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Le Pape plante symboliquement un arbre dans les Jardins du Vatican le 4 octobre 2019, en la fête de saint François d'Assise. Le Pape plante symboliquement un arbre dans les Jardins du Vatican le 4 octobre 2019, en la fête de saint François d'Assise.  (ANSA)

Cinq ans après Laudato si’, le Vatican réaffirme son engagement pour l’écologie intégrale

Un Document interdicastériel sur l’écologie intégrale est présenté ce jeudi 18 juin au Vatican, cinq ans exactement après la publication de l’encyclique Laudato si’, qui avait été signée par le Pape François le 24 mai 2015 et rendue publique le 18 juin suivant.

Isabella Piro – Cité du Vatican

Ce document intitulé Sur le chemin du soin de la maison commune a pour objectif d’offrir une orientation à l'action des catholiques, mais pas seulement, et d’appeler chaque chrétien à une relation saine avec la Création. Ce long et ample document de plus de 200 pages est le fruit des travaux de la "Table Interdicastérielle du Saint-Siège sur l'écologie intégrale", créée en 2015 pour analyser comment promouvoir et mettre en œuvre l'écologie intégrale.

Les institutions liées au Saint-Siège les plus impliquées dans ce domaine, mais aussi certaines conférences épiscopales et organisations catholiques, en font partie. Rédigé avant la pandémie de Covid-19 qui a mis en évidence l’urgence des ces thèmes, le document actualise le message principal de l'encyclique : tout est lié, il n'y a pas de crises séparées, mais une crise socio-environnementale unique et complexe qui nécessite une véritable conversion écologique.

L’appel à la conversion écologique

La première partie s'ouvre sur un rappel de la nécessité d'une conversion écologique, un changement de mentalité qui conduit à prendre soin de la vie et de la création, à dialoguer avec l'autre et à prendre conscience du lien profond entre les problèmes du monde. Il est donc suggéré de renforcer des initiatives ponctuelles pour sensibiliser au thème de l’écologie, mais aussi de transformer les styles de vie en profondeur. Le christianisme dispose déjà de précieux outils pratiques à travers les traditions monastiques qui enseignent la contemplation, la prière, le travail et le service. Cette façon de vivre permet d’éduquer à la connaissance du lien entre l'équilibre personnel, social et environnemental.

Le document réaffirme ensuite la centralité de la vie et de la personne humaine, car «on ne peut pas défendre la nature si on ne défend pas chaque être humain». Alors que certains courants de la pensée contemporaine tendent à opposer l’homme et la nature, ce Document interdicastériel invite à sensibiliser les nouvelles générations à la notion de «péché contre la vie humaine» et développer la «culture du soin» comme antidote à la «culture du déchet».

La famille est également au centre de la réflexion. Fondée sur les principes fondamentaux de communion et de fécondité, elle peut devenir «un lieu d'éducation privilégié où l'on apprend à respecter l'être humain et la Création». C'est pourquoi les États sont invités à «promouvoir des politiques intelligentes pour le développement de la famille».

Le rôle central de l’école 

En même temps, l'école est invitée à acquérir «une nouvelle centralité», c'est-à-dire à devenir une école qui développe la capacité de discernement, la pensée critique et l'action responsable. Deux suggestions sont émises: faciliter les liens entre la maison, l'école et la paroisse, et lancer des projets de formation à la «citoyenneté écologique», c'est-à-dire promouvoir pour les jeunes «un nouveau modèle de relations» qui surmonte l'individualisme au profit de la solidarité, de la responsabilité et de l'attention.

L'université est également sollicitée : sa triple mission d'enseignement, de recherche et de service à la société doit s'articuler autour de l'épine dorsale de l'écologie intégrale, en encourageant les étudiants à s'engager dans des «professions qui facilitent un changement environnemental positif». Le document suggère notamment de développer des enseignements sur «la théologie de la création, dans la relation de l'être humain avec le monde», conscient du fait que prendre soin de la Création nécessite «une éducation permanente», un véritable «pacte éducatif» entre tous les organismes impliqués.

Les relations œcuméniques et interreligieuses peuvent également aider à sensibiliser le public à un mode de vie «contemplatif et sobre» qui permet de «surmonter la détérioration de la planète». Enfin, une «écologie des médias» est nécessaire pour mettre en évidence les liens entre «la destinée humaine et l’environnement naturel».

