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Patients de l'unité Covid de l'hôpital Ziraa dans le nord-ouest d'Idlib (Syrie) Patients de l'unité Covid de l'hôpital Ziraa dans le nord-ouest d'Idlib (Syrie)  (AFP or licensors)

Mgr Gallagher: reconstruire le multilatéralisme avec la justice sociale

S'exprimant devant la Cnuced, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les Relations avec les États, a souligné les graves inégalités mondiales causées par la pandémie de Covid-19, appelant à de «véritables réformes dans le commerce, la finance et le développement».

Isabella Piro - Cité du Vatican

«Retrouver la notion d'interdépendance et reconstruire le multilatéralisme autour des idéaux de justice sociale et de responsabilité mutuelle entre les nations et au sein de celles-ci» : telle est l'indication offerte par Mgr Gallagher, lors de la 15e conférence ministérielle de la Cnuced (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement), qui s'est tenue en mode virtuel sur le thème “De l'inégalité et de la vulnérabilité à la prospérité pour tous”. Une recommandation très urgente et nécessaire, a expliqué le prélat, dans un contexte mondial où la pandémie de Covid-19 «a entraîné la pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale». L'urgence sanitaire, en effet, «a mis en évidence de manière dramatique les lignes de faille et les fragilités existant dans le modèle économique dominant», avec des répercussions très graves sur les personnes les plus fragiles et vulnérables.

L'extrême inégalité dans le monde contemporain

«L'extrême inégalité est réapparue comme une caractéristique dominante du monde contemporain», poursuit l'archevêque, soulignant comment l'évolution technologique et l'hypermondialisation entraînent une baisse des salaires pour des millions de travailleurs et une augmentation conséquente de la pauvreté. Alors, que peut-on faire ? Avant tout, dit Mgr Gallagher, nous ne devons pas «gaspiller les leçons» tirées de la crise actuelle, car elle offre «une occasion unique de changement durable» et de «développement humain intégral authentique», qui ne peut être atteint que «lorsque tous les membres de la famille humaine sont inclus dans la recherche du bien commun et peuvent y contribuer».

La finance au service du bien commun

Cet objectif nécessitera toutefois, souligne le secrétaire pour les Relations avec les États, des «changements importants» dans plusieurs domaines: par exemple, «une redistribution fiscale et une augmentation de la progressivité des programmes d'impôt sur le revenu», ainsi qu'une «application adéquate de l'impôt sur les sociétés, en particulier les multinationales». Il sera tout aussi important de «viser des plans de remboursement substantiels des dettes publiques extérieures des économies en développement», afin que «l'éthique retrouve le rôle qui lui revient dans le monde de la finance et que les marchés servent les intérêts des peuples et le bien commun de l'humanité». Enfin, Mgr Gallagher a exhorté à «renforcer la coopération internationale et à fournir à chaque pays les moyens adéquats pour faire face aux défis actuels» : cela, en effet, «représenterait un investissement dans la résilience systémique».

Vaccins : une dérogation à la propriété intellectuelle est nécessaire

En période de pandémie, la question de la santé et de l'accès aux médicaments et aux vaccins est également centrale, «un domaine caractérisé par de fortes inégalités». À cet égard, l'archevêque souligne que le Saint-Siège a, dès le départ, soutenu «une dérogation aux règles de propriété intellectuelle de l'Organisation mondiale du commerce», car cela «serait un pas vital et nécessaire pour mettre fin à la pandémie, en permettant un accès adéquat et rapide aux vaccins, aux diagnostics et aux traitements pour tous les pays». Toutefois, cela «devrait s'accompagner d'une garantie de partage ouvert du savoir-faire et de la technologie en matière de vaccins».

Investir dans la dé-carbonisation économique

Une autre suggestion du prélat concerne «la stabilisation du climat et la justice climatique» : à cet égard, l'archevêque demande instamment «l'investissement nécessaire dans la dé-carbonisation de nos économies, par la mise à disposition de fonds suffisants pour atteindre cet objectif». Il est essentiel, a expliqué Mgr Gallagher, de trouver un moyen de concilier la politique climatique, industrielle et sociale dans une perspective intégrale. Déplorant le «virus» d'une «idéologie individualiste» qui, au cours des dernières décennies, a fait disparaître les notions de «bien commun» et de «société qui se soucie» de son prochain, le prélat a souligné le manque de «confiance et de solidarité» qui ronge la société contemporaine, l'empêchant d'être «juste et saine».

Une nouvelle éthique du bien commun est nécessaire

D'où l'espoir d'une «nouvelle éthique du bien commun» qui «constitue la base d'une politique capable à la fois de s'attaquer aux inégalités structurelles de notre monde profondément divisé et de plus en plus fragile, et de libérer l'esprit d'ingéniosité et de créativité humaine» dont la reconstruction sociale post-pandémique a «un besoin urgent». Au cours des dernières décennies, en effet, continue de souligner Mgr Gallagher, la communauté internationale s'est montrée «totalement incapable ou, pire encore, peu disposée à présenter des propositions globales pour atténuer les difficultés des pays et des communautés les plus pauvres». Mais aujourd'hui, «dans un monde de plus en plus interconnecté», l'appel mondial au développement durable doit être ancré dans «la résilience systémique du monde». Pour cette raison, a souligné le représentant du Saint-Siège, «il est temps de retrouver la notion d'interdépendance et de reconstruire le multilatéralisme autour des idéaux de justice sociale et de responsabilité mutuelle entre les nations et au sein de celles-ci».

Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons «espérer calibrer l'économie mondiale» vers «la stabilité, la prospérité partagée et la durabilité environnementale», garantissant «un avenir résilient et prospère pour tous», dans lequel «la division du monde en zones de pauvreté et d'abondance peut être bannie». Ce qu'il faut, c'est «un changement de rythme significatif et nécessaire, conclut Mgr Gallagher, pour réaffirmer la centralité du multilatéralisme et relancer le dialogue sur de véritables réformes dans les domaines du commerce, de la finance et du développement».

06 octobre 2021, 13:13