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Le cardinal Pietro Parolin, interviewé pour la radio espagnole Cope, le 3 avril 2021 Le cardinal Pietro Parolin, interviewé pour la radio espagnole Cope, le 3 avril 2021 

Cardinal Parolin: que l'Église soit unie pour un témoignage crédible de l'Évangile

Le Secrétaire d’État du Saint-Siège a accordé un entretien à la radio espagnole Cope, abordant de nombreux sujets allant de sa vocation sacerdotale à sa relation avec le Pape François, en passant par les divergences au sein de la communauté ecclésiale ou encore la situation de l'Église en Chine.

Anna Poce - Cité du Vatican

«Nous sommes au service de la communion», ainsi que de la défense et de la «promotion de la liberté de l'Église, de la liberté religieuse. En plus de la tâche de la paix mondiale. Imaginez à quel point l'Église travaille pour la paix. C'est ma façon de voir la diplomatie», explique le cardinal secrétaire d'État Pietro Parolin à José Luis Restán, directeur éditorial de la radio espagnole Cope, dans une interview réalisée à l'occasion de Pâques.

La diplomatie, une mission pastorale

Le cardinal Parolin a derrière lui une longue expérience de la diplomatie du Saint-Siège, mais dans cette entretien, il évoque d’abord sa vocation sacerdotale et de quelle manière, il y a 40 ans, on lui a proposé de se mettre au service du Pape. «Je crois que ma vocation fondamentale est la vocation sacerdotale. Je me sens appelé, je me sens encore appelé à être un prêtre, un ministre du Seigneur qui travaille dans l'Église pour les âmes», confie-t-il, rappelant qu'il y a «différentes manières d'exercer le sacerdoce» et que la diplomatie ecclésiastique s'inscrit dans l'une d'entre elles. «Je n'ai jamais trouvé qu'il y avait une contradiction entre être prêtre et être diplomate», notamment parce que – et surtout depuis le Concile Vatican II – «la tâche des nonces est une tâche pastorale», visant à «renforcer les liens entre le Saint-Siège et les églises locales».

La réforme de la Curie

Le Secrétaire d’État du Saint-Siège parle ensuite de la réforme de la Curie romaine, menée par le Souverain Pontife, et pas encore achevée. Une nouvelle constitution apostolique remplacera celle actuellement en vigueur, et sera probablement intitulée par les premiers mots qu’elle contient, Praedicate Evangelium («Prêchez l’Évangile»). La mission du Secrétaire d'État ne devrait pas changer; il continuera donc à coordonner la Secrétairerie d'État, organe qui assiste étroitement le Saint-Père dans le gouvernement de l'Église, dans ses trois sections: affaires générales, relations avec les États et personnel diplomatique. «Il continuera à coordonner ces trois sections et à œuvrer surtout, j'imagine, pour la diplomatie ecclésiastique», affirme le cardinal Parolin.

Collaboration avec le Pape François

Témoin exceptionnel du Pontificat du pape François, le cardinal Parolin rappelle également sa surprise lorsqu’il y a huit ans, alors qu'il était encore nonce au Venezuela, le Saint-Père lui a demandé d'être son Secrétaire d'État, deux mois après son élection au trône papal. Il raconte comment leurs différences de tempérament sont une force, mise au service de l'Église. «Il s'agit de transformer nos différences en richesse pour le monde, comme le dit toujours le Pape», souligne le cardinal italien. «Que cela ne devienne pas un conflit mais une collaboration et que chacun avec son point de vue, avec son style, avec sa sensibilité, avec sa préparation, avec sa culture, avec sa spiritualité» puisse collaborer avec l'autre, tel est le défi de ce travail en commun.

Continuant à parler du Saint-Père, le Secrétaire d’État du Saint-Siège confie être frappé par sa grande simplicité. «Quand on s'approche de lui, on se rend compte que c'est un homme simple et sans protocole», un homme qui «se soucie beaucoup des relations et de la proximité avec les autres», qui «cherche à rencontrer les gens», et dont le désir est de «rendre l'Église plus crédible dans l'annonce de l'Évangile», remarque-t-il.

