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Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France. Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France.  (AFP or licensors)

"Fratelli tutti" : la société française est-elle fraternelle ?

Au lendemain de la publication de la troisième encyclique du Pape, le Conseil permanent des évêques de France se livre à une introspection. «Notre société est-elle fraternelle ?» se demandent-ils dans une déclaration publiée ce mardi, évoquant les ambitions politiques de réviser les lois de bioéthique ou encore de combattre le séparatisme.

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Le Conseil permanent des évêques de France salue le «grand texte» offert ce dimanche par le Pape François. L’encyclique "Fratelli tutti "rappelle que la foi en Dieu «nous fait reconnaitre en tous (…) des frères et des sœurs à recevoir librement et joyeusement» ; que la fraternité «n’est pas seulement un sentiment ou un impératif moral» mais «une attitude globale qui se vit dans tous les domaines de l’existence».  Ce texte «appelle notre monde globalisé à ne pas se limiter à l’horizon des mécanismes économiques ou politiques mais à choisir la fraternité avec les pauvres comme perspective d’une politique et d’une économie qui fassent grandir l’humanité».

Les évêques assurent que les diocèses et paroisses auront à cœur de favoriser et accompagner la réception de ce texte. D’autant que cette encyclique arrive selon eux «à point nommé» en France.

Sans la fraternité, la liberté et l’égalité perdent leur sens

 Le 2 octobre dernier, depuis la mairie des Mureaux en banlieue parisienne, le président français présentait son plan de lutte contre les séparatismes, s’inquiétant de l’action de groupes qui voudraient soustraire certains quartiers aux lois de la République. Pour les membres du Conseil permanent de la CEF, «la lutte contre la violence et la surveillance des comportements sont sans doute nécessaires, mais elles resteront insuffisantes et impuissantes, si tous, nous ne travaillons pas à construire des relations de fraternité sans lesquelles la liberté et l’égalité perdent leur sens. La fraternité peut être plus forte que les menées séparatistes, si elle est vécue en vérité, sans naïveté et avec constance».

Promouvoir une culture du respect contre les actes antireligieux

Les évêques évoquent la multiplication des actes antireligieux en France qui se manifestent par des dégradations, des profanations, des agressions physiques voire des meurtres. Les membres du Conseil permanent promettent de regarder «avec attention les mesures prises par le gouvernement», mais ils estiment qu’«une culture du respect, de la connaissance mutuelle, de l’acceptation des autres, ne grandit pas par des injonctions». L’encyclique du Pape doit interpeler les chrétiens afin qu’ils trouvent «un dynamisme nouveau» qui favorise la fraternité. «L’approfondissement de la foi va de pair avec une ouverture de cœur et d’esprit plus grande» écrivent les évêques.

L’opposition de l’Église à la révision des lois de bioéthique

Enfin cette déclaration revient sur la révision des lois de bioéthiques. Le Sénat est appelé d’ici peu à reprendre l’examen du texte, qui suscite depuis des mois la vive inquiétude de l’Église.

 «Une société peut-elle être fraternelle lorsqu’elle n’a rien de mieux à proposer aux mères en détresse que l’élimination de l’enfant qu’elles portent ?» s’interrogent les évêques alors que le projet de loi veut porter les délais de recours à l’interruption volontaire de grossesse de douze à quatorze semaines de grossesse. «Sous couvert de droits des femmes et d’égalité, on réduit la filiation à un simple acte de la volonté de ceux ou de celles qui prétendent devenir parents», regrettent-ils. «Une société peut-elle être fraternelle lorsqu’elle organise la naissance d’enfants qui n’auront pas de père, tout au plus un géniteur ?» lancent-ils. Ce projet de révision prévoit l’ouverture de la Procréation Médicalement Assistée aux couples de femmes.

Parce que «notre société ne doit pas se laisser entraîner subrepticement dans une voie dangereuse pour l’avenir de l’humanité», les évêques du Conseil permanent encouragent les parlementaires «qui prennent ces sujets au sérieux» et invitent les citoyens et spécialement les catholiques, «à s’informer de ces sujets et à faire connaître leurs réticences et leur opposition aux dispositions annoncées». Le 10 octobre prochain, les opposants au texte dont la Manif pour tous, appellent à manifester.

Les évêques soulignent enfin que «l’Église catholique accueille tout être humain, quelle que soit son origine et quelles que soient ses opinions, avec respect et espérance».

 

06 octobre 2020, 20:01