Lutter contre le gaspillage alimentaire

La deuxième partie du document aborde le thème de l’alimentation. En reprenant les termes du Pape François qui considère que jeter de la nourriture revient à la «voler aux pauvres», le texte appelle à promouvoir une agriculture «diversifiée et durable» en défense des petits producteurs et des ressources naturelles et rappelle le besoin d’une éducation alimentaire saine, tant en qualité qu’en quantité.

Un appel fort est également lancé pour lutter contre des phénomènes tels que l'accaparement des terres, les grands projets agro-industriels polluants et pour protéger la biodiversité. L’accès à l’eau est «un droit humain essentiel» qui nécessite d’aller au-delà des critères utilitaires qui conduisent à la privatisation de ce bien naturel. Toutes les orientations économiques doivent au contraire viser à diminuer la pollution, en sortant des énergies carbonées et en investissant dans des énergies «propres et renouvelables», accessibles à tous. Le secteur privé est appelé à fonctionner de manière transparente dans la chaîne d'approvisionnement et une réforme des subventions aux combustibles fossiles est préconisée, tout comme la taxation des émissions de CO2.

Les mers et les océans sont également au cœur de l'écologie intégrale : ces «poumons bleus de la planète» nécessitent une gouvernance axée sur le bien commun de toute la famille humaine et la subsidiarité. Le texte souligne également l'urgence de promouvoir une «économie circulaire» qui ne vise pas la surexploitation des ressources productives, mais leur maintien à long terme afin qu'elles puissent être réutilisées.

Renforcer le droit du travail 

Le domaine du travail est également au centre de la réflexion. L’éradication de la pauvreté nécessite des salaires équitables, la lutte contre le travail des enfants et le travail non déclaré. Le Document appelle à construire une économie inclusive, conciliable avec la famille et la maternité. Les «nouvelles formes d'esclavage», comme la traite, doivent être éradiquées.

Le monde de la finance doit également jouer son rôle, en visant la «primauté du bien commun» et en essayant de mettre fin à la pauvreté. «La pandémie de Covid-19 montre comment un système qui réduit le bien-être ou permet une grande spéculation même dans les malheurs, en se retournant contre les plus pauvres, est à remettre en question», est-il indiqué dans le texte, qui invite à fermer les paradis fiscaux, à sanctionner les institutions financières impliquées dans des opérations illégales, à combler le fossé entre ceux qui ont accès au crédit et ceux qui n'y ont pas accès, et à promouvoir «une gestion des biens de l'Église inspirée par la transparence, la cohérence et le courage» dans une perspective de durabilité intégrale. 

Le Document appelle aussi à promouvoir l'accès à la justice pour tous, y compris les pauvres et les exclus. Il faut «repenser prudemment» le système pénitentiaire afin de promouvoir la réhabilitation des prisonniers, en particulier des jeunes lors de leur première condamnation.

La quesion du droit aux soins de santé est également abordée, à travers notamment la promotion des soins palliatifs et l'examen des dangers liés à «la propagation rapide des épidémies virales et bactériennes».

Enfin, le document interdicastériel aborde la question du changement climatique, en rappelant qu’il affecte d’abord les plus pauvres et qu’il nécessite donc de nouveaux modèles de développement sobres en carbone.  Parmi les propositions faites dans ce domaine émergent la reforestation de certains espaces, notamment en Amazonie, et le soutien au processus international visant à définir la catégorie de «réfugié climatique» pour assurer la «protection juridique et humanitaire nécessaire».

Les engagements concrets et pratiques du Vatican

Le dernier chapitre du texte est consacré à l'engagement concret de l'État de la Cité du Vatican en faveur de l’écologie sur son petit territoire. Il existe quatre domaines opérationnels dans lesquels les indications de Laudato si’ sont appliquées : la protection de l'environnement (par exemple, avec une collecte différenciée des déchets initiée dans tous les bureaux) ; protection des ressources en eau (avec les circuits fermés pour l'eau des fontaines) ; entretien des espaces verts (avec une réduction progressive des produits phytosanitaires nocifs) ; consommation de ressources énergétiques durables. Il est indiqué que les nouveaux systèmes d'éclairage à faible consommation d'énergie de la Chapelle Sixtine, de la Place Saint-Pierre et de la Basilique Saint-Pierre ont permis de réduire les coûts de 60, 70 et 80 %. 

18 juin 2020, 11:30