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Un prêtre célèbre l'eucharistie dans une église vide de As Caldas, en Espagne, le 20 mars 2020. Un prêtre célèbre l'eucharistie dans une église vide de As Caldas, en Espagne, le 20 mars 2020.  (ANSA)

Hommage aux prêtres emportés par le coronavirus

Le Jeudi Saint est traditionnellement considéré comme une fête du sacerdoce des prêtres, leur mission centrale étant la célébration de l’eucharistie, qui commémore la dernière Cène, au centre de la liturgie de ce jour. Mais cette année, cette célébration revêt une gravité particulière en raison de la pandémie de coronavirus qui a fait des milliers de morts dans le monde, parmi lesquels de nombreux prêtres.

Cyprien Viet – Cité du Vatican

Tout comme les médecins et l’ensemble du personnel soignant envoyé au front de cette “guerre” contre le coronavirus, les prêtres, souvent qualifiés de «médecins des âmes», sont particulièrement exposés au virus. Comme tout le reste de la société, ils sont invités à la prudence et au civisme et doivent adapter les conditions d’exercice de leur ministère, mais une vocation basée sur l’imitation du Christ, qui s’est incarné dans la condition humaine jusqu’à une mort humiliante, ne peut pas faire l’impasse sur le contact humain, avec les joies et les risques que cela implique.

Même dans les pays où aucune messe publique ne peut être célébrée, de nombreux prêtres continuent à assurer le service de la communion auprès des personnes malades et des personnes âgées, maintenant la continuité d’une vocation axée sur le don de soi. Même pour ceux qui ne sont plus physiquement actifs dans l’apostolat, le grand âge ainsi que le risque de transmission du virus au sein de communautés religieuses ou de maisons de repos où les distances sont difficiles à établir, sont aussi des facteurs d’accélération de la contagion.

Le martyre des prêtres italiens

La surmortalité dans le clergé est très difficile à quantifier précisément, puisque la situation évolue d’heure en heure et que les informations, pays par pays, ne sont pas centralisées. Le pays sur lequel figure le recensement le plus précis est l’Italie, où L’Avvenire, quotidien lié à la conférence épiscopale, recensait 96 prêtres décédés à la date du 5 avril, jour du Dimanche des Rameaux.

Le seuil des 100 morts dans le clergé italien a probablement été franchi depuis cette date, et un évêque figure parmi eux, Mgr Angelo Moreshi, vicaire apostolique de Gambella en Éthiopie, décédé le 25 mars à Brescia. L’âge de ces prêtres s’échelonne de 55 à 104 ans, mais des prêtres plus jeunes ont aussi été hospitalisés, parfois dans des conditions graves, et certains se battent encore pour leur survie.

Une surmortalité constatée aussi en France

En France, pays qui a franchi récemment le seuil des 10 000 morts dans sa population générale, de nombreux décès de prêtres et de religieux ont été signalés.

Plusieurs personnalités connues sur le plan national figurent parmi les prêtres décédés, comme le père François de Gaulle, neveu du général de Gaulle, membre de la Société des Missionnaires d’Afrique. Ce “père blanc” avait 98 ans. Il fut longtemps missionnaire au Burkina Faso, et fit office d’aumônier informel de la présidence de la République française durant les mandats de son oncle, célébrant alors régulièrement la messe à l’Élysée.

12 décès parmi les jésuites de la province de France

Les jésuites sont particulièrement touchés par la pandémie de Covid-19. Le père Henri Madelin, décédé à Lille le 8 avril à l’âge de 83 ans, était une figure emblématique de la présence de la Compagnie de Jésus dans la vie intellectuelle française. Il fut notamment provincial des jésuites de France, rédacteur en chef de la revue Études, président du Centre Sèvres ou encore professeur à Sciences-Po Paris. Passionné par la construction européenne, il fut actif au sein de l’OCIPE, l’Office Catholique catholique d’information et d’initiative pour l’Europe, un organisme basé à Strasbourg. «Doté d’une grande bienveillance, homme de foi et de relations, toujours à l’écoute des évolutions de la société, Henri a mis ses qualités humaines et intellectuelles au service du Christ, de l’Église et de la société», est-il indiqué sur le site des Jésuites de France.

Les Jésuites de France ont indiqué d’autres décès dus au Covid-19, en précisant qu’un hommage leur sera rendu collectivement après la levée du confinement. Au total, pour le moment, 12 jésuites de la province de France ont été emportés par le coronavirus.

Outre donc le père Henri Madelin, les décès recensés pour le moment sont ceux des pères Michel Souchon (90 ans, qui a longtemps travaillé dans des médias comme l’ORTF, l’INA, TF1, Antenne 2 et France Télévision), Guido Reiner (94 ans), Adrien Toulorge (94 ans), René Marichal (90 ans, spécialiste reconnu de la Russie et de l’orthodoxie russe, qui fut notamment traducteur de Soljenitsyne), Xavier Nicolas (99 ans, qui a consacré l’essentiel de son ministère aux forains, aux itinérants, aux prisonniers), Gérard Pierré (96 ans, survivant de Dachau), Michel Choisy (95 ans), Christian Soudée (86 ans), Louis Hincq (97 ans), Pierre Gauffriau (85 ans) et François Poméon (87 ans).

