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Des manifestants pro-démocratie birmans faisant le signe de ralliement e la contestation Des manifestants pro-démocratie birmans faisant le signe de ralliement e la contestation  (AFP or licensors)

Cardinal Bo: ressusciter la Birmanie du tombeau de la haine

Dans son message de Pâques, l’archevêque de Rangoun lance un vibrant appel à espérer en la résurrection de son pays, qui vit «les heures les plus tristes de son histoire». Depuis le 1er février, les manifestants pro-démocratie birmans subissent en effet une impitoyable répression qui a coûté la vie d’au moins 500 personnes et conduit à l’arrestation de 2 500 autres.

«Une nation blessée peut trouver du réconfort dans le Christ qui a souffert tout ce que nous souffrons: il a été torturé, maltraité et tué sur la Croix par des pouvoirs arrogants. Il a connu le même sentiment d'abandon par Dieu que ressentent tant de nos jeunes», écrit le cardinal Charles Maung Bo dans son message publié à quelques jours de Pâques par un journal indien en ligne.

Pour le président de la conférence épiscopale birmane, la situation présente de son pays – avec des centaines de personnes tuées, des milliers d’arrestations, la fuite de populations civiles- s’apparente à un chemin de croix. Ce sentiment est partagé par un missionnaire étranger vivant sur place, joint par téléphone: «depuis le 1er février, nous vivons un très long et très pénible Vendredi Saint. On a même l’impression d’être plutôt le Samedi Saint, où tout espoir semble avoir disparu, être perdu. Mais pourtant, le peuple birman résiste toujours, et malgré tout, espère des jours meilleurs», témoigne-t-il.

Il est peu de dire que ces jours saints de la Passion et résurrection du Christ sont vécus de manière toute particulière cette année: «pour moi, missionnaire étranger, pendant ce Triduum, c’est l’image de Marie et de saint Jean au pied de la Croix qui me parle peut-être le plus. On ne peut rien faire pratiquement, physiquement, mais peut-être que notre présence, notre prière, peut soulager le Christ en Croix et ceux qui souffrent, plus particulièrement toutes les familles qui ont perdu un fils, une fille, un père, une mère», confie ce prêtre, avant d’ajouter: «en même temps, nous vivons ce Triduum en regardant vers Pâques, en espérant que la lumière de Pâques puisse jaillir enfin, que la paix puisse enfin s’établir profondément dans ce pays, que des plaies puissent être fermées et que toute cette douleur, tout ce sang, puissent être transformés en source de vie, et que nos prières permettent à tous de reconnaître dans le Christ la victoire et l’espérance».

De son côté, le cardinal Bo invite également les fidèles à regarder vers le tombeau vide trouvé par les saintes femmes au matin de Pâques et, forts d’une invincible espérance, à croire que la Birmanie peut aussi se relever de cette épreuve. Dans cette optique, l’archevêque de Rangoun lance plusieurs appels, notamment aux militaires. D’abord celui de «ressusciter» les rêves de démocratie «enterrés dans les tombes de l’oppression», celui aussi de restaurer le gouvernement civil «enterré par le coup d’État». A cet égard, le cardinal demande que les militaires retournent dans leurs casernes et respectent le verdict des urnes. Le message poursuit en souhaitant que la haines entre les groupes ethniques et les confessions religieuses soit «enterrée une fois pour toutes» et que «du tombeau de cette haine historique» émerge «une nouvelle Birmanie faite de paix, d’inclusion et d’attention aux plus vulnérables».

Le président des évêques birmans s'est également adressé aux manifestants, et en particulier aux jeunes, en renouvelant son appel à ne pas recourir à la violence: «Utilisez des méthodes non violentes. Ne mourez pas inutilement. Si vous vivez longtemps, la démocratie se renforce, le mal s'affaiblit», écrit-il, rappelant que l'ennemi «ne connaît qu'un seul langage: la violence impitoyable». «Il veut vous entraîner sur son terrain, où il est plus fort. Ne lui donnez pas cet avantage», conclut enfin le message.

02 avril 2021, 10:59