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Le 26 janvier 2020, lors de la messe pour le premier Dimanche de la Parole de Dieu. Le 26 janvier 2020, lors de la messe pour le premier Dimanche de la Parole de Dieu.  (Vatican Media)

Mgr Fisichella: la Parole est l’essence de la foi

À la veille du dimanche de la Parole de Dieu, le président du Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation réaffirme l'urgence de l’annonce qui «n'enferme pas les chrétiens dans leurs églises pour une célébration solennelle», mais les exhorte à être des témoins du Christ dans le monde.

Mgr Rino Fisichella 

«Que la Parole du Seigneur accomplisse sa course et soit glorifiée.» Dans ses lettres, l'apôtre Paul parle à plusieurs reprises de la course à pied pour exprimer l'urgence de l'évangélisation et la vitalité de la Parole de Dieu. La course à pied, de par sa nature même, rappelle un voyage rapide dicté par la nécessité d'atteindre le but, ce qui exige un engagement maximal de la personne. L'Ancien Testament utilisait déjà cette image, surtout lorsque le Psaume dit : «Il envoie sa parole sur la terre ; rapide, son verbe la parcourt» (Psaume 147:15). L'image de la course presque frénétique de la Parole rappelle immédiatement l'urgence de la mission à accomplir. Dans les écrits du Nouveau Testament, la personnalisation de la Parole n'a plus besoin de recourir à des artifices rhétoriques car la réalité même de la nouveauté chrétienne est exprimée. Le Verbe s'est fait chair et a pris place parmi les hommes.

Telle est l'annonce qui a résonné dans le monde ces dernières semaines pour célébrer le mystère de Noël avec l'incarnation du Fils de Dieu. La Parole, et non l’écrit, est la particularité de la foi. Mais la parole s'incarne aussi dans un texte presque emprisonné dans une sorte de kénose qui fait ressortir encore plus profondément le paradoxe de l'événement. Il n'y a pas de contradiction entre "Parole" et "écriture", car celle-ci rassemble non seulement la Parole qui est transcrite mais aussi son silence. C'est cette richesse qui demeure au fil des siècles comme la manière la plus dynamique de rendre la Parole de Dieu toujours pertinente dans la vie de la communauté chrétienne. Le silence comme un langage réel et irremplaçable qui permet à ce qui est mis par écrit de faire encore écho à la Parole qui l'a généré. Devant la Parole de Dieu, le silence reste l'expression la plus cohérente pour en saisir la profondeur inexprimée.


Nous ne pourrons jamais être trop reconnaissants envers les pères du Concile Vatican II qui, avec le Dei Verbum, ont remis en lumière après des siècles cette impressionnante vérité de la foi. Comme nous le savons, la constitution dogmatique utilise la même expression "verbum" pour décrire l'Écriture Sainte et la Tradition sacrée. La première contient la Parole de Dieu inspirée, la seconde rassemble la même Parole de Dieu qui, au fil des siècles, tend à exprimer toute la vérité. L’une et l’autre proviennent d'une source unique ; ils sont comme un miroir dans lequel il est possible de contempler le visage de Dieu ; ensemble, ils constituent un "dépôt" unique confié à toute l'Église pour qu'au cours de son histoire, elle sache où puiser, afin d'offrir son témoignage de foi fidèle jusqu'à l'accomplissement de toute la vérité révélée. En bref, il existe une telle unité intrinsèque entre l'Écriture sacrée et la Tradition orale que les séparer compromettrait leur existence.

Avec la lettre Aperuit illis, le Pape François a institué l'année dernière le Dimanche de la Parole de Dieu. Comme on peut le voir en lisant le Motu Proprio, cela part de sa conception de cette unité fondamentale qui caractérise l'Écriture Sainte et la Tradition vivante de l'Église. Ce Dimanche de la Parole de Dieu sera également célébré cette année dans toutes les Églises du monde afin d'imprimer de plus en plus ces racines dans la vie de nos communautés, de manière à créer une tradition qui entend redonner la place centrale qui revient à la Parole au cœur de la foi chrétienne. Le fait qu’il soit célébré dans le contexte de la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens et de la Journée de l'amitié et du dialogue avec les juifs rend ce rendez-vous d'autant plus significatif pour sa portée œcuménique. Personne ne peut s'arroger le droit de posséder cette Parole qui court librement parce qu'elle est animée par l'Esprit de vérité qui ne se laisse pas conditionner par les hommes. Ce qui ressort, au contraire, c'est la conscience que ce n'est que dans la complémentarité des interprétations qu'il est possible de trouver la voie à suivre pour que l'unité réalisée par le Seigneur redevienne une réalité et non un rêve utopique.

Le thème choisi pour la célébration de cette deuxième journée est le suivant: «En tenant ferme la parole de vie». L'expression véhiculée par la Lettre de saint Paul aux Philippiens ne fait que provoquer tous les croyants afin qu’ils s'engagent à témoigner de manière cohérente. Ils savent qu'ils ont la responsabilité d'apporter au monde ce qu'ils ont de plus précieux: la Parole qui offre le plein sens de l'existence. Le Dimanche de la Parole de Dieu n'enferme pas les chrétiens dans leurs églises pour une célébration solennelle. À partir de la fête du dimanche, ils sont envoyés dans le monde pour offrir la richesse de la Parole qu'ils ont entendue et célébrée. Le dimanche devient donc fécond dans la mesure où il se transforme en évangélisation.

Pour revenir au thème de la «course» comme esprit qui anime les chrétiens, il peut être utile de se référer au bel exemple offert par Philippe dans le Livre des Actes des Apôtres. Le diacre était assis dans sa maison mais l'Esprit lui a dit de se lever et de rejoindre l'Éthiopien qui revenait de Jérusalem dans sa ville. Alors qu'il était sur le point de l'atteindre, l’Esprit lui a suggéré de s'approcher du char du fonctionnaire, mais Philippe «se mit à courir» vers l'Éthiopien. Il est touchant de constater l'esprit qui anime les vrais évangélisateurs. L'enthousiasme qui les anime transforme le voyage en une course pour atteindre le but. Ce n'est pas par hasard que le Dimanche de la Parole de Dieu reproduit dans son logo la scène des disciples d'Emmaüs marchant à vive allure, ignorant que leur compagnon de route est le Seigneur ressuscité. C'est cette icône qui devrait caractériser les chrétiens lorsqu'ils s'approchent de la Parole de Dieu. Nous devrions faire écho aux paroles d'autrefois : «Notre cœur ne brûlait-il pas en nous lorsqu'il nous parlait en chemin, lorsqu'il nous expliquait les Écritures ?»

23 janvier 2021, 17:11