés en Israël, qui ont vécu toute leur vie dans le pays et fréquenté ses établissements scolaires, dont la première langue est l'hébreu, n'ont aucun statut légal. Leur seul «péché»: celui d'être nés de travailleurs migrants et de demandeurs d'asile. 

Les travailleurs étrangers sont arrivés dans le pays à partir des années 1990, pour combler un déficit de main-d’œuvre dans le bâtiment, le secteur agricole ou encore l’aide à domicile des personnes âgées ou handicapées. Si une travailleuse tombe enceinte, elle peut rester en Israël jusqu’à la naissance de l’enfant, mais doit ensuite partir avec lui ou bien de l’envoyer dans son pays d’origine, afin de renouveler son propre visa israélien. Souvent, ces femmes restent illégalement en Israël avec leur(s) enfant(s), où ils grandissent sans aucun statut légal. 

Si ces enfants sont protégés par la loi au cours de l'année scolaire, ils risquent cependant d’être arrêtés et déportés en cette période de vacances d’été, vers des pays qu'ils ne connaissent pas et dont ils ne parlent pas la langue. Les autorités israéliennes ont commencé à procéder aux expulsions d’enfants dès 2003. Le père Piotr Zelazko ajoute: «Au nom du Vicariat de Saint-Jacques, je promets de faire tout ce que je peux pour donner à ces enfants une vie "normale", "régulière". Une vie sans peur qui leur permette de rêver à un avenir comme n'importe quel autre enfant en Israël et en Europe».


«Si vous étiez à ma place...»

Le père laisse la place à deux jeunes acteurs, qui montent sur scène et expriment leurs histoires à l'aide de lettres qu'ils ont écrites. «Je suis israélien en tout. Je célèbre les fêtes avec mes amis. Je mange de la nourriture israélienne. Je joue aux mêmes jeux que les Israéliens... », exprime l'un. Un autre poursuit : «Seulement si vous étiez à ma place, vous sauriez ce que cela fait vraiment de vivre presque toujours dans la peur qu'ils vous attrapent...». Le reste de la pièce relate la vie de Ruth, femme du royaume de Moab (actuelle Jordanie) et veuve d'un Israélien, qui a dû quitter sa ville pour arriver en étrangère à Bethléem.

Construire des ponts

Ce projet théatral a été financé par le programme européen Erasmus +. Lancé en 2019 et poursuivi en 2021, il visait à construire des ponts entre les jeunes catholiques hébréophones et européens, en favorisant la rencontre d'enfants originaires de quatre pays: les Pays-Bas, l’Autriche, Israël et l’Allemagne. Selon le père Zelazko, il était clair dès le début que l’histoire de Ruth – une étrangère qui s'est assimilée à la société israélite - serait le cœur de la pièce sur laquelle les enfants allaient travail. Selon Monika Faes, l'une des responsables du projet, «il s'agissait clairement d'un programme de construction de ponts» entre jeunes aux parcours et aux histoires de vie si différents. Une «merveilleuse occasion de partager la vie et la foi commune», ajoute-t-elle.

Ce que confirme Katrin Tal, coordinatrice des programmes pour la jeunesse au vicariat de Saint-Jacques: «La pièce de théâtre a été un instrument permettant d'établir un lien avec le public. Pour leur raconter l'histoire d'enfants qui, contrairement à d'autres qui attendent les vacances d'été, en ont peur. La peur d'être déportés. La période du Covid a été difficile car tout le monde a dû rester à la maison. Pour nos jeunes, c'est la réalité encore aujourd'hui.» Elle conclut: «Nous espérons d'autres coopérations et nous travaillons dur pour trouver des moyens de donner à ces enfants un avenir "normal" d'éducation supérieure et de travail"».


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23 août 2022, 09:24