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Mgr Paul Richard Gallagher (archives 2019) Mgr Paul Richard Gallagher (archives 2019) 

Mgr Gallagher : pour une alliance nouvelle entre science et humanisme

Dans une Lectio Magistralis délivrée à l'Académie nationale des Lyncéens, (Accademia Nazionale dei Lincei) sur le thème “Fraternité, écologie intégrale et Covid-19. La contribution de la diplomatie et de la science”, le secrétaire pour les Relations avec les États a redit la nécessité d’une politique internationale «inclusive, au service de tous» ainsi que d’une collaboration scientifique «véritablement interdisciplinaire».

La relance post-pandémie devra se fonder sur «une nouvelle alliance entre la science et l'humanisme, qui doivent être intégrés et non séparés, voire pire encore, opposés» ainsi que sur «une approche systémique basée sur une solidarité renouvelée, exercée également dans le respect du bien commun et de l'environnement », a déclaré le diplomate dans cette longue intervention, tenue dans le cadre d’une série de colloques organisés par l’Académie des Lyncéens, la plus ancienne académie scientifique d’Europe.

Pour Mgr Gallagher, il s’agit de développer, comme le demande le Pape François dans sa dernière encyclique Fratelli Tutti, «une communauté mondiale capable de réaliser une fraternité des peuples et des nations qui vivent l'amitié sociale». Mais pour ce faire, nous avons besoin «d’une meilleure politique, inclusive, au service de tous, de portée internationale» et d'une collaboration scientifique «véritablement interdisciplinaire, ne laissant de côté aucun type de connaissance».

Crise sanitaire, alimentaire et environnementale

Dans la première partie de son discours, le secrétaire pour les Relations avec les États a examiné les nombreuses crises humanitaires auxquelles le monde est confronté aujourd'hui, «en dépit du fait que nous assistons à des progrès sans précédent dans les différents domaines de la science». Nous sommes en effet confrontés à une crise sanitaire avec plus de 50 millions de personnes touchées par le virus et plus d'un million d'êtres humains qui ont perdu la vie à cause de la Covid-19.

La pandémie a également amplifié la crise alimentaire déjà en cours. Comme le montre le rapport sur “l'état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde”, élaboré en juillet par les 5 agences des Nations-Unies opérant dans le domaine de la nutrition, la FAO, l'IFAD, le PAM, l'Unicef et l'OMS,  près de 690 millions de personnes souffraient de la faim en 2019. Le spectre d'une famine toujours imminente est également lié à la crise environnementale causée par le réchauffement de la planète et le changement climatique. Selon le rapport spécial du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), au moins un demi-million de personnes vivent dans des zones où un processus de désertification est en cours.

A cela s'ajoute la crise économique et sociale, que la pandémie amplifie, puisque «les pauvres, notamment ceux qui travaillent dans le secteur informel, ont été les premiers à voir leurs moyens de survie disparaître». En bref, pour le secrétaire pour les Relations avec les États, ces crises sont si fortement liées entre elles que l'on peut parler d'une «crise socio-sanitaire-environnementale unique et complexe».

Un temps d’épreuve qui devient le temps du choix

Mais c'est aussi pour cette raison que cette catastrophe épidémique «peut être considérée comme un remodelage social, comme un moment unificateur qui implique la perception d'une communauté d'intérêts». Et comme l'a rappelé le Pape François lors de l’exceptionnelle bénédiction Urbi et Orbi du 27 mars dernier, nous devons «saisir ce moment d'épreuve comme un moment de choix».

Mgr Gallagher a souligné que «la pandémie de Covid-19 peut représenter un véritable point de conversion (pas seulement au sens spirituel), une réelle opportunité de transformation ; cependant, elle peut aussi être un élément de perversion, de retrait individualiste, d'exploitation». La relance peut donc être comprise comme «un défi de civilisation en faveur du bien commun et un changement de perspective, qui doit placer la dignité humaine au centre de toutes nos actions». Mais cela exige «une vision claire du type de société et d'économie que nous voulons, qui s'appuie sur une réflexion approfondie sur la signification de l'économie et de ses finalités», a ajouté le secrétaire pour les Relations avec les États, citant l’encyclique Caritas in veritate de Benoît XVI.

Enfin, afin de garantir la sécurité intégrale des États et des peuples, il convient non d'augmenter les dépenses militaires, mais d'accroître la coopération mondiale, en renforçant «le multilatéralisme, en insistant également sur l'engagement en faveur du désarmement et de la maîtrise des armements, non pas comme une fin en soi, mais en vue de contribuer à la sécurité et à la paix communes, qui ne doivent pas être comprises comme une absence de guerre, mais comme une absence de peur, et donc comme la promotion du bien-être social pour le bien commun».

Tout est lié : la vision polyèdre de l'écologie intégrale

Le concept de fraternité s'élargit et se complète, dans la vision de l'encyclique Laudato Si’, avec celui d'écologie intégrale. «Tout est lié», écrit le Pape François, et l'archevêque anglais a souligné que «la défense des écosystèmes, la préservation de la biodiversité, la gestion des biens communs mondiaux ne seront jamais efficaces si elles sont séparées de questions telles que la politique et l'économie, les migrations et les relations sociales». Benoît XVI l'a déjà demandé en 2006, a rappelé Mgr Gallagher : «Nous devons convertir le modèle de développement mondial», c'est-à-dire que «nous devons adopter une nouvelle vision du monde, ancrée dans le concept d'écologie intégrale».

Le point central reste «la centralité de la personne humaine, avec la nécessité conséquente de promouvoir la culture du soin», en antithèse de la «culture du déchet» non seulement des biens, mais souvent des êtres humains. Gardant à l'esprit, comme le fait François dans Laudato Si’ que «le développement technologique et économique, qui ne laisse pas un monde meilleur et une qualité de vie tout à fait supérieure, ne peut être considéré comme un progrès».

Le pouvoir transformant de l'éducation et de la solidarité

Pour amorcer un processus de conversion, le secrétaire du Saint-Siège pour les Relations avec les États a suggéré de «tirer parti du pouvoir transformant de l'éducation» et de la solidarité. La première, à long terme, peut façonner dans les nouvelles générations «une politique et une économie véritablement durables pour la qualité de la vie, au bénéfice de tous les peuples de la terre et surtout de ceux qui se trouvent dans les situations les plus défavorisées et sont en danger».

La seconde a été remise en cause par la pandémie, qui a révélé nos fragilités, montrant «la nécessité d'une nouvelle solidarité». Car ce n'est qu'en «étant unis, en faisant preuve de solidarité» que nous pouvons faire face aux situations d'urgence les plus terribles. Le Pape a écrit ceci dans Fratelli Tutti : «Aujourd'hui, aucun État-nation isolé n'est capable d'assurer le bien commun de sa population».

En conclusion, Mgr Gallagher a réitéré qu' «il est nécessaire de créer une société fraternelle qui favorise l'éducation au dialogue et permet à chacun de donner le meilleur de lui-même. L'appel à ne laisser personne en arrière doit être un avertissement afin que la dignité humaine ne soit jamais être négligée et que personne ne soit privé de l'espoir qu'un avenir meilleur puisse être bâti».

24 novembre 2020, 10:35