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Mgr Fisichella avec le Pape François le 9 décembre 2019 Mgr Fisichella avec le Pape François le 9 décembre 2019  (ANSA)

Mgr Fisichella: la catéchèse est une étape de l'évangélisation

Le président du conseil pontifical pour la Promotion de la Nouvelle Évangélisation, Mgr Rino Fisichella, décrypte le nouveau Directoire pour la catéchèse. L'objectif n'est pas le sacrement mais l'insertion dans la vie chrétienne. Le catéchisme doit également être porté dans les prisons, aux handicapés et aux migrants.

Entretien réalisé par Alessandro Di Bussolo – Cité du Vatican

Jeudi 26 juin, le président du Conseil pontifical pour la Promotion de la Nouvelle Évangélisation, Mgr Rino Fisichella, a présenté le nouveau Directoire pour la catéchèse en Salle de presse du Saint-Siège. Approuvé par le Pape François le 23 mars dernier, ce long texte insiste sur le lien étroit entre l'évangélisation et la catéchèse, et souligne l'union entre la première annonce et la maturation de la foi, à la lumière de la culture de la rencontre.

 

R. - Le dernier Directoire a été publié en 1997. Ainsi, à un peu plus de vingt ans, nous nous présentons avec un nouveau Directoire de la catéchèse, qui a été une tentative de nous mettre de plus en plus dans cette nouvelle phase que connaît la culture mondiale. Une culture numérique, où l'espace et le temps passent très vite, et pose la nécessité d'avoir un contact plus immédiat avec la culture de nos jeunes, avec ceux qui sont maintenant nés avec le numérique, et la nécessité d'une action pédagogique et formative correspondante. Le nouveau Directoire est donc sur la longueur d'onde de ce que le Pape François a voulu laisser dans "Evangelii gaudium" sur le mérite de la catéchèse.

Son intuition était celle de vouloir une catéchèse kérygmatique: la nécessité de faire cohabiter l'évangélisation et la catéchèse. La catéchèse est une étape de l'évangélisation, elle n'est pas une alternative à l'évangélisation. Mais dans ce grand processus, qui se développe sur différents fronts, de la liturgie au témoignage de la Charité, de la prière personnelle à la dimension morale, la catéchèse entend faire de la première annonce de Jésus-Christ son point fort.

Dans la préface, vous écrivez que le Directoire est un instrument perfectible, qu'il n'a pas la prétention d'être complet et qu'il repose sur la contribution de nombreuses personnes. Pouvez-vous résumer ce qu'il contient dans les différentes parties?

R. - Tout d'abord, ce nouveau répertoire se présente de manière très systématique. Certaines parties tentent de mettre en évidence le développement systématique de la catéchèse. Une première partie présente le fondement théologique: la catéchèse fait partie du processus d'évangélisation et l'Église s'inscrit dans ce processus de transmission de génération en génération. La catéchèse nous ramène donc à ce moment fondamental de la vie de l'Église rappelé aussi, au début de son Évangile, par l'évangéliste Luc, lorsqu'il dit qu'il entend présenter à Théophile, qui est déjà baptisé, un soutien fort, historique de la recherche qu'il a faite sur Jésus. Il utilise précisément le verbe katechein, c'est-à-dire faire de la catéchèse.

Cet Évangile devient donc, avec son annonce, une catéchèse pour les baptisés. Ensuite, nous avons évidemment des parties qui introduisent, petit à petit, une compréhension toujours plus grande du rôle de la catéchèse. Tout d'abord la nature de la catéchèse et le rôle du catéchiste, la formation qui lui est due, sans oublier que l'évêque est le premier catéchiste. Puis nous venons dans nos familles, dans toutes ces situations qui impliquent la connaissance des mystères de Jésus-Christ. Il rappelle d'une manière particulière, me semble-t-il, aux évêques, qu'ils sont les premiers destinataires du Directoire, quelle est leur fonction. Des catéchèses de Cyrille d'Alexandrie aux catéchèses d'Ambroise, de celles d'Augustin à celles de Ruffin d'Aquilée, la catéchèse est la tâche particulière que les évêques ont toujours comprise pour eux. Ainsi, dans cette optique, le Directoire livre aussi des pages importantes sur la pédagogie, sur la dimension formative et surtout sur la reconnaissance de tant de situations nouvelles dans cette culture globale aujourd'hui, et qui engagent de plus en plus l’Église dans la proximité.

