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La place et la basilique Saint-Pierre. La place et la basilique Saint-Pierre.  

Le bilan financier du Saint-Siège: un budget de mission pour l'Église

«Les fidèles ont le droit de savoir comment sont utilisées les ressources». Dans une interview à Vatican News, le père Juan Antonio Guerrero Alves préfet pour l’économie du Saint-Siège présente avec transparence le bilan consolidé de la Curie romaine pour l'année 2019. Au-delà des chiffres, il s'agit d'un « budget de mission » explique t-il.

Olivier Bonnel-Cité du Vatican

Il y a d’abord les chiffres, en 2019, 54 % des ressources de la Curie proviennent du patrimoine, pour un montant de 164 millions d’euros. L'activité commerciale (visites des catacombes, les productions vendues par le Dicastère pour la Communication, la maison d’édition du Vatican, etc...) et les services (comme les frais de scolarité des universités pontificales) représentent 14 % du budget, soit 44 millions d'euros. Les dons des diocèses et des fidèles du monde entier s’élèvent quant à eux à 56 millions d’euros, soit 18 % du budget total. Concernant les dépenses, 18 millions d'euros se répartissent en taxes et 25 millions d'euros ont été utilisés pour l'entretien des bâtiments.

En présentant ces chiffres, le père Guerrero insiste sur la nécessaire transparence, selon l’exigence du Pape François rappelant les réformes engagées en matière financières ces derniers mois, comme l’adoption récente d’un code des marchés publics. Un budget qui est conçu comme une «mission» : «nous voulons que le budget explique comment le Saint-Siège utilise ses ressources pour remplir sa mission, son service à la mission du Saint-Père» explique le préfet pour l’Économie, rappelant que le Saint-Siège ne fonctionne pas comme une société ou un État, qu’il ne recherche pas les profits ou les excédents.

Transmettre le message de l’Évangile

La mission du Saint-Siège et de la Curie romaine, n'est pas seulement la charité du Pape, entendue comme une sorte d'ONG, précise le père Guerrero mais bien d'aider à porter le message de l'Évangile jusqu'aux extrémités de la terre, en aidant ceux qui sont dans le besoin, en travaillant pour le bien de l'humanité, ou en soutenant les Églises locales en difficulté. Et pour cela, toutes ces ressources sont nécessaires. «Publier un quotidien comme "L'Osservatore Romano", diffuser 24 heures sur 24 en 40 langues, comme le font Radio Vatican et Vatican Media, générer des nouvelles et les expliquer comme le fait Vatican News, en dépensant 45 millions d’euros, je n'ai trouvé aucune comparaison dans le monde de la communication» explique encore le préfet pour l’Économie.

«Beaucoup avec peu»

En 2019, le déficit du Saint-Siège s’élevait à 11 millions d’euros selon le préfet, en net recul par rapport aux 75 millions d’euros de 2018. «Il me semble que le Saint-Siège fait beaucoup avec peu, grâce à de nombreuses personnes qui travaillent avec une énorme générosité» relève par ailleurs le père Guerrero, précisant que «s’il y a des améliorations à apporter dans de nombreux domaines, il faut aussi souligner qu'il y a beaucoup de choses bien faites.»

Le jésuite espagnol revient aussi sur le chantier en cours qui concerne la centralisation des investissements du Saint-Siège, pilotée par le cardinal Marx, nommé en 2014 coordinateur du Conseil pour l'économie par le Pape François. «La centralisation permettra sans aucun doute une plus grande transparence et un contrôle plus précis, ainsi que la possibilité d'investir de manière unitaire, en suivant la doctrine sociale de l'Église, avec des critères éthiques, durables, de bonne gouvernance et professionnels» explique le préfet.

Accélérer dans les réformes

Interrogé sur les récents scandales financiers qui concernent la mauvaise gestion de fonds du Vatican, le père Guerrero explique qu'il est possible «que, dans certains cas, le Saint-Siège ait été non seulement mal conseillé mais aussi trompé». «Je pense que nous apprenons des erreurs ou des imprudences du passé» affirme t-il néanmoins, insistant sur la nécessité d’accélérer les réformes en matière de transparence financière. Une nouveauté est aussi la grande collaboration entre les différents services de la Secrétairerie d’État, l’APSA (l’Administration du patrimoine du Siège Apostolique) et du Secrétariat pour l’Économie. Les erreurs sont moins nombreuses note t-il «lorsque nous travaillons ensemble et que nous agissons avec compétence, transparence et confiance entre nous».

Concernant enfin les suspicions que des fonds alloués aux œuvres de charité du Pape (le Denier de Saint-Pierre) aient pu être utilisés pour une opération immobilière opaque à Londres, le préfet pour l’Économie explique comprendre le trouble que cela ait pu susciter chez de nombreux fidèles, mais rappelle ainsi l’importance de la clarté et de la transparence. «Notre devoir est de gérer leur don avec l'honnêteté, la prudence et la prévoyance du bon père de famille» conclut-il.

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Détails du bilan 2019 du Saint Siège
01 octobre 2020, 13:00