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Messe en l'église Saint Jean, 23 décembre 2018 Messe en l'église Saint Jean, 23 décembre 2018  (AFP or licensors)

Six ans après la prise de Qaraqosh, l’espoir fragile des chrétiens d’Irak

Il y a 6 ans débutait un long calvaire pour les chrétiens d’Irak avec l’arrivée de l’État islamique dans la Plaine de Ninive. Aujourd’hui, les villes tombées entre ses mains sont libérées, mais l’avenir de la communauté chrétienne reste compromis. Éclairage d’Antoine Fleyfel, directeur de l’Institut Chrétiens d’Orient à Paris.

Entretien réalisé par Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

6 août 2014: une nuit tragique et sanglante, au cours de laquelle la ville de Qaraqosh est prise par l’État islamique. Puis toute la plaine de Ninive se transforme au fil des attaques en nouveau fief pour les djihadistes, jetant sur les routes de l’exil des milliers de chrétiens. Beaucoup d’entre eux trouvent refuge au Kurdistan irakien voisin, ou dans des pays occidentaux comme la France.

En octobre 2016, Qaraqosh est libérée, puis Mossoul en 2017, mais les traces des destructions sont encore bien visibles et les chrétiens se font rares. Si quelques-uns sont revenus, les effectifs de cette communauté millénaire baissent dangereusement: ils étaient 1,5 millions en Irak en 2003, et seraient moins de 120 000 aujourd’hui, selon un dernier rapport de l’AED. L’association lance d’ailleurs l’alarme: leur nombre pourrait atteindre 23 000 d’ici quatre ans. La communauté chrétienne passerait alors de la catégorie des “vulnérables” à la catégorie critique des “menacés d’extinction”.   

Un «génocide culturel et civilisationnel»

Antoine Fleyfel, est théologien et philosophe franco-libanais, directeur de l’Institut Chrétiens d’Orient à Paris. Il évoque les perspectives d’avenir pour les chrétiens irakiens: «Le danger de la disparition des chrétiens d’Irak est sérieux», estime-t-il, énumérant un faisceau d’indicateurs qui vont «contre l’avenir» de cette communauté.

Mais il y a aussi des signes d’espoir, tels que la «solidarité» d’associations, des efforts diplomatiques, la reconstruction en cours de certaines villes comme Qaraqosh, le retour des exilés.  

«Le drame se joue au niveau de la culture», déplore-t-il ensuite, rappelant que les chrétiens d’Irak sont «la plus ancienne communauté nationale chrétienne», datant de la fin du 1er siècle. «Le départ de ces chrétiens est un grand appauvrissement culturel pour l’Irak» et constitue aussi une perte sur le plan du dialogue entre les différentes confessions religieuses, car les chrétiens ont joué et jouent encore «un rôle de pont entre les sunnites et les chiites». «On peut parler d’un génocide culturel et d’un génocide civilisationnel, c’est pour cela qu’il faut absolument tenir à ce que ces gens demeurent sur place», plaide Antoine Feyfel, qui appelle à bâtir «un véritable État en Irak»

Entretien avec Antoine Fleyfel
05 août 2020, 10:10