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Le cardinal Schönborn, dans les locaux de Radio Vatican, en octobre 2019 Le cardinal Schönborn, dans les locaux de Radio Vatican, en octobre 2019 

Synode: le cardinal Schönborn invite à plus de compassion au sein de l’Église

L'archevêque de Vienne explique à Vatican News en quoi l'Église devrait être différente, comme y a invité le Pape en lançant le processus synodal. Il s’exprime également sur la demande de certains pays européens d'ériger des murs pour arrêter les migrants, estimant que cette décision n’a jamais fonctionné.

Antonella Palermo - Cité du Vatican

Le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, a participé à de nombreux Synodes. Concernant celui qui vient d’être inauguré par le Pape François, il se réjouit d’une méthode davantage favorable à l’écoute de tous les membres de l'Église.

En ouvrant le chemin synodal, le Pape François, citant le Père Yves Congar, a dit qu'il ne fallait pas former une autre Église mais une "Église différente". En quoi, Éminence, l'Église devrait-elle être différente?

Plus d'écoute, non pas pour se taire mais pour mieux entendre ce que vit le peuple de Dieu, surtout celui qui souffre. Écouter ce que Dieu nous dit à travers la situation de tant de personnes. C’est un appel à ce qui est au cœur de l'Église: la compassion. Ici, à Rome, vous avez de beaux témoignages de cet esprit de compassion, de présence, de proximité. Je pense que c'est ce que le Pape veut dire en disant «pas une autre Église, mais une Église différente».


À quelles expériences faites-vous référence en particulier?

Par exemple, la Communauté de Sant'Egidio est un bon exemple depuis de nombreuses années, puis il y a Chiara Amirante... ce groupe autour d'elle est magnifique ! Ils sont les signes d'une Église différente, qui vit la proximité. C'est ce que nous voyons chez Jésus lorsqu'il rencontre la veuve qui a perdu son fils unique: l'Évangile dit qu’il fut saisi de compassion. Participer à la souffrance des autres est la chose humaine la plus fondamentale. Cette capacité, Jésus a voulu qu'elle soit le sceau de l'Église.

Quelle valeur ajoutée la phase de consultation du peuple de Dieu apporte-t-elle à ce Synode?

Dans tous les Synodes, il y a eu des consultations. Le Saint-Père souhaite que cette écoute s'étende au-delà de nos communautés, qui sont parfois assez fermées. Ou, disons, d'écouter ceux qui ne partagent pas notre foi mais qui vivent souvent les vertus de l'Évangile, les valeurs de l'Évangile. Beaucoup de gens se demandent: que faire de cette écoute ? Je pense que le Pape ne veut pas de programmes d'action. Nous en avons beaucoup, ils sont une bonne chose... Caritas qui opère dans le monde entier. C'est génial. Mais il y a une autre dimension qui fait la communauté, qui fait la communion, la participation, l'écoute. La communion signifie le partage: cela donne lieu à un concept de mission qui n'est pas du prosélytisme mais de l'attraction, comme l'a dit le Pape Benoît XVI. L'Église ne grandit pas par le prosélytisme mais par l'attraction. Cette attraction dont le prophète dit: «quand les païens viendront, ils diront: Dieu est parmi vous».

Pensez-vous que nous pouvons considérer ce Synode comme une occasion d'accomplir pleinement ce qui manque encore à la mise en œuvre intégrale du Concile Vatican II?

Absolument. La réception d'un concile œcuménique est toujours un long processus. Considérons le premier grand concile œcuménique de Nicée. Nous célébrerons le Jubilé en 2025: pendant trois, quatre siècles, l'Église a dû digérer, assimiler cette grande ouverture d'une fenêtre sur l'infini, sur le mystère de Dieu. Le Concile de Trente: il a fallu trois cents ans dans certains diocèses, 250 ans à Vienne pour le mettre en pratique. Et chaque grand concile est un "ouragan" de l'Esprit Saint, mais il faut du temps, et le Pape François, comme Benoît XVI et Jean-Paul II, ont toujours eu cette intuition du «peuple de Dieu». Nous sommes tous le peuple de Dieu et la présence de Dieu dans le monde. D’où pourquoi l'importance de la prière - le Pape François l'a répété au Conseil su Synode - l'écoute intérieure de ce que l'Esprit Saint nous dit.


Éminence, nous avons finalement parlé d'une Église "sans murs", pour conclure, je voudrais aborder avec vous un sujet qui concerne d'autres murs. Douze pays européens ont demandé à la présidence de l'UE de mettre en place de nouveaux instruments pour protéger leurs frontières extérieures face aux flux migratoires, notamment en finançant la construction de murs. Comment voyez-vous cette demande? Êtes-vous inquiet?

J'ai une vision de l’Histoire très réaliste: ils n'ont jamais fonctionné ! Les murs – voyez les limes de l'Empire romain, les murs d'Aurélien à Rome - n'ont pas empêché l'arrivée de ceux que l'on appelle les "barbares". Il en va de même pour la Grande Muraille de Chine. Tous ces efforts peuvent se comprendre, il y a la peur, il y a le danger, le vrai danger, oui, il ne faut pas l'oublier, mais il y a d'autres chemins. L'Europe est riche, l'Europe peut faire beaucoup plus pour aider les pays pauvres afin que les gens ne soient plus obligés de quitter leur pays. Le Pape l'a dit à plusieurs reprises... Le marché des armes européen, américain, russe et chinois produit des "fleuves" de migration. Ne soyons pas surpris qu'ils viennent si nous vendons des armes, si nous avons une politique d'exploitation des pays pauvres, si nous ne luttons pas contre la corruption dans ces pays pour aider les gens à vivre. J'étais en Syrie récemment. J'ai vu d'abord les chrétiens, j'ai entendu beaucoup de jeunes dire: "Nous voulons partir parce qu'il n'y a pas d'avenir ici". Mais pourquoi n'y a-t-il pas d'avenir? Parce que les grandes puissances ne font pas la paix. Ils ont armé les milices, ils sont là avec leurs armes, au lieu de faire la paix et de permettre aux gens de vivre et peut-être même de retourner dans leur pays. Comment pouvons-nous donc nous étonner de l'arrivée de réfugiés et quel est notre rôle dans la "production" de réfugiés?


14 octobre 2021, 15:05