Quelle est l'importance de ce document dans le renouvellement de la catéchèse?

R. - Cela nous permet d'aller plus loin. Du Concile à aujourd'hui, donc en plus de 50 ans, n'oublions pas les "Catechesi tradendae" de Jean-Paul II avec les deux Directoires qui l'ont précédé, c'est une continuité, c'est une dynamique, c'est la tentative de faire avancer la catéchèse d'un pas. Il me semble que plusieurs indications du nouveau Directoire vont dans ce sens. La première, c'est de tout faire pour que la catéchèse ne soit pas considérée comme une réalité réservée aux enfants ou aux jeunes. La catéchèse embrasse toute la vie de chaque baptisé et de chaque croyant, car la catéchèse, en tant que rencontre avec le Seigneur et participation à son mystère dans notre vie personnelle, exige aussi l'effort d'une connaissance toujours plus profonde de ce que nous professons et de combien que nous croyons. Après la rencontre avec le Seigneur, quand on l'a rencontré, la catéchèse manifeste le désir de connaître de plus en plus et touche donc toutes les personnes, dans les différentes étapes de la vie. Il y a donc une catéchèse pour les adolescents, pour les jeunes, pour les enfants, pour les adultes, pour les familles, pour les immigrés, pour ceux qui sont en prison, pour ceux qui sont âgés. Autrement dit, rien ne peut être exclu de ce désir de mieux connaître le Seigneur. Et puis il y a la tentative de sortir la catéchèse de l'emprise de la réception d'un sacrement. La catéchèse n'est pas faite pour recevoir un sacrement, mais pour mieux comprendre le mystère de notre vie inséré dans le mystère du Christ et, par conséquent, comment mettre chacun de nous avec ses propres dons au service de la communauté chrétienne, de l'Église, afin que le Seigneur puisse être annoncé et connu de tous. Et enfin, pour retirer la catéchèse de la cage de la référence scolaire. Tout comme il y a la classe de l'école, il y a la classe du catéchisme, tout comme il y a le texte de l'école, il y a le texte du catéchisme, tout comme il y a le professeur ou l'enseignant, il y a le catéchiste... Ce n'est pas ça ! La catéchèse est plutôt une insertion progressive dans la vie de la communauté chrétienne, afin de pouvoir assumer en soi toutes les potentialités que la foi nous offre, tous les défis que la culture nous propose, afin de pouvoir donner notre témoignage cohérent encore aujourd'hui.

Vous avez parlé de continuité avec les précédents directoires de 1971 et 1997. Quelles sont les nouveautés, y compris pratiques, introduites par ce document approuvé par le Pape François ?

R. - Le Directoire part de quelques prémisses théoriques mais il est fait pour que les conseils donnés soient des directives, tout d'abord pour l'élaboration de nouveaux répertoires par les conférences épiscopales. Lorsqu'il existe une connaissance plus directe de la culture et des traditions locales, le répertoire doit également être en mesure d'adapter sa proposition. Mais en donnant ces lignes concrètes, le Directoire s'attarde sur la manière d'inclure de plus en plus les parents, la famille, dans la catéchèse. Comment pouvoir développer la catéchèse dans les lieux les plus impensables et donc, par exemple, il y a un nouveau chapitre dans les prisons, pour les immigrés et les émigrés. Pour que personne ne soit laissé seul dans son cheminement de foi. Une attention particulière est accordée à la catéchèse pour les personnes handicapées, car l'attention de l'Église doit se concentrer de plus en plus sur les personnes les plus faibles au sein de la communauté et de notre société. Et donc une catéchèse vers les personnes les plus marginalisées : nous avons essayé de n'oublier aucune condition historique, juste de donner de la force au caractère concret d'une catéchèse vécue, expérimentée et témoignée.  

26 juin 2020, 12:15