Plusieurs décès dans les diocèses français

Concernant les diocèses et les autres communautés religieuses, il est impossible d’établir une liste précise, d’autant plus que, tout comme dans la population générale, faute de tests disponibles, certains cas suspects n’ont pas donné lieu à un dépistage et ne sont donc pas officiellement comptabilisés. De très nombreux cas d’hospitalisation et plusieurs décès ont toutefois été signalés.

Dans le département de l’Ardèche, au mois dernier, le premier décès recensé dans la population fut celui d’un prêtre de 78 ans, l’abbé Marcel Saby, du diocèse de Viviers. Le diocèse de Versailles a déploré le décès de l’abbé Marc Frasez, 74 ans, curé de la paroisse Saint-Germain de Paris à Fontenay-Le-Fleury. Toujours en région parisienne, le diocèse de Créteil a perdu un prêtre et un diacre, et vit avec une certaine anxiété et émotion les hospitalisations de son évêque, Mgr Michel Santier, et de son évêque émérite, Mgr Daniel Labille, tous deux subissant de sérieuses difficultés respiratoires.

L’abbé Roger Giraud, doyen du clergé lyonnais, est mort du coronavirus le 29 mars, à quelques jours de son 101e anniversaire. Il s’agit du prêtre le plus âgé parmi les victimes françaises du Covid-19. Le plus jeune semble être le père Tomas Kapingala, 64 ans. Ce missionnaire de Notre-Dame de La Salette, originaire d’Angola, était le curé de Magny-en-Vexin, dans le diocèse de Pontoise. Ces quelques noms mentionnés ces derniers jours sur les réseaux sociaux et dans la presse ne constituent qu'une liste très partielle et très provisoire.

Plusieurs communautés religieuses durement affectées

Malgré leur moindre contact avec la population, les communautés monastiques ne sont pas épargnées. L’abbaye bénédictine de Fleury, à Saint-Benoît-sur-Loire, a perdu son ancien père abbé de 1973 à 1991, dom Bernard Ducruet, 92 ans. Cette communauté a été mise en quarantaine par les autorités, car au moins 18 autres moines y ont été contrôlés positifs au Covid-19. Parmi les communautés religieuses les plus affectées figure aussi celle des frères capucins de Crest, dans la Drôme, qui a perdu trois de ses membres.

Concernant le reste du monde, au Liban, pays relativement épargné par la pandémie, plusieurs jésuites de l’Université St-Joseph ont été contaminés. Tragiquement, la communauté a déploré la mort du père Alex Bassili, 75 ans, alors qu’il venait d’être déclaré officiellement guéri du Covid-19. Il s’est éteint d’une crise cardiaque qui pourrait tout de même être liée à la fatigue provoquée par la maladie.

Les États-Unis, nouveau centre de l’épidémie mondiale

Le front épidémique le plus grave concerne maintenant les États-Unis, où des milliers de morts sont à craindre ces prochains jours, de l’aveu même du président Donald Trump. À New York, le premier prêtre décédé a été le père Jorge Ortiz-Garay, incardiné dans le diocèse de Brooklyn.

Les médias locaux ont donné un important écho au décès de ce prêtre âgé de seulement 49 ans, qui avait fait preuve d’un grand dynamisme dans la diffusion des messes sur les réseaux sociaux, afin de transmettre le message de l’Évangile à la population en ce temps de confinement. D’origine mexicaine, il avait été ordonné prêtre en 2004 après avoir exercé le métier d’avocat. Depuis son arrivée à Brooklyn en 2009, il avait notamment développé la dévotion à Notre-Dame-de-Guadalupe parmi les communautés latino-américaines. «Nous prions par l’intercession de Notre-Dame-de-Guadalupe pour lui et pour sa famille, et pour tout, afin que nous puissions surmonter et vaincre ce terrible virus», a déclaré Mgr Nicholas DiMarzio, l’évêque de Brooklyn.

Le décès d’un prêtre d’origine italienne, le père Gioacchino Basile, 60 ans, a également été signalé à New York. Originaire de Calabre et curé de paroisse dans le quartier du Queens, le père Basile était aussi aumônier à l’aéroport international de La Guardia. Compte tenu du flux de voyageurs transitant par cet aéroport, il est possible qu’il ait contracté le virus dans le cadre de ce service.

«Mourir avec le Christ pour ressusciter avec Lui»

En raison des règles de confinement, tous ces prêtres décédés, comme ceux qui s’éteignent en ce moment pour d’autres pathologies, sont enterrés dans la plus stricte intimité, compte tenu des règles de confinement, mais ils feront l’objet d’hommages publics ultérieurs. Qu’ils soient tombés malades au service direct de la population, ou qu’ils soient partis dans leur grand âge après plusieurs décennies de sacerdoce, tous ont rendu témoignage de leur fidélité au Seigneur et du don de leur vie au service du Peuple de Dieu.

Interrogé par la section italienne de Radio Vatican en ce Jeudi Saint, Mgr Francesco Beschi, l’évêque du diocèse de Bergame, qui porte le deuil de 24 prêtres et compte encore de nombreux prêtres hospitalisés, a confié identifier la situation de son diocèse et de son presbyterium à celle du peuple de l’Exode. «Nous n’avons plus rien de ce que nous avions avant. Alors, qu’est-ce qui nous reste ? Il nous reste la prière, la Parole de Dieu, le partage fraternel, mais surtout le fait de mettre notre vie dans les mains du Seigneur. Ceci peut être un dynamisme pascal très fort. Mourir avec le Christ pour ressusciter avec Lui.»

09 avril 2020, 16:16