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Le cardinal Sean Patrick O'Malley, archevêque de Boston. Le cardinal Sean Patrick O'Malley, archevêque de Boston. 

Cardinal O'Malley: la crise des abus sexuels nécessite une conversion pastorale

Le président de la Commission pontificale pour la protection des mineurs a ouvert la conférence de Varsovie, organisée du 19 au 22 septembre sur le thème "Notre mission commune de sauvegarde des enfants de Dieu".

Devin Watkins

Le cardinal Seán O'Malley, archevêque de Boston, a donné le coup d'envoi d'une conférence de quatre jours à Varsovie en évoquant l'importance de la conversion pastorale «comme chemin missionnaire pour toute l'Église», un accent que le Pape lui-même met souvent en avant. La conversion, tant au niveau personnel qu'institutionnel, est au cœur du processus de renouveau et est essentielle pour ce que le Pape François appelle une «transformation missionnaire de l'Église», a déclaré le cardinal.

Selon lui, l'invitation à la conversion est un thème essentiel de la conférence, qui espère-t-il, doit inspirer une transformation profonde. «Nous devons œuvrer pour un changement qui sera incorporé dans tous les aspects de la vie de l'Église, en combattant les abus sexuels où qu'ils se soient produits, quel que soit le statut ou la fonction de la personne qui a commis le crime», a déclaré le cardinal américain avec fermeté.

L’écoute et le respect sont les premiers pas vers la guérison

Le cardinal O'Malley a ensuite proposé trois étapes pour aider les responsables de l'Église dans leur ministère de sauvegarde et de prise en charge des mineurs et des personnes vulnérables. La première – «l'écoute» - exige un cœur disposé à reconnaître la «vérité de ce qui s'est passé». «Lorsqu'une personne qui a été abusée par des membres du clergé, des religieux ou d'autres personnes de l'Église raconte son histoire, nous devons l'accueillir, elle et son témoignage, avec le plus grand respect», a-t-il déclaré.

Le cardinal a également appelé à la création et à l'amélioration de «canaux clairs de communication et de rencontre» où les survivants d'abus peuvent contacter l'Église s'ils le souhaitent. Il a fait l'éloge des nombreux diocèses qui ont mis en place des lignes téléphoniques ou des comptes de messagerie dédiés que les survivants ou les membres de leur famille peuvent contacter.

Toutefois, a ajouté le cardinal, «si un diocèse ne reçoit pas beaucoup de réponses après avoir mis en place ces moyens de contact, cela ne signifie pas que la réalité des abus sexuels commis par des membres du clergé ou des religieux n'existe pas». Les diocèses devraient plutôt chercher à adapter leurs lignes de communication à la culture locale. «Il est important que nous maintenions tous l'accent sur la fourniture de possibilités accessibles, accueillantes et sans jugement pour les survivants et leurs proches de contacter et d'engager un dialogue avec l'Église locale.»

Reconnaître la souffrance des victimes

L'étape suivante du processus de renouvellement – «reconnaître les survivants» - signifie que l'Église doit «reconnaître honnêtement et clairement ceux qui ont été victimes d'abus».

Le cardinal O'Malley a déclaré que la défensive n'est pas une réponse correcte et qu'elle devrait être remplacée par «une écoute profonde du survivant, avec une volonté de comprendre plus complètement ce qu'il a vécu». L'un des obstacles à ce processus d'écoute, a ajouté le cardinal, est une «préoccupation erronée pour la réputation de l'Église institutionnelle».

«Alors que les pasteurs détiennent la responsabilité de la protection de l'Église et, dans de nombreux cas, ont souffert ou donné leur vie pour défendre la foi, une réponse sceptique et parfois même dévalorisante aux témoignages d'abus peut causer de graves dommages aux personnes que l'Église est appelée à considérer comme une priorité pour le soin et la préoccupation pastorale, à savoir, ceux qui sont brisés et blessés par des ministres abusifs au sein de l'Église elle-même», a averti l’archevêque de Boston.

La vulnérabilité face aux torts commis par les ministres de l'Église, a ajouté le cardinal, est un sentiment commun, mais elle peut aussi devenir une «expérience de l'action de Dieu dans notre monde qui apporte la guérison».

Rechercher le pardon

La troisième et dernière étape – «chercher le pardon» - exige des responsables de l'Église qu'ils imitent Jésus, qui était ému lorsqu'il voyait les besoins des gens. Le cardinal O'Malley a déclaré que de nombreux survivants ont été traités injustement et ont été «rejetés dans leur souffrance par l'Église elle-même», ajoutant qu'ils peuvent au contraire jouer un rôle de premier plan dans la construction de l'Église.

«En adoptant le rôle de protagonistes dans nos communautés, les survivants peuvent fournir un aperçu important de la vérité de l'Évangile qui ouvre la voie à une nouvelle évangélisation, même de l'Église elle-même», a-t-il déclaré. Bien que le parcours de chaque survivant d'abus soit profondément personnel et unique, les ministres de l'Église doivent demander «le pardon de tous ceux qui ont été touchés par les abus sexuels».

Retrouver sa crédibilité sans être sur la défensive

Enfin, le président de la Commission pontificale pour la protection des mineurs a appelé l'Église d'Europe centrale et orientale à poursuivre le chemin de la conversion pastorale, afin que l'Église puisse «retrouver sa crédibilité et promouvoir la guérison». Ce parcours d'apprentissage, a conclu le cardinal O'Malley, sera «continu tout au long de notre vie».

«Avec l'aide de personnes dévouées et compétentes comme celles qui sont réunies ici et de nombreuses autres personnes dans la région qui sont engagées dans le processus de guérison et de réconciliation, je suis convaincu que nous sommes sur la bonne voie et que nous pouvons faire des progrès significatifs, en mettant toujours en avant le souci et les besoins des survivants à mesure que nous avançons», a conclu le cardinal américain.

 

19 septembre 2021, 17:15