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Rassemblement près du sanctuaire érigé en mémoire du père Gabriel Longueville, du père Carlos Murias et de Wenceslao Pedernera, sur le lieu de leur assassinat, en Argentine Rassemblement près du sanctuaire érigé en mémoire du père Gabriel Longueville, du père Carlos Murias et de Wenceslao Pedernera, sur le lieu de leur assassinat, en Argentine 

Quatre martyrs béatifiés en Argentine, dont un prêtre français

Mgr Enrique Angel Angelleli Carletti, les pères Gabriel Longueville et Carlos Murias et le laïc Wenceslao Pedernera sont béatifiés ce samedi 27 avril à La Rioja, au nord-ouest de l’Argentine. Il s’agit de leur diocèse de mission où des militaires de la dictature les ont tués “en haine de la foi”. Ces témoins ont laissé une empreinte vive dans les mémoires et parlent aux jeunes générations, comme l’explique l’actuel évêque de Viviers, Mgr Jean-Louis Balsa.

Entretien réalisé par Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

Les quatre bienheureux ont tous été assassinés à l’été 1976, au début de la dictature militaire argentine qui a duré jusqu’en 1983. Présidée par le général Jorge Rafael Videla puis par trois autres militaires, la junte menait alors le “processus de réorganisation nationale”, une sombre période politique qui a considérablement affecté la population du pays:  près de 30 000 disparus (“desaparecidos”), 15 000 fusillés, 9 000 prisonniers politiques, et 1,5 million d'exilés pour 32 millions d'habitants.

Le sang des martyrs argentins

Les noms du père Carlos Murias, franciscain, et de Wenceslao Pedernera, laïc père de famille, et celui de Mgr Enrique Angel Angelelli Carletti, évêque de La Rioja, étaient inscrits sur les listes des citoyens à éliminer, tenues par les militaires. Pas celui du père Gabriel Longueville, prêtre fidei donum du diocèse de Viviers (Ardèche), arrivé dans le pays en 1969 pour y être curé de la paroisse d'El Salvador à El Chamical. Mais lorsque son vicaire, le père Carlos Murias, est enlevé le 18 juillet 1976, il choisit volontairement de le suivre pour ne pas le laisser seul. Avec eux est arrêté Wenceslao Pedernera, qui venait d’achever sa quotidienne prière du soir avec son épouse. Tous les trois sont torturés à mort, et leurs corps lacérés et criblés de balles sont retrouvés peu après dans un terrain vague sur lequel un oratoire s'élève aujourd'hui en leur honneur.

Le 4 août 1976, Mgr Enrique Angelelli, évêque de La Rioja depuis 1968, revient d’El Chamical où il a célébré une messe en mémoire des trois défunts. La camionnette qu’il conduisait en compagnie du père Arturo Pinto est alors enserrée par deux voitures qui la font chavirer. Un assassinat camouflé en “accident de la circulation”, et dont l’interprétation a provoqué des divisions au sein même de l’Église catholique argentine. En 2006 cependant, lors des cérémonies du trentenaire de son assassinat, Mgr Enrique Angelleli est évoqué sous le vocable de “martyr” par le cardinal Jorge Mario Bergoglio, futur Pape François et alors archevêque de Buenos Aires. Lors de cette messe, il ajoute: «J’ai rencontré une Église persécutée, entièrement, le peuple et son berger». Huit années plus tard, il intervient, lettre à l'appui, auprès de la justice argentine qui instruit le procès d'anciens militaires accusés du meurtre de l'évêque. La mort de Mgr Angelelli n’est pas due à un accident mais à une «action préméditée», «exécutée dans le cadre du terrorisme d’État», concluent les magistrats. Les quatre accusés sont condamnés à des peines de prison.

Un témoignage marquant pour le Pape François

Il faut dire que l’actuel Souverain Pontife a bien connu les quatre bienheureux. En 1973, alors qu’il est provincial des Jésuites d'Argentine, le père Jorge Mario Bergoglio participe à une retraite prêchée par Mgr Angelleli. Il entretient avec lui une correspondance régulière. L’engagement du pasteur de La Rioja envers les pauvres a certainement marqué et inspiré le Pape François, comme l’observe Mgr Jean-Louis Balsa, évêque de Viviers. Depuis le début de son pontificat, le Saint-Père n’a cessé de poser des gestes concrets envers les exclus et les plus démunis, comme le souligne Mgr Balsa qui a rencontré François le 30 octobre dernier lors d’une audience avec les jeunes de son diocèse.

Lors de cette audience, le groupe d’Ardéchois a aussi parlé au Saint-Père du pèlerinage effectué quelques mois plus tôt sur les pas du père Gabriel Longueville en Argentine. En juillet 2018, les pèlerins ont pu constater l’héritage «très vivant» laissé par le prêtre fidei donum et ses compagnons. Fresques, musées, oratoires, et surtout empreinte intérieure, dans la mémoire des fidèles de toutes générations.

Aimer les pauvres par des actes

Ces quatre martyrs ont donné leur vie jusqu’au bout, à cause du Seigneur et de son Évangile. Un Évangile qu’ils ont incarné dans un esprit de «solidarité profonde dans les actes envers les plus pauvres». Chez Mgr Balsa, leur témoignage résonne désormais comme un «appel à la conversion et à la crédibilité de l’Évangile».  L’évêque de Viviers relève aussi que les jeunes de son diocèse sont particulièrement touchés par le père Gabriel Longueville: «cette figure de martyr a un très grand écho» auprès d’eux, un peu comme un autre prêtre ardéchois, le bienheureux Charles de Foucauld.

Ce 27 avril, des milliers de pèlerins sont attendus à La Rioja pour la messe de béatification qui sera présidée par le cardinal Angelo Becciu, préfet de la Congrégation pour la cause des saints. Ils viendront de diverses provinces d’Argentine, de pays limitrophes comme l’Uruguay et le Paraguay, ou de plus loin. Les Français seront une dizaine seulement. Mais ils seront certainement plus nombreux pour la fête diocésaine en l’honneur du bienheureux père Gabriel Longueville, le 8 juin prochain à Étables, village natal de ce fils d’agriculteurs.

Entretien avec Mgr Jean-Louis Balsa, évêque de Viviers
26 avril 2019, 12:34