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Un barrage dressé par les manifestants à Le Gosier, en dehors de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, le 23 novembre 2021. (Christophe Archambault/AFP) Un barrage dressé par les manifestants à Le Gosier, en dehors de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, le 23 novembre 2021. (Christophe Archambault/AFP)  (AFP or licensors)

En Guadeloupe, l'inquiétude du Secours Catholique face aux émeutes

Le mouvement de contestation lié à l'obligation vaccinale des soignants, qui a débuté mi-novembre en Guadeloupe, a dégénéré en quelques jours en une crise sociale d’une profondeur insoupçonnée. Marcette Louis-Joseph, déléguée régionale du Secours Catholique en Guadeloupe et Martinique, dresse un état des lieux de la situation.

Claire Riobé – Cité du Vatican

«Je ne dirais pas que nous avions vu venir cette situation, mais nous sentions qu’il y avait un malaise». Depuis quelques jours, les images d’émeutes, de pillages et d’incendies dans plusieurs communes de Guadeloupe ont surgi dans les médias. Secouée depuis une semaine par un mouvement de contestation lié à l'obligation vaccinale des soignants, l’île française des Antilles est le théâtre de violences qui laissent une partie de sa population désemparée.

Ainsi de Marcette Louis-Joseph, déléguée régionale du Secours Catholique en Guadeloupe et Martinique, qui s’inquiète de l’évolution des évènements pour les personnes les plus fragiles de l’île : «C’est une situation très triste de voir qu’avec le Covid, nous étions déjà très en difficulté, et nous nous retrouvons aujourd’hui face à une crise à la fois sanitaire et sociale», regrette-t-elle.

Le "ras-le-bol" de la jeunesse guadeloupéenne

En Guadeloupe, un tiers de la population vit actuellement sous le seuil de la pauvreté selon l'Insee, l’Institut national de la statistique et des études économiques. Le taux de chômage, plus haut qu’en France métropolitaine, s’élève à 19% au deuxième semestre 2021. Il était notamment en hausse en 2020 pour les catégories des moins de 25 ans et des seniors de 50 ans et plus, indique également l’Insee.

«Je pense qu’il y a un ras-le-bol, les gens ont l’impression de ne pas être pris en compte comme ils devraient l’être. Il y a beaucoup de souffrance qui ressort», considère Marcette Louis-Joseph.


Les manifestants, dont «une grande majorité de jeunes» selon la déléguée du Secours Catholique, «ont l’impression qu’on ne les entend pas, qu’on ne les écoute pas, qu’on ne les voit pas parce qu’il n’y a pas de travail et que nous avons 29% de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté.»

Les nombreux barrages qui ont été érigés ces derniers jours sur plusieurs routes de l’île par les manifestants réveleraient ainsi le mal-être d’une jeunesse guadeloupéenne «laissée pour compte». «Mais bloquer les routes, est-ce vraiment ça, la solution?», questionne Marcette Louis-Joseph. «Cela me pose question…», reconnaît-elle.

Une aide alimentaire et sociale au ralenti

Car la présence de ces barrages paralyse l’île, et empêche le Secours Catholique de visiter les personnes les plus fragilisées et isolées par la crise du Covid-19. Depuis le début des émeutes, certains Guadeloupéens se trouvent ainsi privés de l’aide alimentaire qu’ils reçoivent habituellement de l’association.

«En ce moment le Secours Catholique ne peut pas fonctionner normalement. Nous n’avons pas la possibilité de nous déplacer car il n’y a pas de transports (…). Ces personnes ne peuvent plus non plus sortir de chez elles pour créer du lien social, parler de leurs difficultés et trouver des solutions», déplore Marcette Louis-Joseph.

Selon le ministre français de l'Intérieur, Gérald Darmanin, plus de 90 interpellations et 60 gardes à vue ont eu lieu depuis le début de la crise. 250 policiers et gendarmes, dont 50 des forces spéciales du GIGN et du Raid, ont par ailleurs été envoyés en renfort durant le week-end du 19-20 novembre, tandis qu'un couvre-feu a été mis en place de 23h à 5h.

Tentant de sortir de l’impasse, le Premier ministre français, Jean Castex, a annoncé le 22 novembre au soir la création d'une instance de dialogue pour «convaincre et accompagner humainement» les professionnels concernés par l’obligation vaccinale.

23 novembre 2021, 15:40