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Le tribunal du Vatican se penche sur un dossier d'abus sexuels présumés Le tribunal du Vatican se penche sur un dossier d'abus sexuels présumés 

Poursuite du procès des abus au petit séminaire Saint-Pie X

L'évêque de Côme doit être entendu ce jeudi par le tribunal du Vatican dans le cadre du procès contre don Martinelli, un ancien élève du petit séminaire Saint-Pie X, accusé d'avoir abusé d'un de ses compagnons, et contre don Radice, l'ancien recteur à qui la justice reproche d'avoir entravé l'enquête. Mercredi, quatre témoins ont répondu aux questions de la cour.

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Ce procès ouvert en octobre dernier devant le tribunal du Vatican, présidé par Giuseppe Pignatone, permet de faire un peu plus la lumière sur ce qu'il s'est passé entre les murs du petit séminaire Saint-Pie X entre 2007 et 2012, entre Gabriele Martinelli, alors élève, et son compagnon de classe, L.G. Ce dernier s'est constitué partie civile et accuse le premier d'avoir abusé sexuellement de lui alors qu'ils étaient mineurs.

Le petit séminaire, situé dans les murs du Vatican, était alors confié au diocèse de Côme (nord de l'Italie), au travers de l'Œuvre don Folci lors de la période 2000-2008, et était dirigé à l'époque des faits par don Enrico Radice, 71 ans aujourd'hui. C'est dans ce même diocèse qu'a été incardiné don Martinelli en 2017. C'est pour ces raisons que l'évêque actuel, Mgr Oscar Cantoni doit témoigner ce jeudi. L'évêque émérite, Mgr Diego Coletti, à la tête du diocèse jusqu'en 2016, ne se présentera pas devant la cour pour raison médicale.

Des attitudes équivoques

Mercredi quatre témoins se sont succédé à la barre. Le premier, Andrea Spineto, 31 ans, ancien élève, confirme ce qu'il avait dit lors de l'instruction, notamment le fait que Gabriele Martinelli avait «des attitudes homosexuelles lors des jeux». Il rappelle que le plaignant, L.G. était «un garçon extrêmement crédible» et très fragile. Mais il n'a jamais été témoin ou n'a jamais entendu parler directement de rapports sexuels entre l'accusé et le plaignant. Dans sa déposition, il décrit le petit séminaire Saint-Pie X comme un lieu où «manquait une figure de référence à laquelle parler des difficultés de notre âge, y compris celles liées à la sexualité».

Pour Christian Gilles Donghi, 34 ans, le deuxième témoin appelé à la barre, le petit séminaire, où il n'est resté que quarante jours entre juin et juillet 2009, était un environnement où régnaient les ragots et la moquerie envers certains élèves à cause de leur physique. Il déclare que l'évêque de Côme, Mgr Coletti, qui avait reçu une lettre de dénonciation sur ce qui s'était passé au séminaire, avait voulu retirer don Radice de son poste de directeur mais que le cardinal Angelo Comastri, à la tête de la Fabrique de Saint-Pierre au Vatican, et à laquelle est lié le séminaire, avait suggéré de ne pas le faire. Le cardinal considérait les dénonciations comme «fausses» affirme-t-il.

L'accusé est le «petit chef»

Lors de son court séjour, Donghi a toutefois eu le temps de noter «une syntonie particulière» entre Martinelli et L.G qui «parlaient beaucoup entre eux» et qui «étaient très unis» selon lui.

Au contraire, Alessandro Flaminio Ottaviani, 34 ans, élève au Saint-Pie X de septembre 2010 à juin 2011, a remarqué de la «haine» entre l'accusé et le plaignant. «Ils ne se parlaient pas, ils étaient à des tables séparés». Mais L.G. recevait des tâches importantes à exécuter de la part de Martinelli. Ce qui fait supposer au témoin que L.G. savait quelque chose de compromettant sur l'accusé.

S'il n'a «jamais assisté à de rapports sexuels entre l'accusé et la victime présumée», il a été témoin d'une scène équivoque impliquant Martinelli, et un autre élève, A.G., le premier semblant demander des faveurs sexuels au second qui a refusé. A.G. serait dès lors tombé «en disgrâce» et aurait été «marginalisé», selon ce qu'aurait par la suite appris Ottaviani auprès d'un autre élève, K.

C'est ainsi «une ambiance malsaine», avec «beaucoup de pressions psychologiques et de fréquentes blagues à caractère homosexuel» que décrit Alessandro Flaminio Ottaviani. Il dépeint également Martinelli comme «le comandino» (le petit chef NDLR), surnom donné dans la basilique Saint-Pierre où les élèves s'occupent de préparer les messes. Il écrira au Pape une lettre anonyme pour dénoncer cet environnement.

Les faits dénoncés à la Commission de Protection des mineurs

Le dernier témoin, le père Pierre Paul, prêtre de la basilique Saint-Pierre où il rencontre les élèves du petit séminaire, et maître de la chapelle musicale Giulia, a reçu les confidences de L.G. dont il est sûr de la sincérité. En 2017, il signale finalement les faits à la Commission de Protection des mineurs, passant outre les réticences de L.G. «Je l'ai tout de même fait parce que je pense qu'un prêtre qui sait quelque chose et ne parle pas devient complice».

Les 17 et 18 mars, le plaignant viendra témoigner et la cour se rendra au petit séminaire. Don Gabriele Martinelli et don Enrico Radice ont toujours nié les faits qui leur sont reprochés.  

25 février 2021, 12:33