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Messe célébrée dans l'église de Mar Toma (quartier occidental de Mossoul) après la défaite de Daech (archives juillet 2018) Messe célébrée dans l'église de Mar Toma (quartier occidental de Mossoul) après la défaite de Daech (archives juillet 2018)  (ANSA)

Syrie et Irak : le cardinal Sandri exhorte à «donner un avenir aux jeunes»

Le préfet de la congrégation pour les Églises orientales évoque la prochaine visite du Pape François en Irak. S’agissant des chrétiens syriens et irakiens, il rappelle combien ces communautés souffrent de voir leur culture ensevelie sous des décennies de conflit.

Alessandro Di Bussolo et Antonella Palermo- Cité du Vatican

Se réunir en modalité virtuelle pour faire le point sur la situation très problématique vécue par divers pays du Moyen-Orient, encore aujourd’hui confrontés aux guerres et aux migrations qui en découlent, est l'un des éléments de préparation au voyage apostolique du Pape François en Irak en mars prochain. Le cardinal Leonardo Sandri, préfet de la Congrégation pour les Églises orientales, explique les raisons de ce qui promet déjà d'être un acte historique et courageux, précurseur de chemin de dialogue et de réconciliation:

«Vendredi dernier, dans sa méditation de l'Avent, le prédicateur de la Maison pontificale nous a rappelé les paroles du prophète Isaïe: “Consolez, consolez mon peuple”. Pour moi, cette visite du Pape représente un énorme geste de consolation pour tous ces pays et ces peuples qui ont souffert - en particulier l'Irak - de la guerre, des persécutions et de l'émigration, en devant tout laisser derrière eux ; je pense surtout aux populations chrétiennes mais aussi à celles de toutes les religions et confessions. Les victimes ont pour dénominateur commun d’être des enfants de Dieu qui ont été injustement et cruellement réprimés. C'est vraiment un geste extraordinaire de la part du Pape qui voulait le faire depuis si longtemps.

 Je me souviens que lors de la réunion de la Roaco (Réunion des Œuvres d’Aide aux Églises Orientales) en 2019, le Pape a dit : “je veux aller en Irak”. Et déjà à cette époque, toutes les espérances s’étaient ouvertes pour cette visite qui apporte consolation, stimulation, encouragement aux pasteurs de l'Église. Nous devons nous incliner devant les pasteurs qui sont restés là malgré toutes les difficultés, malgré toutes les menaces, les attaques. Ils sont restés, ils ont été l'exemple du bon pasteur qui ne fuit pas. Pour tous les prêtres, les religieux, dans ce pays si riche d’histoire, d’Abraham à l'Église assyrienne. Cela a montré leur fermeté dans la foi et dans la tribulation. Ce sera donc un geste de grande consolation et de force qui s'étendra à toute la réalité sociale, civile, politique de ce pays parce que la consolation que Jésus Christ apporte, que le Pape apporte, est pour tous et surtout pour ceux qui souffrent. Cela résonnera dans tout le Moyen-Orient après tellement d’épreuves qui traversent encore la Syrie et le Liban. Le Pape les encouragera à être dans ce contexte des hommes de communion et des témoins de l'amour de Dieu.

Vous avez visité l'Irak à plusieurs reprises. Comment le Pape François sera-t-il reçu, notamment par les musulmans ?

Le Pape François -l'homme désarmé qui n'a que les armes de la rencontre, du sourire, de l'action auprès des plus démunis- se présente avec une carte d'identité très importante: Fratelli Tutti et la Déclaration d’Abu Dhabi sur la fraternité humaine.

Comment pouvons-nous vouloir construire un nouveau monde de justice, de paix, de liberté, de respect des droits de l'Homme et de liberté religieuse, si nous ne nous considérons pas comme des frères, quelle que soit l'identité religieuse qui doit être maintenue avec engagement ? Lorsque je me suis rendu en Irak en 2019 avec tous nos délégués de la ROACO pour voir les besoins sur le terrain, j'ai pu apprécier avec quelle dignité, quel respect et quel amour le gouvernement irakien, mais aussi les autorités du Kurdistan et tous les dirigeants musulmans nous ont reçus. La première fois que je suis allé en Irak et que je suis arrivé à Kirkouk - il y avait encore de nombreuses attaques -, le patriarche Sako, qui était alors évêque, m'a fait visiter une mosquée avant tout. J'ai été reçu par des imams chiites et sunnites, j'ai même dû faire un discours. Je ne doute pas que le corps social de l'Irak, dans toutes ses composantes, recevra le Pape avec enthousiasme.

Dans votre discours lors de la réunion qui s’est tenue le 10 décembre dernier au Vatican sur l’Irak et la Syrie, vous avez rappelé que la blessure de l'émigration touche avant tout les jeunes. Que peut-on faire pour arrêter cette hémorragie ?

Cela a été dit très clairement: il est inutile que nous vivions avec ces sanctions. Il n'est pas possible de construire de nouvelles maisons. Comment les jeunes peuvent-ils y trouver la sécurité pour l'avenir, pour leurs études, la formation d'une famille ? Donnez un avenir aux jeunes. L'Église la donne du point de vue de la lumière qu'est Jésus-Christ, mais il doit y avoir des instances, nationales et internationales, qui favorisent cette permanence.

Une fois qu’ils pourront rentrer, pensez-vous que les catholiques pourront contribuer à la renaissance de leur pays ? Leur donnera-t-on la possibilité de le faire, dans le cadre d'une coexistence pacifique avec les musulmans et les autres confessions ?

Je l'espère et je le souhaite. Les chrétiens qui veulent revenir doivent trouver toutes les conditions pour une vie digne. Que ces chrétiens, qui se sont peut-être installés par l'intermédiaire de leurs familles émigrées en Occident, disent : “rentrons”. Mais il est évident que les plus grandes difficultés sont pour ceux qui reviennent, et non pour ceux qui partent. Ceux qui reviennent le font de leur plein gré. Ce ne serait pas un pays de prospérité s'ils ne pouvaient pas participer à la vie politique. C'est pourquoi nous insistons beaucoup ici à la congrégation pour que soit donné à de nombreux jeunes la possibilité de se former également à la Doctrine sociale de l'Église. Les laïcs doivent construire leur propre pays, leur patrie, et pas seulement recevoir des instructions de leurs dirigeants. C'est toi, chrétien, qui contribue, par les principes de l'Évangile, à la construction de cette société que nous voulons tous inspirée par Jésus, par la dignité de l'homme et de la femme, afin que l’on puisse y vivre selon ses propres croyances et sa foi. 

14 décembre 2020, 12:54