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Le cardinal Béchara Raï, patriarche d'Antioche des maronites Le cardinal Béchara Raï, patriarche d'Antioche des maronites  (BKE-mich )

Le cardinal Béchara Raï appelle au secours la communauté internationale

Chute de la monnaie, baisse phénoménale du pouvoir d’achat, licenciements en cascade et suicides à cause de la faim: le Liban poursuit son inexorable plongée dans l’abime. Dans une prise de parole énergique et ferme, le cardinal Raï tance sans ménagement la classe politique du pays, demande au président Aoun de «briser le siège imposé à la liberté nationale» et adjure la communauté internationale de protéger l’unité du Liban.

Manuella Affejee (Avec l’Orient- Le Jour)- Cité du Vatican

Le patriarche d’Antioche des maronites hausse sensiblement le ton et c’est sans aucune fioriture qu’il a évoqué la situation actuelle de son pays, lors de son homélie dominicale prononcée à Dimane (siège estival du patriarcal).

Un pays "confisqué"

Avec une certaine véhémence, le cardinal admoneste la classe politique libanaise, pointant ceux qui ne semblent se préoccuper que de leurs «revenus, intérêts et comptes bon marché», ou de faire que «l’allégeance obtenue aille à leurs personnes», et non au pays. «Ces politiciens semblent vouloir dissimuler leur part de responsabilité dans le pillage du Trésor public et se dérober à toute réforme structurelle ou sectorielle» assène-t-il, convaincu qu’une telle attitude n’a fait que miner la confiance des communautés arabes et internationale envers le Liban, pourtant riche de potentialités.

Des décennies d’incurie ont conduit à l’explosion sociale qui fait rage depuis octobre, à l’augmentation de la pauvreté, du chômage et de la corruption. «Et ce qui est (…) regrettable, c’est que les responsables politiques, quelle que soit leur fonction, n’ont pas le courage et la liberté intérieure de se rencontrer et de chercher une issue politique à ce qui est à l’origine de nos crises (…)», déplore encore le patriarche.

«Depuis quand l’humiliation est-elle devenue le mode de vie des Libanais ? Depuis quand les voit-on réduits à mendier dans les rues, (…) et acculés au suicide en raison de la faim ?» s’interroge-t-il avec indignation, faisant allusion au suicide de trois Libanais survenus en moins 24 heures la semaine dernière. Le pays du Cèdre, érigé depuis longtemps en modèle du Moyen-Orient, n’en finit plus de subir les contrecoups de la crise: écoles et universités fermées ou sur le point de l’être, régression des hôpitaux, argent des déposants «séquestré dans les banques»… Le cardinal va plus loin : pour lui, le Liban a été «transformé en une propriété privée confisquée par une classe politique qui en dispose au détriment de l’intérêt public».

La neutralité est la force du Liban

Mais le patriarche Raï promet avec force que son peuple ne pliera pas le genou et qu’il ne se taira pas. «La révolution de notre peuple humilié mérite d’être protégée et non réprimée» ; le danger ne vient pas des jeunes, des hommes et femmes qui se battent pour leurs droits, incarnent le changement et l’avenir. C’est «hors de la révolution» qu’il faut chercher «les personnes subversives», assure-t-il sans détour.

Deux appels concluent cette adresse passionnée. D’abord au président Michel Aoun, qu’il exhorte à «œuvrer pour la levée du siège imposé à la légalité et à la libre décision nationale»; ensuite aux pays amis et à la communauté internationale, afin qu’ils «volent au secours» du Liban, qu’ils s’engagent enfin à protéger son indépendance et sa neutralité, gages, selon le cardinal, de la «force» et de l'«unité» du pays levantin.

06 juillet 2020, 11:27