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Reproduction de la première bombe nucléaire produite massivement par les forces soviétiques, le RDS-4, au parc Fedora Poletayeva, le 16 janvier 2021. Reproduction de la première bombe nucléaire produite massivement par les forces soviétiques, le RDS-4, au parc Fedora Poletayeva, le 16 janvier 2021.  (ANSA)

Le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, une étape vers l'abolition de la menace atomique

Interrogé par le Conseil œcuménique des Églises, le cardinal Silvio Tomasi réagit à la récente entrée en vigueur, le 22 janvier dernier, du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Il y voit une première étape fondamentale annonçant le début d’une «nouvelle ère» en droit international et le signe d’une opinion publique en évolution, estimant «de plus en plus» qu’il n’est «pas juste que les États utilisent et possèdent des armes nucléaires».

Lisa Zengarini – Cité du Vatican

L’ancien Observateur permanent du Saint-Siège auprès des agences des Nations-Unies à Genève et de l’Organisation Mondiale du Commerce, le cardinal Tomasi, se dit optimiste quant aux effets à long terme du traité, bien qu’il n’ait pas encore été signé par divers États, détenteurs ou non de l’arme atomique. «Personne ne se berce d’illusions en pensant que les déclarations morales seules conduiront au désarmement, mais les normes nouvellement promulguées peuvent soutenir et même guider des négociations complexes, en espérant atteindre l'objectif d'un monde sans armes nucléaires», dit-il.

Selon l’ancien nonce, le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires devrait encourager les États qui ne possèdent pas l’arme atomique à s’unir pour démontrer qu’il est possible d’avancer aussi sur le front du désarmement. La prochaine conférence d'examen du Traité de non-prolifération nucléaire offre, selon lui, aux États «une excellente occasion de faire entendre leur voix et de s'engager à coopérer davantage».

Le travail de sensibilisation des Églises 

Le poids des acteurs de la société civile, qui se mobilisent par le biais de campagnes de sensibilisation du public, est également important. Leurs actions, affirme-t-il, «peuvent avoir un réel impact dans les sociétés démocratiques. En fait, tous les États et les organisations politiques peuvent jouer un rôle fondamental dans la réalisation du désarmement nucléaire».

Le cardinal Tomasi rappelle notamment le rôle du Saint-Siège et des autres Églises chrétiennes qui ont activement soutenu ce traité et continuent à lutter pour un monde sans armes atomiques: «Dans ce domaine, les religions et toutes les confessions chrétiennes peuvent converger et amplifier ensemble le même message moral pour les croyants comme pour les non-croyants», notamment par des initiatives de sensibilisation et d'information au niveau local et des campagnes de pression sur les décideurs politiques.

Le développement comme garant de la sécurité

Dans cet entretien, le cardinal italien réaffirme une nouvelle fois que «la simple existence des armes nucléaires», avec les menaces apportées par le progrès des technologies, représente un «risque constant» pour la sécurité mondiale, mais aussi un obstacle au développement, qui est la véritable condition de cette sécurité, comme l'a souligné à plusieurs reprises le Pape François. «Les investissements croissants dans les armes découlent d'un sentiment d'insécurité mais, affirme-t-il, une société ne peut jamais être sûre si les besoins essentiels de ses citoyens ne sont pas satisfaits».

C'est pourquoi, insiste le cardinal Tomasi, la proposition relancée par le Pape François de créer un Fonds mondial pour le développement humain avec l'argent précédemment investi dans les armes est cruciale pour relever les défis auxquels le monde est confronté aujourd'hui. «La création de ce Fonds réduirait le risque de conflit, car elle va dans le sens de l'élimination des arsenaux nucléaires, de la réaffectation des fonds pour atteindre les objectifs de développement durable et du respect des engagements des États en matière de sécurité intégrale» estime le prélat.

L'actuelle pandémie de Covid-19 pourrait servir de catalyseur en ce sens. «En période de difficultés économiques pour tous les États, y compris les grandes puissances, il est essentiel - observe-t-il - de pouvoir dégager des fonds pour relancer l'économie. Réduire les crédits alloués à la course aux armements et les consacrer à la relance économique est en fait un choix stratégique pour les États qui souhaitent maintenir leur rôle prééminent dans le système international», conclut le cardinal Tomasi.

 

21 février 2021, 11:00