Harmonie et dissonances dans l'Église

Au sujet de l'opposition dans la communauté ecclésiale entre une aile dite conservatrice et une aile dite progressiste, le cardinal Parolin estime que cette situation ne fait que nuire à l'Église, le Christ ayant prié pour son unité. «Il y a de quoi s'inquiéter», affirme-t-il. Selon lui, cette situation «découle probablement du fait que le Pape met beaucoup l'accent sur la réforme de l'Église et qu'il y a beaucoup de confusion à ce sujet». La structure de l'Église, le dépôt de la foi, les sacrements, le ministère apostolique ne peuvent être changés, mais il y a «toute une vie de l'Église qui peut être renouvelée», une vie dans laquelle les hommes pécheurs opèrent et qui a donc «besoin d'être continuellement renouvelée». Parfois, divisions et oppositions naissent de la confusion, de l'incapacité à distinguer «entre ce qui est essentiel et ne peut changer et ce qui n'est pas essentiel et doit être réformé, ce qui doit changer selon l'esprit de l'Évangile», précise-t-il.

L'avenir de l'Église en Chine

Abordant ensuite la situation de l'Église en Chine, le cardinal Parolin réaffirme combien le Saint-Siège la considère avec un grand respect, en raison de son histoire marquée par de profondes souffrances, mais aussi avec une grande espérance. Les mesures prises jusqu'à présent, «même si elles n'ont pas résolu tous les problèmes qui existent encore et demanderont probablement beaucoup de temps, vont dans la bonne direction vers une conciliation au sein de l'Église», estime le Secrétaire d’État du Saint-Siège. «Ce qui a été tenté et ce qui est tenté, c'est de protéger cette communauté qui est encore petite mais qui a une grande force et une grande vitalité», ajoute-t-il. «Tout ce que l'on fait, c'est de garantir une vie normale dans l'Église en Chine», assurer «des espaces de liberté religieuse, de communion, car on ne peut pas vivre dans l'Église catholique sans communion avec le successeur de Pierre, avec le Pape».

Le témoignage des chrétiens irakiens

Le cardinal Parolin revient aussi sur le voyage apostolique du Pape en Irak et sa rencontre avec une Église persécutée, continuant à souffrir et à vivre dans un «climat de méfiance et d'incertitude qui ne permet pas aux chrétiens d'entrevoir un avenir dans le pays». Les fidèles irakiens, explique-t-il, leur ont donné un enseignement durant cette visite: «le témoignage de la foi qui va jusqu'au martyre. C'est la grande leçon que nous pouvons tirer des chrétiens irakiens». Malgré les attaques meurtrières, les chrétiens continuent de professer leur foi avec beaucoup de courage. «C'est une grande leçon», «ils nous enseignent cette capacité à être fidèle malgré toutes les difficultés, mais en même temps ils nous demandent plus de solidarité», déclare-t-il.

Déchristianisation de l’Europe

Évoquant l'Europe et l'émergence de nouvelles législations sur les questions éthiques, qui s'éloignent de plus en plus des racines chrétiennes, le cardinal Parolin voit «la perte de la foi» dans ces «changements anthropologiques qui sont en train de se produire», précisant que «perdre l'identité de la personne humaine, plus qu'une perte de la foi» représente «une perte de la raison». Comme le Pape François l'a par exemple dit à plusieurs reprises, «la question de l'avortement n'est pas une question religieuse», mais une question de raison. Et «probablement aujourd'hui, comme l'a dit Benoît XVI, le problème fondamental est la raison, pas la foi», poursuit le prélat. Il rappelle ensuite que la mission de l'Église en Europe est une mission de témoignage. «Nous devons témoigner de notre foi, nous devons témoigner de notre espérance, nous devons témoigner de notre charité», sans s’imposer, mais seulement en offrant «un témoignage cohérent et convaincu de la vie chrétienne», comme cela s'est produit dans les premiers siècles de l'Église, lorsque les apôtres et les disciples sont arrivés dans une société dépourvue de valeurs chrétiennes et ont réussi, par leur témoignage, «à changer la mentalité et à introduire les valeurs de l'Évangile dans la société de l'époque».

Aujourd'hui plus que jamais, conclut le cardinal Parolin, nous avons besoin de la prière, de s’y retrouver de manière unie, afin que le Seigneur nous aide à être fidèles «à la mission de témoignage de l'Évangile et à notre appartenance à l'Église dans le monde d'aujourd'hui».

05 avril 2021, 14:00