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Le cardinal Parolin à Lourdes en 2018. Le cardinal Parolin à Lourdes en 2018.  

«La réforme de la Curie doit devenir un instrument au service du Pape»

Dans un entretien au quotidien La Croix, le Secrétaire d'État du Saint-Siège revient sur de nombreuses thématiques comme la réforme de la Curie, le procès à venir au Vatican ou encore la lutte contre les abus dans l'Église.

Salvatore Cernuzio-Cité du Vatican

La France et la laïcité, le rôle des catholiques dans la société et la politique, à la lumière également de la révision des lois de bioéthique mais aussi un éventuel voyage du Pape à Paris, le fléau de la pédophilie dans l'Église ou encore la réforme de la Curie, les thématiques sont nombreuses sur lesquelles revient le cardinal Pietro Parolin dans un entretien accordé au quotidien français La Croix. 

Procès au Vatican: «j'espère que la vérité pourra émerger».

Comme il l'avait déjà exprimé lors d'une conférence de presse à Strasbourg, le cardinal Parolin répond à une question sur le procès qui s'ouvrira le 27 juillet prochain au Tribunal du Vatican concernant l'affaire liée aux investissements financiers de la Secrétairerie d'État, à Londres. «J'espère vraiment que la vérité pourra émerger au cours de ce procès, pour le bien de tous», déclare le cardinal Parolin, précisant qu'il se référait à une «vérité judiciaire car la vraie vérité est le Seigneur qui la connaît tandis que la vérité constatée au tribunal est une vérité humaine».

Les abus, une épreuve à affronter

Le cardinal Parolin parle également de vérité à propos du rapport attendu de la Commission indépendante sur les abus sexuels commis en France par le clergé, qui devrait bientôt être rendu public: «Ce sera probablement un grand moment de souffrance, mais nous ne devons pas avoir peur de la vérité», déclare t-il. Et confie: «Nous sommes tristes et je sais que de nombreux catholiques seront très attristés et scandalisés par ce qu'ils vont lire. Mais nous devons faire face à cette épreuve. De là, une nouvelle conscience peut naître pour combattre ces phénomènes et empêcher la répétition de ces actes».

Éviter ce qui a, jusqu'à présent, terni l'image de l'Église

En ce qui concerne la Constitution apostolique sur la réforme de la Curie, actuellement étudiée par le Conseil des cardinaux dont il est membre, le cardinal Parolin s'est limité à signaler que le document qui remplacera la Pastor Bonus de Jean-Paul II est «étudié par les canonistes pour adapter la terminologie au caractère juridique du document». Quant au moment de sa publication, «cela dépend du Pape», conclut-il, précisant: «dans une organisation aussi complexe et multiséculaire que la Curie romaine, le changement peut causer quelques difficultés. Mais il y a un réel désir d'en faire un instrument au service du Saint Père pour le bien de l'Église. Désormais, nous devons éviter tout ce qui a pu ternir l'image de ses services par le passé».

Pas de voyage de François en France pour le moment

Concernant un éventuel voyage du Pape François, son Secrétaire d'État affirme que, du moins pour l'instant, il n'est pas prévu que le Souverain Pontife se rende en France, même s'«il y a un projet». «J'espère que cela pourra se faire le plus rapidement possible, car la France mérite une visite du Saint-Père», précise t-il.  Dans la même veine, le cardinal rappelle les cent ans de relations diplomatiques entre la France et le Vatican: des relations «positives», souligne t-il, «nous partageons des préoccupations communes, comme l'écologie, qui est devenue un thème central de l'activité internationale du Saint-Siège, ainsi que la gestion de la pandémie». Toutefois, certaines divergences subsistent, «comme la question du désarmement et du nucléaire».

La laïcité française, une question sensible

Interrogé sur la question de la laïcité à la française, alors que les discussions se poursuivent à l'Assemblée nationale, sur le projet de loi contesté sur le séparatisme religieux qui prévoit un contrôle accru de l'État sur les organisations religieuses et les lieux de culte, le cardinal Parolin rappelle qu'il s'agit d'«un sujet très sensible en France». «L'idéal est toujours d'avoir à la fois une autonomie de la communauté politique par rapport à l'Église et une saine collaboration entre elles. L'Église et l'État ont pour objectif commun de contribuer au bien commun» souligne encore le cardinal, qui ne se dit pas pour autant inquiet des tensions qui précèdent chaque campagne électorale, parfois «nécessaires pour avancer», à condition que celles-ci «ne se transforment pas en conflits violents, en attaques personnelles qui contribueraient à un climat destructeur».

La loi sur la bioéthique et la voix des catholiques

Cet entretien à La Croix ne manque pas enfin de faire référence à la loi sur la bioéthique qui vient d'être adoptée en France, et qui est fortement critiquée par les catholiques. «Il est important - souligne le secrétaire d'État du Vatican - que les catholiques puissent faire entendre leur voix, avec des arguments qui s'appuient sur leur foi, y compris dans des débats aussi sensibles». Et ce, même si la loi a déjà été adoptée, «car ils le font au nom de la défense de la dignité et de la valeur de chaque vie humaine». Attention, toutefois, à ce que cela reste «un débat de raison et ne pas dériver sur le plan idéologique». 

 

 

 

 

12 juillet 2021, 17:13