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Le cardinal Bassetti, président de la Conférence épiscopale italienne. Le cardinal Bassetti, président de la Conférence épiscopale italienne.  (ANSA)

Les évêques italiens veulent répondre aux "fractures" provoquées par la pandémie

Le cardinal Gualtiero Bassetti, président de l’épiscopat italien, a introduit la session d'hiver du Conseil permanent, en explorant les conséquences sanitaires, sociales et éducatives de l'époque que nous vivons. Il a invité les prêtres à devenir des interprètes de la fragilité.

Antonella Palermo - Cité du Vatican

Devant les évêques membres du Conseil permanent de la Conférence épiscopale italienne, le cardinal Bassetti s’est interrogé sur les répercussions de la pandémie et les défis qu’elle pose à la société à l’Église, alors que l’Italie traverse une nouvelle période d’incertitude politique avec la démission, officialisée ce matin, du chef du gouvernement Giuseppe Conte.

Après avoir exprimé sa gratitude pour les nombreux messages reçus lorsqu’il a été lui-même affecté par le Covid-19, le président de la Conférence épiscopale a exprimé une pensée pour le cardinal Crescenzio Sepe qui n'a pu être présent en raison de son hospitalisation, et pour tous ceux qui souffrent, dans leur corps et dans leur esprit, des conséquences de la pandémie, notamment les victimes directes du virus et leurs familles, ainsi que les personnes frappées par la précarité et la marginalisation.

La tâche des pasteurs est avant tout une œuvre de réconciliation

En ce temps spécifique dans l’Histoire, la route que le Seigneur nous ouvre est celle de la réconciliation à plusieurs niveaux: entre frères, en politique, avec la science. L’archevêque de Pérouse a invoqué la collaboration et la solidarité, afin de réparer le tissu social «déchiré par la fatigue économique et sociale».

La paternité de saint Joseph est l'horizon de l'Église aujourd'hui, selon le cardinal, qui a évoqué l'Année spéciale consacrée à l'Époux de Marie, ainsi que l'Année de réflexion sur Amoris Laetitia qui débutera le 19 mars. L'Église a aussi le visage d'une mère, comme le Saint-Père l'avait souligné dans son discours aux évêques à Florence il y a cinq ans, dans lequel il appelait à construire une Église «toujours plus proche des abandonnés, des oubliés, des imparfaits. Je désire une Église heureuse avec le visage d'une mère, qui comprend, accompagne, caresse», avait lancé l’évêque de Rome dans ces mots repris par le cardinal Bassetti.

La classe politique doit collaborer, au service des citoyens

«L'Église n'appartient pas à tel ou tel camp. Ce qui nous importe, c'est le bien de chaque personne et de chacun avec les autres, ce qui nous importe, c'est la vie des gens, ce que nous soutenons, c'est notre pays», a martelé le président de la CEI. Il suit donc «avec attention et préoccupation la crise politique en cours», qui s’ajoute à la crise sanitaire, économique et sociale qui désoriente de nombreux citoyens.

Il souhaite que «la classe politique collabore au service des citoyens, hommes et femmes, qui chaque jour, dans toute l'Italie, travaillent dans un silence laborieux, et qu'une solution soit trouvée qui tienne compte des nombreuses questions critiques». Il a exprimé son inquiétude pour les prochains mois qui seront cruciaux pour la reconstruction du pays. C'est un thème sur lequel la CEI entend apporter sa contribution. Le cardinal Bassetti a invité les évêques à être «les interprètes et les voix des nombreuses fragilités, afin que personne ne soit laissé seul».

La fracture sanitaire: le devoir de protéger les autres

Le cardinal Bassetti est aussi revenu sur la question des vaccins anti-Covid et le «risque de perdre nos repères» face aux nombreuses voix, souvent contradictoires, qui s'élèvent sur cette question, de toutes parts. Il invite les croyants à faire preuve de discernement dans le devoir d'information, en faisant la différence «entre une recherche scientifique fondée et une opinion qui est le résultat d'un partage sur les réseaux sociaux», et dans le devoir de protection, non seulement pour eux-mêmes mais aussi pour les autres.

«Tout est lié», souligne-t-il, «et le comportement de l'individu affecte le bien de la communauté». Exprimant sa confiance dans l'efficacité du vaccin anti-Covid-19, le cardinal a souligné que «grâce à la vaccination, il existe les conditions préalables pour qu'un acte de protection individuelle puisse devenir un instrument de protection collective».

La fracture sociale: la nécessité d'un «vaccin du cœur»

Le cardinal Bassetti s'est ensuite adressé ensuite à toutes les institutions et agences éducatives, dans l'espoir qu'elles prennent sérieusement en considération les phénomènes alarmants de la solitude, de l'isolement social, de l'augmentation des maladies liées à la détresse mentale, et la hausse des suicides.

