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Le cardinal Louis Raphaël Sako, patriarche de Babylone des Chaldéens. Le cardinal Louis Raphaël Sako, patriarche de Babylone des Chaldéens.   (AFP or licensors)

Pas de messes de minuit cette année à Bagdad

En raison de l'insécurité qui règne dans la capitale irakienne, les curés des paroisses chaldéennes de la ville ont décidé d'annuler la messe de la nuit de Noël, après avoir rencontré le patriarche de Babylone des Chaldéens, le cardinal Louis Raphaël Sako.

Le patriarche de Bagdad a décidé d'annuler la messe de minuit dans les paroisses chaldéennes de la capitale irakienne cette année, «pour des raisons de sécurité» et pour protéger «la sécurité des fidèles». Une information que le cardinal Sako a confirmé ce vendredi à l'agence Asianews. Cette décision, «est intervenue à la fin d'une réunion avec des prêtres et des curés de la capitale, et tout le monde s'est mis d'accord sur l'annulation. Nous avons également entendu divers fidèles et le sentiment est commun et partagé» explique le patriarche de Babylone pour qui «la vie des gens devant être sauvegardée, une attaque dans ce contexte serait un désastre»

La messe aura lieu toutefois le 25 décembre dans la journée afin de «prier pour qu'une solution soit trouvée à la crise, et en souvenir des victimes, manifestants comme membres des forces de l'ordre» a précisé le cardinal Sako.

Cette année, en Irak, Noël arrive au milieu de «circonstances particulièrement douloureuses». «Les blessures provoquées par l’organisation de l’État islamique ne sont pas encore guéries», et entre temps, la violence, la pauvreté et le chômage «ont contraint des milliers de personnes, surtout des jeunes, à manifester pacifiquement en demandant le droit de vivre dignement et la liberté dans une patrie stable sûre, forte et indépendante» expliquait déjà le patriarche de Bagdad dans son message de Noël, publié le 18 décembre.

Dans ces circonstances, «Jésus-Christ naît parmi nous lorsque l’amour et la miséricorde remplissent notre cœur, quand nous choisissons la fraternité et la compassion et que nous refusons de seconder le mal. Alors nous aurons la joie de la paix», soulignait-il dans ce texte. 

Se référant à cette nouvelle phase compliquée que traverse le pays, le cardinal a répété combien en Irak, les attentes exprimées actuellement par les manifestations de masse étaient inécoutées depuis 2003, année de la fin du régime de Saddam Hussein, pourtant vue à l’époque comme une chance d’un nouveau départ pour l’histoire nationale. 

 

Les attentats, conflits et massacres se sont pourtant poursuivis. «Les Irakiens ne sont pas en mesure de trouver une manière efficace de mettre le pays sur la juste voie, d’éliminer le sectarisme, la corruption, l’enrichissement illégal et la mise sous séquestre injuste de propriétés publiques ou privées», a déploré le patriarche.


Dans de telles conditions, «si désolantes», et en prenant acte du fait que «personne ne sait où ira l’Irak», le patriarche de Babylone des Chaldéens invite les responsables politiques à «écouter la voix de leur peuple dans cette terre bénie d’Abraham, la voix de ceux qui ont été tués et de ceux qui font encore l’objet d’injustices, qui sont dans la misère et dans l’humiliation». En particulier, le cardinal demande à ce que soient «évitées des solutions militaires» à la crise, car «Dieu nous considérera responsables de notre amour et du service que nous offrons aux autres».

Les violences dans les manifestations en Irak ont fait plus de 450 morts en deux mois. Depuis le lancement le 1er octobre du premier mouvement de contestation spontané depuis des décennies, les Irakiens réclament la refonte du système politique, un renouvellement complet de leur classe politique et surtout la fin de la corruption qui a déjà englouti l'équivalent de deux fois le PIB du pays, l'un des plus riches en pétrole du monde.

18 décembre 2019, 15:58