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L'intervention du cardinal Parolin, en visioconférence, devant l'Assemblée générale de l'ONU, le 25 septembre 2021. L'intervention du cardinal Parolin, en visioconférence, devant l'Assemblée générale de l'ONU, le 25 septembre 2021.  (AFP or licensors)

Cardinal Parolin à l'ONU : la paix se construit par la fraternité

La pandémie, la COP26 à Glasgow, les guerres et le désarmement nucléaire ont fait partie des questions abordées par le Secrétaire d’État du Saint-Siège dans son message vidéo à l'Assemblée générale des Nations Unies.

Benedetta Capelli - Cité du Vatican

Il s'agit d'un examen clair des urgences du monde, des souffrances en Haïti, en Afghanistan, au Liban et en Syrie, dans la lignée des préoccupations du Saint-Siège et des chemins indiqués par le Pape François. Le message vidéo du cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État, à la 76e session de l'Assemblée générale des Nations unies, s'est articulé autour du thème: "Construire la résilience par l'espérance". Une espérance à trouver également dans les graines «héroïques» semées pendant la pandémie, qui ont montré que le monde n'a pas besoin d'isolement mais de «proximité fraternelle» basée sur les «réserves de bonté présentes dans le cœur humain»

En transmettant les salutations du Pape et en rappelant ses paroles sur la crise pandémique dont il faut sortir changé, le cardinal Parolin a exhorté les dirigeants internationaux à travailler ensemble pour soulager la souffrance de ceux qui ne peuvent pas accéder aux vaccins qui doivent être disponibles pour tous, y compris dans les zones de conflit et de crise humanitaire.

Un autre point a concerné les systèmes de soins de santé, «largement dépassés par la pandémie» et qui ont laissé «de nombreuses personnes sans soins suffisants ou sans soins du tout». Le Secrétaire d'État a demandé que l'on prête attention à la fragilité et aux lacunes des systèmes économiques, la grave récession économique rendant les pauvres encore plus vulnérables. La lutte contre la corruption, qui est en hausse précisément à cause de la pandémie, est également cruciale.

Au service de la personne

La Covid-19 a également affecté l'Agenda 2030 pour le développement durable, ce qui a ralenti ses objectifs. Le cardinal Parolin a donc invité à «repenser le rapport entre les individus et l'économie et de veiller à ce que les modèles économiques et les programmes de développement restent au service des hommes et des femmes, en particulier ceux qui sont en marge de la société, plutôt que d'exploiter les personnes et les ressources naturelles». «Ne négligez pas les pauvres», a insisté le Secrétaire d’État.

Dans la perspective de la COP26 à Glasgow, le cardinal a exhorté à saisir l'occasion de prendre un nouveau départ après des décennies d'inaction qui ont eu des effets dévastateurs sur le climat mais aussi sur la vie des gens. Ses pensées se sont tournées vers Haïti, un pays frappé par des catastrophes naturelles, avec «un peuple qui souffre déjà des défis politiques et des urgences humanitaires» auxquels il est confronté. Il a appelé la communauté internationale à intervenir pour aider au développement «durable et soutenable» du pays.

Pour un cessez-le-feu mondial

«La récente situation humanitaire en Afghanistan et les tensions politiques actuelles en Syrie et au Liban, ainsi que dans d'autres endroits, nous rappellent clairement l'impact que les conflits ont sur les peuples et les nations», a regretté le cardinal Parolin. «Le Saint-Siège appelle les États à tenir compte de l'appel du Secrétaire général et du Pape François en faveur d'un cessez-le-feu mondial, et d'une responsabilité humanitaire partagée».

Il a salué l'entrée en vigueur, en janvier dernier, du traité sur l'interdiction des armes nucléaires. «Le Saint-Siège espère fermement que cela stimulera également les progrès dans la mise en œuvre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (Tnp), dont la conférence de révision est prévue en janvier prochain», a précisé le cardinal Parolin.

Des «nouveaux droits» qui alimentent une crise anthropologique

Dans son message vidéo aux Nations unies, le cardinal a aligné les drames de nos sociétés, résultats d'une «crise anthropologique», d'une «crise des relations humaines» comme l'a souligné le Pape à plusieurs reprises. Le droit humanitaire n’est pas suffisamment appliqué, et de nombreux migrants se noient en mer, dans l’indifférence des États. «Il y a des persécutions à cause de la foi, les personnes fragiles comme les personnes âgées et les enfants sont écartées, la famille est menacée», s’est attristé le cardinal.

«Cela se voit également dans les nouvelles interprétations des droits de l'homme. Dans de nombreux cas, les "nouveaux droits" non seulement contredisent les valeurs qu'ils sont censés défendre, mais sont imposés malgré l'absence de consensus international», a-t-il averti.

Pour le Saint-Siège, les droits de l'homme sont privés de leur dimension universelle et «les nouvelles interprétations partielles deviennent malheureusement le point de référence idéologique d'un faux "progrès"", générant polarisations et divisions. Ces tentatives entraînent en fait une confusion, détournent de l'application des conventions relatives aux droits de l'homme» et nuisent à la promotion et à la protection des droits de l'homme fondamentaux tels que «le droit à la vie, la liberté de pensée, de conscience et de religion, et la liberté d'opinion et d'expression», a regretté le cardinal.

Devenir des artisans de la paix

Les Nations unies, qui doivent être revitalisées dans leur mandat et ne pas être un instrument des puissants, mais une institution au service de tous. Face à cette responsabilité, le cardinal Parolin a livré une lecture très critique de la paralysie récurrente de certaines instances onusiennes d’une importance fondamentale, comme le Conseil de Sécurité. «Le Saint-Siège voit avec inquiétude la poussée de certains à briser la division utile du travail entre les comités, les commissions, les réunions et les processus, les transformant tous en organes qui se concentrent sur un nombre limité de questions controversées», a-t-il expliqué.

En conclusion de son discours, le cardinal Parolin a souligné qu'il existe «de nombreux signes d'espérance, même dans nos sociétés fatiguées». «Être des bâtisseurs de paix, c'est trouver ces graines et ces pousses de fraternité», a-til souligné, invitant notamment à ne pas se détourner de la souffrance des migrants et des réfugiés.

«Travaillons ensemble pour leur donner l'avenir, pour qu'ils s'épanouissent dans la paix». «La paix n'a pas besoin de gagnants ou de perdants, mais plutôt de frères et de sœurs qui, malgré tous les malentendus et les blessures du passé, passent du conflit à l'unité», a-t-il martelé en reprenant les mots du Pape François en Irak, lors de son voyage apostolique de mars dernier.

26 septembre 2021, 11:12