«Les jeunes, les personnes âgées, les personnes handicapées, les personnes vulnérables sont les premières victimes de ces infirmités de l'âme», a-t-il dénoncé en indiquant la nécessité de «développer un vaccin pour la santé de l'esprit ou, comme l'a appelé le Saint-Père, un vaccin pour le cœur, dont les éléments constitutifs sont de véritables principes actifs et vitaux, tels que le respect, la gratitude, l'altruisme, l'empathie, la connaissance, le savoir... Leurs effets, une fois qu'ils entrent dans notre âme, augmentent la capacité relationnelle de prendre soin de nous-mêmes et des autres».

La fracture de la nouvelle pauvreté: plus de sept millions de personnes endettées

Il a défini comme «explosives» les données sur la situation sociale et économique dans laquelle se trouve l'Italie, en regrettant qu'une série de problèmes de nature structurelle, connus depuis un certain temps, aient été longtemps sous-estimés. Maintenant, «il faut s'y attaquer de toute urgence. Si l'on n'agit pas efficacement sur le surendettement des familles et des entreprises devenues insolvables, les conditions déjà dramatiques du recours à l'usure et de l'accès du crime organisé au tissu économique et social seront amplifiées».

À ce jour, 7,5 millions de personnes sont endettées au point d'être insolvables, et 6,5 millions de personnes sont en état de cessation de paiement. Le cardinal Bassetti a souligné le travail de Caritas Italia et des agences diocésaines de Caritas, qui ont fait facre ces derniers mois à une forte augmentation du nombre de personnes en demande d'assistance. Entre mai et septembre 2020, les "nouveaux pauvres" ont augmenté de 14 % par rapport à l'année précédente et près d'une personne sur deux qui s'adresse à Caritas le fait pour la première fois. En particulier, le poids des familles avec mineurs, des femmes, des jeunes, des familles italiennes (52 % contre 47,9 % l'année dernière) et des personnes en âge de travailler a augmenté.

La politique doit aller au-delà de la logique des mesures d'urgence

Le «soulagement temporaire» ne peut pas suffire ; il est nécessaire que la politique développe «une stratégie qui soit vraiment systémique, également afin d'utiliser au mieux les ressources qui arrivent», a affirmé le cardinal Bassetti. «Il est nécessaire de concevoir de nouveaux instruments et solutions durables et innovantes du point de vue social et de mettre en œuvre des actions de proximité aux situations de fragilité économico-financière, à travers lesquelles nous pouvons identifier les personnes en difficulté, les écouter et les aider à faire les bons choix aux premiers signes d'alarme sans attendre inlassablement que la situation s'aggrave», a encore souligné le président des évêques italiens.

Il souhaite que des actions soient menées sur le terrain, en impliquant les institutions, les travailleurs sociaux, les paroisses soutenues par Caritas et les fondations anti-usure, «afin que personne ne soit laissé seul face aux bouleversements psychologiques, économiques et spirituels que tout cela provoque et pour éviter que les organisations criminelles ne prennent le dessus».

La fracture éducative: une planification est nécessaire

L’archevêque de Pérouse a conclu son intervention en abordant le domaine crucial du défi éducatif, qui a été au centre des réflexions des évêques italiens au cours de la dernière décennie, et en invitant tout le monde à collaborer. «Nous avons besoin d'une vision prospective, de créativité, de planification. Ne pensons pas de manière abstraite aux enfants, aux familles, aux jeunes... Travaillons avec eux. Invitons-les à s'impliquer, pour élaborer des idées et des projets pour des écoles plus inclusives, pour des paroisses plus vivantes, pour des parcours catéchétiques renouvelés», a exhorté le cardinal italien.

«Ne nous limitons pas à souligner aux nouvelles générations les difficultés incontestables de ces temps, mais aidons-les à lire en profondeur ce qu'elles vivent. Reconnaissons leur résilience», a-t-il enfin souligné, «communiquons-leur la conviction que c'est aussi un moment précieux pour apprendre l'essentiel de la vie humaine. C'est aussi le moment de grandir, d'apprécier la vie, d'en prendre soin, de construire un avenir. Ce n'est pas un temps perdu, si c'est un temps de semailles et de construction.»

Action de grâce pour les soins spirituels assumés en période de pandémie

Dans la partie finale de son introduction, le cardinal Bassetti a tenu à remercier les curés, les religieux et religieuses, les catéchistes, les éducateurs. «Malgré les difficultés et les impasses, il n'y a jamais eu de manque de propositions liturgiques et d'éducation à la vie chrétienne», a-t-il dit, s’est-il réjoui, tout en invitant à continuer à respecter rigoureusement les protocoles de sécurité établis en accord avec les pouvoirs publics.

Dans la perspective de poursuivre dans une dynamique d'entraide, le cardinal a loué la «créativité surprenante» générée dans cette période contraignante qui a tout de même permis de bâtir «des expériences et des langues qui nous aideront sûrement», a-t-il conclu.

26 janvier 2021, 14:46